JO Tokyo 2021 : Va-t-on assister à la cérémonie d’ouverture la plus déprimante de l’histoire ?

OLYMPISME Un tout petit nombre d’athlètes devraient défiler dans un stade à huis clos vendredi

Julien Laloye

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Le stade olympique Tokyo, zone interdite au public lors de la cérémonie d'ouverture des JO 2021.
Le stade olympique Tokyo, zone interdite au public lors de la cérémonie d'ouverture des JO 2021. — Philip FONG / AFP

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Trois jours qu’on a mis les pieds au Japon, et on a enfin saisi l’idée générale du protocole de sécurité sanitaire imaginé par les huiles locales. Il s’agit moins de pourrir la vie des accrédités, globalement laissés en paix, que de les soustraire à la vue d’une population qui prie pour que le variant delta ne trouve pas la sortie de l’aéroport. Chacun s’est d’ailleurs passé le mot : pour les cochonneries, enlevez votre accréditation. Même principe vendredi pour la cérémonie d’ouverture, dont on en vient à se demander si elle va seulement être diffusée par NHK, la télévision publique nationale.

Ce qui est sûr, c’est qu’on n’y verra pas de placement produit Toyota. La marque japonaise a mis un milliard de dollars dans la tirelire en petit cochon des JO et équipé toute la flotte olympique en électrique (3.300 véhicules), ce qui ne l’a pas empêché de lâcher les CIO en rase campagne juste avant la bataille. Ses dirigeants n’assisteront pas non plus à la cérémonie olympique dans le stade olympique, « peinés par l’absence de spectateurs ».

Macron, seul chef d’Etat embringué dans l’affaire

Une bonne excuse pour ne pas apparaître sur les photos en cas de catastrophe industrielle dans quinze jours, quand le Covid fera des enfants tout partout. Si 1.000 personnes en tout assistent au traditionnel défilé qui marque le premier vrai temps fort des jeux, ce sera le bout du monde, indiquent ces derniers jours les médias japonais. Un seul chef d’État étranger fera le déplacement, Emmanuel Macron. Le président de la France, et pas n’importe laquelle, ne cède pas une pulsion d’histrion. « Je vais au Japon pour soutenir les athlètes français et prendre le relais pour 2024 », a-t-il précisé sur France 2. Les Jeux de Paris arriveront vite, à force, et la tradition veut en effet que la puissance accueillante transmette la flamme au petit veinard qui suit. 

Emmanuel Macron pourra deviser en tribunes avec Naruhito. L’empereur du Japon, habitué à inaugurer les chrysanthèmes, a dû se sentir obligé, après avoir fait part il y a quelques jours de son « inquiétude » avant les JO. Son grand-père, Hirohito, avait ouvert les JO d’été 1964 et ceux d’hiver de Sapporo 1972. Son père, Akihito, était aux manettes à Nagano, en 1998. Les deux hommes ne verront pas grand monde, a priori, quand le défilé habituel peut prendre plusieurs heures. Mardi, une folle rumeur a couru, celle d’une cérémonie uniquement réservée aux porte-drapeaux des délégations. Un simple malentendu : seul l’encadrement est officiellement limité, avec six officiels autorisés par le CNO pour encadrer les athlètes.

Le stade olympique Tokyo, zone interdite au public lors de la cérémonie d'ouverture des JO 2021.
Le stade olympique Tokyo, zone interdite au public lors de la cérémonie d'ouverture des JO 2021. - Philip FONG / AFP

« On va rester dans nos chambres »

Mais pas sûr pour autant que Clarisse Agbegnenou et Samir Aït-Said, les deux porte-drapeaux des Bleus soient accompagnés d’une foule immense. Le comité d’organisation s’est arrangé pour limiter l’affluence sans le dire : il n’y a que les athlètes déjà présents au village olympique qui peuvent venir, or ces derniers ne peuvent arriver au village que cinq jours avant leur compétition. C’est donc vite réglé pour tous les sports de la deuxième semaine, comme l’athlétisme, toujours à la maison. Ceux qui sont déjà là ? S’ils se font d’habitude une idée exaltée de la cérémonie d’ouverture, ils la perçoivent cette fois comme une obligation de l’existence qu’ils auraient enfin le droit d’esquiver. C’est même un soulagement pour ceux qui démarrent leur compétition samedi à l’aube.

« On n’a aucun regret parce qu’on savait de toute façon que ça ne collait pas avec notre planning de compétition, explique Violaine Aernoudts, membre du quatre de couple en aviron. En général c’est long, il faut rester debout longtemps, et puis ce sera probablement une cérémonie totalement différente de ce qu’on a pu voir à la télé précédemment ». « Ce sera une cérémonie d’ouverture virtuelle pour nous, ajoute Laurent Tillie, le sélectionneur du volley. On va rester dans nos chambres ».

Il n’y a guère que nos représentants du tennis qui attendent de connaître leur tirage au sort pour se décider : « J’ai toujours souhaité participer à la cérémonie lors des éditions précédentes, confie Mladenovic. Ce partage avec tout le monde, c’est vraiment un boost pour l’épreuve individuelle, j’y suis très attachée. J’aimerais vraiment participer au défilé si c’est faisable ». « Etre derrière nos deux magnifiques porte-drapeaux, c’est quelque chose que j’ai envie de vivre », embraye Nicolas Mahut, lui aussi susceptible de jouer samedi matin tôt.

La délégation des judokas à son arrivée au Village olympique de Tokyo.
La délégation des judokas à son arrivée au Village olympique de Tokyo. - Charly TRIBALLEAU / AFP

Oyamada, le dernier dérapage en date

S’ils y vont, ils n’auront pas la chance d’entendre le thème composé par le musicien japonais Keigo Oyamada, dont le nom a fait les choux gras dans la presse japonaise ces derniers jours. En cause, des bribes d’interview datant de Mathuzalem où le garçon racontait sans une once de remords les brimades qu’il faisait subir à des élèves handicapés dans sa jeunesse. On vous laisse vous renseigner, mais il y est question de masturbation forcée et d’excréments en plat principal, entre autres. Bref, après l’avoir soutenu mordicus, l’organisateur des Jeux a fini par appuyer sur le siège éjectable, obligeant le président du TOCOG Seiko Hashimoto, à un douloureux seppuku en public : « La responsabilité de ce choix m’incombe. On aurait dû vérifier son passé plus solidement et nous ne l’avons pas fait. Les deux piliers de ces Jeux sont la diversité et l’harmonie, et nous avons toujours été guidés par cet idéal ».

Un idéal déjà mis à mal en mars, quand Hiroshi Sasaki, le directeur artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des JO, avait dû démissionner​ pour avoir eu l’idée de génie de déguiser en porc une comédienne japonaise très connue et très fière de ses rondeurs. C’est vous dire comme ça partait bien, déjà.