Euro 2021 : Tests PCR, vaccins et grosse galère... Les supporters n’ont rien lâché pour encourager les Bleus

FOOTBALL Malgré la pandémie, les difficultés administratives et sanitaires et les infos contradictoires, des milliers de Français seront présents à l’Euro pour pousser les Bleus vers le titre de champion d’Europe

Aymeric Le Gall

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Contre la Bulgarie au Stade de France, les Irrésistibles Français ont envoyé un max de bonnes ondes aux Bleus avant l'Euro.
Contre la Bulgarie au Stade de France, les Irrésistibles Français ont envoyé un max de bonnes ondes aux Bleus avant l'Euro. — FRANCK FIFE / AFP
  • Déjà pas simple à organiser pour les supporters en temps normal, cet Euro dans 11 ays est devenu une galère sans nom à cause de la pandémie de Covid-19.
  • Pourtant, malgré la montagne d’obstacles qui s’est élevée devant eux, des milliers de fans de l’équipe de France seront au rendez-vous à Munich et Budapest.
  • Bien que dans leur bulle, les joueurs de l’équipe de France ont bien conscience des difficultés rencontrées par leurs supporters et ils comptent bien leur envoyer du rêve.

Qu’on leur file la légion d’honneur sur-le-champ ! Alors que s’ouvre vendredi l’Euro 2021, les supporters français sont certainement en train de terminer leur baluchon avant de foncer vers Munich, où les Bleus affrontent l’Allemagne mardi. Le guide du Routard ? Check. La trousse de toilettes ? Check. Le test PCR ? Check. Eh oui, dans ce nouveau monde frappé par la pandémie, le championnat d’Europe du Covid-19 s’est transformé en véritable casse-tête organisationnel pour les milliers de fans tricolores qui, jusqu’au bout, auront refusé de laisser le virus l’emporter sur leur passion et leur appétence aux voyages.

« Déjà que de base c’était une formule assez compliquée avec 12 pays différents, mais alors avec le Covid…, souffle Flo, 31 ans, membre historique des Irrésistibles Français (IF), le principal groupe de supporters de l’équipe de France. Le plus dur à gérer, c’est que les restrictions sanitaires, les protocoles, changent quotidiennement et ça pour toutes les villes organisatrices. On est dépendants des autorités locales de chaque pays hôte, c’est compliqué. »

L’incertitude à tous les étages

A titre d’exemple, les IF viennent d’apprendre que, contrairement à ce qui était annoncé jusqu’ici, il leur sera demandé de présenter un test antigénique négatif le jour du match pour pouvoir entrer dans l’Allianz Arena. « Il nous SERAIT demandé, corrige Fabian, un autre membre des IF. Je mets du conditionnel partout maintenant parce qu’on n’est plus sûrs de rien. C’est ça notre quotidien depuis des semaines, des mois : vérifier les infos qu’on a au compte-gouttes. Ça crée une montée de stress supplémentaire, on n’est pas tranquilles pour les potes qui vont y aller. »

S’il dit ça, c’est que lui-même a dû se résoudre à lâcher l’affaire et à regarder la compétition depuis son canap en France. En cause, ce foutu Covid-19 que Fabian a eu le malheur de contracter au mois de mars dernier. « Manque de bol, ça tombe au moment où on ne sait encore rien de ce qui va se passer. Est-ce que ça sera à huis clos, est-ce qu’il y aura des jauges, quelles villes vont finalement organiser l’événement ? Rien… Et comme à cette époque-là on nous disait qu’il faudrait être vacciné pour pouvoir entrer en Allemagne et en Hongrie, je me suis dit que c’était mort pour moi et j’ai rendu mes billets. » Ce qui ne l’a pas empêché de continuer à bosser « pour les petits copains ».

Pour vérifier les informations qui tombent chaque jour, se mettre en relation avec l’UEFA, gérer les nouveaux cas de Covid parmi les supporters, redispatcher les billets, prévoir les moyens de transport, gérer l’accueil dans les villes, les stades. La liste donne le tournis. Une organisation quasi militaire à laquelle les IF sont désormais rodés. « Ça y est, aujourd’hui on est super calé, valide Fabian. C’est "il se passe ça, toi tu fais ça, toi tu gères ça, moi je m’occupe de ce truc, trois, deux, un, go !" ».

Vacciné, mon frère !

Pour s’éviter de connaître la même frustration que son collègue, Flo a décidé d’être à jour sur ses vaccins avant le début de la compétition. « J’ai eu ma deuxième dose pile à temps pour arriver nickel à Munich ! », se réjouit-il, admettant même qu’il a dû ruser un peu pour avoir sa deuxième injection dans les temps : « C’était chaud niveau timing car, pour être considéré comme vacciné en Allemagne pour l’Euro, il faut avoir pris sa deuxième dose quatorze jours avant d’entrer sur le territoire. Or, en France, le délai est passé de 28 jours à plus de 40 pour avoir la deuxième injection… J’ai détourné un peu le système mais ça l’a fait. Première dose le 3 mai, deuxième le 31, je suis pile poil ! ».

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour soutenir nos champions du monde à l'Euro, quand même...
Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour soutenir nos champions du monde à l'Euro, quand même... - FRANCK FIFE / AFP

Flo n’en est pas pour autant totalement libéré du stress. Présent au Stade de France pour le dernier match de prépa contre la Bulgarie mardi, il a eu la mauvaise surprise de se voir refouler à l’entrée du stade de France. Un problème de QR code non valide semble-t-il. « En le présentant via l’application anti-Covid, il n’a pas été reconnu et j’ai dû faire un test antigénique sur place, un peu à l’arrache, pour avoir droit d’entrer en tribunes. Ça me fait peur pour Munich. Si le QR code n’est pas reconnu en France, qu’est-ce que ça va donner à l’Allianz… Ce qui fait le plus peur ça va être le jour J, est-ce que ça va bien se passer ? On ne sait pas du tout à quoi s’attendre. »

Et une fois sur place, il faudra aussi apprendre à vivre avec les craintes multiples. Sans oublier de se faire farfouiller les naseaux quasi quotidiennement. Yannick Vanhée, président du groupe de supporters des Corsaires : « On va être testé toutes les deux minutes… On va éviter de prendre des risques, ça va être du stress permanent, il ne faudra pas boire le coup de trop pour éviter de se laisser aller, d’enlever son masque et faire la fête avec les autres supporters. On va essayer de se créer notre propre bulle même si elle sera moins surveillée et qu’on ne va pas non plus s’empêcher de vivre. » Manquerait plus que ça…

Sans les supporters, « un football triste » selon Pogba

Conscient des efforts incroyables que ses potes ont dû faire pour suivre les Bleus (ils seront 2.800 à Munich et près de 5.000 à Budapest pour les deux matchs suivants), Fabian a tenu à passer un message aux joueurs : « Les mecs, allez-y, allez la chercher pour nous parce que franchement on aura tout fait pour y être ! ». Comme on est mignon tout plein, on a directement passé le message à Paul Pogba en conférence de presse jeudi. Ça tombe bien, le milieu de Manchester United avait lui aussi une petite bricole à leur dire.

Paul, c’est à toi : « Je tiens déjà à leur dire un grand merci parce qu’on a vu ces derniers mois un football sans les supporters, un football triste, silencieux. On voit l’importance des fans quand ils ne sont pas là. Ils ont énormément d’importance pour nous et pour le football. On sait que ce n’est pas simple pour eux de nous suivre, il y a beaucoup de choses à faire, des tests, la distance qu’il y aura entre eux et nous, on va donc donner le maximum à chaque match pour eux, on veut leur ramener cette coupe ! ». Chiche ?