JO Tokyo 2021 : Contrôles à répétition et quarantaine en option, on vous raconte l’interminable arrivée au Japon

CORONAVIRUS Les sportifs et l’ensemble des accrédités sont soumis un protocole plus ou moins logique après avoir débarqué de l’avion

Julien Laloye

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Des volontaires japonais à l'aéroport de Narita, le 18 juillet 2021.
Des volontaires japonais à l'aéroport de Narita, le 18 juillet 2021. — Kazuhiro NOGI / AFP

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Court moment de marrade partagé dimanche à l’aéroport de Tokyo, lors du premier test salivaire obligatoire du séjour. Chacun crache du mieux qu’il peut dans un tube à entonnoir, mais ce n’est jamais assez pour la laborantine japonaise équipée comme un cosmonaute de la tête aux pieds (blouse, surblouse, masque et visière). « More, more », répète-t-elle morte de rire, alors qu’on en est presque à badigeonner les murs. Pour ainsi dire, presque un répit dans le dédale administratif concocté par le comité d’organisation pour accueillir la population d’accrédités divers (athlètes, officiels, sponsors, médias…).

Cinq heures pour sortir de l’aéroport

Ces derniers s’arrachaient déjà les poils des oreilles depuis des semaines à propos d’applications en poupée russe qui se répondaient sur le principe bien connu du « vous voulez le formulaire B153 ? Très bien, mais pour cela il faut déjà avoir rempli le C675 qui s’obtient en demandant le V144 ». Ils ont découvert en condition réelle une procédure d’entrée au Japon à la sophistication presque roborative. Au début, cela ressemble presque à une chasse au trésor ludique, avec un atelier différent pour chaque document, puis très vite, on se rappelle qu’il n’y a pas de trésor au bout, et que cinq heures pour sortir d’un terminal d’aéroport, c’est bien quatre de trop.

Le petit box où on attend 3h après le test salivaire.
Le petit box où on attend 3h après le test salivaire. - J.L/20 minutes

Sans parler des paradoxes escortant la dite procédure. Pourquoi demander autant de tests – une dizaine en moyenne sur trois semaines – sans jamais se soucier de qui est vacciné, ou pas ? Dans le cas des médias, pourquoi réclamer trois jours de quarantaine dans la chambre d’hôtel, quand il faut en même temps se procurer des kits de tests salivaires pour les trois premiers jours, puis se déplacer pour les déposer, donc briser la quarantaine ?

De fait, l’apparente rigidité du protocole, parfois exagérée à l’image de ces pancartes « high five interdits » multipliées à l’aéroport, tranche avec une forme de légèreté à tous les autres bouts de la chaîne. La « team » 20 Minutes a fait le voyage en avion avec une partie de l’équipe olympique polonaise, et constaté naïvement que là-bas, on ne porte pas le masque en lieu clos, ou alors mal, et puis pas très longtemps, vol compris. Bien que courageux, vos envoyés spéciaux n’ont pas bronché, parce qu’en face on parle d’armoire à glace de deux mètres, et que quand des mecs de deux mètres parlent, ceux d’un mètre soixante-quinze les écoutent, rarement l’inverse.

C’était avant qu’on apprenne la mésaventure de six athlètes et deux membres de l’encadrement britannique, contraints à l’isolement à leur arrivée après avoir été en contact avec une personne testée positive dans l’avion, alors qu’un cluster menace l’équipe de foot sud-africaine, résidant au village olympique (trois positifs pour le moment).

Sans commentaires.
Sans commentaires. - J.L/20 minutes

« Ça c’est passé comme on s’y attendait, c’est-à-dire difficilement »

Bref, nulle volonté ici de blâmer plus que de raison la délégation polonaise, qui s’est tapée comme nous plusieurs heures d’attente à l’aéroport, certains de ses membres affalés comme ils pouvaient sur des chaises de lilliputien, les autres allongés par terre avec parfois des électrodes pour stimuler des muscles atrophiés par le voyage et l’attente. C’est d’ailleurs peu ou prou le sort partagé par les basketteurs tricolores, étrillés par le Japon en préparation quelques heures après une arrivée longuette.

« Ça c’est passé comme on s’y attendait, c’est-à-dire difficilement, résumait Vincent Collet. On a passé presque autant de temps à l’aéroport que dans l’avion. J’exagère un peu mais pas tant que ça malgré tout, puisqu’il nous a fallu cinq heures pour sortir de l’aéroport. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’expérience fut oppressante, mais disons qu’on n’avait jamais vu ça auparavant ». Dans la foulée, les Bleus apprenaient qu’ils ne pourraient pas jouer contre l’Italie pour un dernier réglage, les autorités japonaises ayant estimé qu’un déplacement de 100 kilomètres était dispensable à ce stade.

La vigilance du comité d’organisation (TOCOG), si elle interroge sur ses conséquences purement sportives pour des athlètes parfois obligés de s’entraîner sur le parking de leur hôtel afin de se plier aux contraintes sanitaires, colle avec les aspirations du pays. Même s’il faut souligner la gentillesse et la disponibilité des volontaires rencontrés depuis notre arrivée, une immense majorité des Japonais ne veut pas entendre parler de ces Jeux dans un contexte de résurgence de la pandémie (plus d’un millier de cas par jour à Tokyo, en état d’urgence). Le TOCOG a également fâché les deux ou trois locaux qui n’avaient rien contre en sucrant les places déjà vendues et en optant pour le huis clos général.

Arrêtez de me cracher dessus.
Arrêtez de me cracher dessus. - J.L/20 minutes

Six athlètes britanniques isolés, 0,18 % de tests positifs

Alors le CIO en fait des caisses, à coups de formules et de chiffres chocs. « On parle probablement de la population la mieux contrôlée jamais vue », estime ainsi Pierre Ducrey, directeur des opérations du CIO, tandis que seuls 55 tests ont été déclarés positifs parmi les 30.000 menés sur 18.000 sportifs, encadrants, officiels, ou journalistes arrivés au Japon depuis le 1er janvier, soit 0,18 % des participants. Tous ont été soigneusement isolés, comme leurs cas contacts, y compris au sein du village olympique, où 6.000 athlètes se croiseront au plus fort de la quinzaine, dans une structure prévue pour en accueillir 17.000.

Malgré une dernière subtilité – une seule personne par taxi alors qu’on va partager la même chambre à l’hôtel, est-ce bien utile ? - les organisateurs ne sont pas aussi regardants pour le reste des accrédités une fois débarqués en ville. La quarantaine de trois jours semble plus théorique qu’autre chose, et la liberté de mouvement assurée le reste du temps, bien qu’on doive en passer par un petit registre disponible dans le hall de l’hôtel pour indiquer notre heure de sortie, et revenir dans le quart d’heure. Le gouvernement japonais a visiblement choisi de faire confiance au sens de la discipline des participants et à leur civisme. Une belle idée qui se heurte parfois aux principes de réalité. 

Un registre pour sortir de l’hôtel

Ainsi, on ne résiste pas à vous narrer cette petite expérience dans le labyrinthe  de l’aéroport de Narita : une petite salle parmi d’autres, dix pupitres alignés pour la procédure, et autant de chaises disposées en colonne. Le principe de départ semble limpide pour nos hôtes japonais, à savoir remonter la colonne quand la chaise de devant se libère et ainsi de suite avant d’atteindre le pupitre. Pourtant, c’est rapidement la foire d’empoigne, avec des (futurs) accrédités qui remontent la file en loucedé, comme des conducteurs parisiens pressés sur le périphérique.

Et personne pour faire remarquer à un confrère polonais particulièrement habile que le masque se porte aussi sur le nez. Un peu plus tard, ce dernier devra refaire son test salivaire deux fois avant d’être « libéré » par les autorités. Eût-il été positif, il aurait eu le temps de contaminer la moitié de la salle d’attente, nous compris.