Tour de France 2021: « Presque un retour à la normale »… Venus du monde entier, les fans font fi du Covid-19

CYCLISME Après une édition 2020 très particulière, le Tour 2021 attire de nouveau la foule, comme sur les pentes du col du Portet. Même si le spectre de la pandémie plane toujours

Nicolas Stival
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Malgré les encouragements, Anthony Perez sera repris dans la montée du col du Portet, à seulement 8 km de l'arrivée de la 17e étape du Tour de France, ce mercredi.
Malgré les encouragements, Anthony Perez sera repris dans la montée du col du Portet, à seulement 8 km de l'arrivée de la 17e étape du Tour de France, ce mercredi. — Shutterstock / Sipa
  • Après un Tour de France 2020 automnal et ponctué de huis clos, l’édition 2021 retrouve un semblant de normalité, même si les consignes se durcissent avec le retour du Covid-19.
  • Les rudes pentes du sommet du col de Portet, ce mercredi dans les Pyrénées, étaient moins bondées qu’elles n’ont pu l’être par le passé. Mais les spectateurs venaient de partout, comme dans le monde d’avant.

De notre envoyé spécial à Saint-Lary-Soulan,

Les vaches ont accepté de partager leur domaine pour la journée. Elles paissent à quelques encablures de la ligne d’arrivée, autour de quelques voitures de partenaires du Tour de France posées sur l’herbe rase, à 2.215 m d’altitude. Dans deux heures, l’écrasant Tadej Pogacar va gagner son sprint au sommet du col du Portet, lors d’une 17e étape qui s’achève au cœur du domaine skiable de Saint-Lary-Soulan.

Le speaker annonce fièrement la « sixième arrivée la plus haute du Tour ». Pour l’instant, les spectateurs patientent paisiblement devant l’écran géant qui retransmet la course, dans une brume et une fraîcheur (une petite dizaine de degrés) assez éloignées d’une atmosphère habituelle de 14 juillet dans les Pyrénées.

Ambiance chill au sommet du col du Portet.
Ambiance chill au sommet du col du Portet. - Nicolas Stival / 20 Minutes

La plupart arborent une casquette « maillot jaune » siglée de la banque partenaire. Pas un « dress code », juste le résultat d’une distribution effectuée par quelques hôtesses. « Cette année, on retrouve un peu le vrai Tour de France », sourit l’une d’entre elles, qui préfère taire son nom, après avoir gentiment éconduit un sexagénaire qui réclamait deux couvre-chefs supplémentaires pour ses neveux « qui n’ont pas pu venir ».

« On apporte un petit bonheur aux gens »

« C’est presque un retour à la normale, même s’il y a encore les masques et des restrictions, reprend la jeune femme. L’an dernier, il y avait beaucoup d’endroits à huis clos et beaucoup moins de monde. Les gens sont présents, et on leur apporte un petit bonheur. Ceci dit, ce n’était pas la même période non plus [le Tour avait eu lieu du 29 août au 20 septembre 2020]. »

Bon, pour être honnête, ce n’est pas non plus la folie tout en haut du col du Portet, alors qu’on a doublé d’innombrables cyclos de tous âges en montant, et constaté que le moindre espace non rocheux était occupé par des camping-cars, des vans ou des voitures, visiblement costauds du frein à main. Mais ça s’explique : la caravane et ses cadeaux, irrésistibles aimants à spectateurs, ont bifurqué avant les ultimes encâblures d’une grimpette qui s’achève par un tunnel et une ébauche de route qui n’existait pas avant la première visite du Tour en 2018.

De plus, les deux derniers kilomètres d’ascension (sur 16 km, pour une pente moyenne de 8,7 %) ont été bouclés en fin de matinée, semble-t-il pour une question de « jauge » de public au sommet. « Je l’avais déjà fait il y a trois ans et ce col est long et dur, observe le Toulousain Yves, 55 ans. Mais je ne comprends pas pourquoi ils ont coupé la route, j’ai dû finir à pied… »

Le masque obligatoire mais pas toujours porté

Le quinquagénaire, amateur de Julian Alaphilippe, s’est levé à l’aube pour rejoindre Saint-Lary en voiture, avant de chevaucher sa bicyclette. « Je viens souvent sur le Tour, sauf l’an dernier. Les normes sanitaires ? Pour moi, c’est pareil qu’avant. Le masque n’est pas obligatoire, c’est plus simple. » En fait, si, il l’est, comme l’indique une pancarte accrochée à quelques mètres de là, même si beaucoup d’autres qu’Yves ne semblent pas y avoir davantage prêté attention. On a beau vouloir l’oublier un temps, le Covid est comme un sparadrap qui colle à l’époque.

Des panneaux par milliers.
Des panneaux par milliers. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Au moins, les spectateurs de l’arrivée du jour, située dans les Hautes-Pyrénées, n’ont-ils pas eu à présenter un pass sanitaire, à la différence de ceux de la veille à Saint-Gaudens, à l’initiative du préfet de la Haute-Garonne. « C’est vrai qu’hier [mardi], c’était très, très calme, confirme la jeune femme aux casquettes jaunes. La pluie n’arrangeait rien. »

Les restrictions liées à la pandémie avaient empêché Klemen et Mateja de venir sur le Tour 2020. Cette fois, ce couple de jeunes quadras slovènes est bien là, « pour Pogacar, et aussi Roglic, mais bon… ». Visiblement, le retrait précoce du leader de la Jumbo-Visma a été bien digéré. « C’est la première fois et on est agréablement surpris par l’organisation », indique Mateja.

Tant pis si, avec son compagnon, elle a dû elle aussi finir à pied l’escapade démarrée à vélo à Arreau, à une vingtaine de km plus bas, où les attend leur mobil-home. « On reste plusieurs jours, on en profite pour randonner dans le coin, vers les lacs, et c’est sublime [on confirme, le massif du Néouvielle est d’une stupéfiante beauté]. On va aussi faire l’arrivée à Luz-Saint-Sauveur demain [jeudi], toujours à bicyclette. »

Mario, un supporter de Richard Carapaz qui ne compte pas les kilomètres.
Mario, un supporter de Richard Carapaz qui ne compte pas les kilomètres. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Les Slovènes y croiseront peut-être Mario, un Equatorien de 65 ans, qui poursuivra quant à lui jusqu’à Paris, vêtu de son maillot de l’équipe nationale de foot. Les Pyrénées ont l’habitude de voir affluer des Colombiens, fans absolus de Nairo Quintana (à jamais le premier à avoir dompté le col du Portet, voici trois ans). Ils sont de nouveau présents ce mercredi, en famille et entre amis, souvent venus de la proche Espagne où ils résident.

Des Equatoriens, c’est beaucoup plus rare. Et le périple de Mario « venu pour Richard Carapaz », forcément, est carrément inédit « Je viens d’Ambato, à 150 km au sud de Quito, où j’ai pris seul l’avion pour Madrid, avant de prendre plusieurs trains, jusqu’à Lannemezan, puis le bus. Et j’ai grimpé le col à pied. J’ai l’habitude, j’ai déjà couru des marathons, et cette année je suis monté au camp IV de l’Everest. »

Après le Tour, pèlerinage puis marathon

A ce point du récit, on ne s’étonne plus de rien. « Après l’arrivée du Tour à Paris, j’irai à Irun [au Pays basque espagnol] où j’effectuerai le pèlerinage jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, poursuit l’ancien patron d’une entreprise textile. Puis je logerai chez des amis au Portugal avant de participer au marathon de Berlin, le 26 septembre. »

En ce 14 juillet bien frisquet, le monde entier s’est donné rendez-vous sur un sommet sauvage des Pyrénées, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Vu la période, on peut bien évoquer « la magie du Tour », sans craindre le cliché.