Euro 2021 : Forfaits de joueurs, reports, voire matchs perdus… Le Covid-19 va-t-il pourrir la compétition ?

FOOTBALL Le contrôle positif de Sergio Busquets, suivi de la mise à l’isolement des sélections espagnole et portugaise, a rappelé que la menace du coronavirus planait toujours au-dessus de l’Euro

Nicolas Stival avec A.L.G.

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La mascotte de l'Euro 2021, pas au point sur les gestes barrières.
La mascotte de l'Euro 2021, pas au point sur les gestes barrières. — Chine Nouvelle / Sipa
  • La fédération espagnole a annoncé dimanche soir le contrôle positif au Covid-19 de Sergio Busquets, qui s’est répercuté sur l’ensemble de la Roja ainsi que sur le Portugal, son adversaire en amical vendredi dernier.
  • L’UEFA a tenté de tout prévoir avant l’Euro, qui débute vendredi et s’étirera jusqu’au 11 juillet dans 11 villes de 11 pays différents.
  • Comme toutes les sélections, l’équipe de France doit vivre dans une bulle pendant des semaines.

Va-t-on davantage parler de tests PCR que de buts pendant l’Euro, à partir de vendredi jusqu’au 11 juillet ? En tout cas, le Covid-19 continue son travail de sape, façon Tullius Détritus au sein du village d’ Astérix dans La Zizanie. Premier exemple : la semaine dernière, le sélectionneur des Pays-Bas Frank de Boer décidait d’écarter son gardien titulaire, Jasper Cillesen, positif au coronavirus.

Visiblement surpris, le portier de Valence s’est lâché dans la presse batave contre le jumeau de Ronald en rappelant qu’il était possible de remplacer un gardien avant chaque match de l’Euro, si celui-ci était « en cas d’incapacité physique ». « Il restait encore beaucoup de temps », a grincé Cillesen, au bord de la déprime.

Busquets ou l’effet papillon

Mais c’est surtout le cas Sergio Busquets qui a ravivé de mauvais souvenirs chez tous les professionnels et les fans du foot, habitués depuis un an à ce que l’écouvillon serve de baromètre à leur équipe.

Le contrôle positif du milieu du Barça, annoncé tard dimanche par la Fédération espagnole (RFEF) a déclenché un effet papillon : quarantaine de 10 jours pour le nouveau capitaine de la Roja, isolement préventif des contacts proches du joueur au sein de la sélection, entraînement individuel (à base de jongles ?) d’ici le premier match, le 14 juin, contre la Suède à Séville.

Ce lundi, le Portugal a aussi été placé en « quarantaine préventive », après son match de préparation vendredi soir contre le voisin, à Madrid. Dans la soirée, les fédérations espagnoles et portugaises assuraient que tous les tests effectués après le « Busquetsgate » s’étaient révélés négatifs. Luis Enrique a toutefois appelé cinq réservistes après le départ de son capitaine (Raul Albiol, Pablo Fornals, Carlos Soler, Brais Méndez et Rodrigo Moreno) pour pallier d’éventuels forfaits.

Le 4 mai, outre le passage des listes de 23 à 26 joueurs, le comité exécutif de l'UEFA avait autorisé « un nombre illimité de remplacements en cas de blessure ou de maladie grave avant le premier match [de l’Euro], sous réserve de la présentation d’un certificat médical ». Le Covid en fait bien entendu partie, que le joueur soit contaminé ou cas contact. La situation des gardiens est différente et plus souple, comme Cillesen a tenté de le rappeler, en vain, à Frank De Boer…

Jasper Cillesen, bien dégoûté de ne pas aller à l'Euro avec les Pays-Bas.
Jasper Cillesen, bien dégoûté de ne pas aller à l'Euro avec les Pays-Bas. - Pressinphoto / Sipa

L’instance européenne, qui doit jongler aussi avec les exigences sanitaires plus ou moins fortes des 11 pays d’accueil de cette compétition gyrovague, s’appuie sur le concept de « bulle » pour tenter de limiter la casse.

L’UEFA veut des bulles hermétiques

« Durant l’Euro, les délégations doivent éviter tout contact avec toute personne en dehors de la bulle, afin de minimiser le plus possible le risque de contagion, indique l’UEFA à 20 Minutes. Ceci s’applique au camp de base, aux hôtels, aux centres d’entraînement, aux stades mais aussi durant les transferts d’un lieu à un autre. » Supporteurs amateurs de selfies, passez votre chemin…

A l’évocation du mot « bulle », les fans français de sport peuvent difficilement réprimer un sourire, malgré la gravité de la situation. Car très vite germent des images de rugby, de sorties gaufres à Rome et de dirigeants avec le masque sous le nez voire sous le menton.

Dubois : « Le jeu en vaut la chandelle »

Du côté des Bleus du foot, en revanche, on rigole moyen. « On s’adapte, on n’a pas le choix, lance, fataliste, l’arrière droit lyonnais Léo Dubois. Ça va faire un an et demi que le monde s’est adapté au Covid, on va en faire autant. On va respecter les consignes de l’UEFA, au final on sait pourquoi on est là, on sait ce qu’il y a à aller chercher, on va dire que le jeu en vaut la chandelle. »

Même si les semaines qui s’annoncent peuvent être sources de tension au moins autant que de plaisir parmi les 24 sélections cloîtrées de l’Atlantique à l’Oural.

« Entre le premier jour de rassemblement et le dernier, que j’espère le plus tard possible, il peut s’écouler plus d’un mois et demi, calcule Guy Stéphan, l’adjoint de Didier Deschamps. Et pendant ce temps-là, on ne va voir ni nos épouses, ni nos compagnes, ni nos enfants, ne serait-ce qu’un jour comme on avait pu le faire à la Coupe du monde 2018. On ne peut pas savoir comment on va le gérer, le vivre au quotidien, puisque ça n’est jamais arrivé dans l’histoire. Aujourd’hui je vois des sourires, je vois les joueurs faire des efforts, je vois beaucoup de choses positives. Après il faudra que ça dure dans le temps. »

Pourvu que ça dure oui, comme diraient Letizia Bonaparte et Patrick Sébastien… Cela signifiera que l’équipe de France aura pu jouer ses matchs sans encombre. Car un cluster, façon TFC au mois d'avril, peut avoir de sérieuses conséquences, sans même parler de la santé des contaminés. L'UEFA rappelle que si une sélection est partiellement placée en quarantaine ou à l’isolement, le match se jouera comme prévu à condition que l’équipe « dispose d’au moins treize joueurs, dont au moins un gardien ».

D’abord une reprogrammation, puis un match perdu

Si c’est impossible, l’UEFA peut le reprogrammer « dans les 48 heures », même dans un autre stade. Enfin, si cette reprogrammation est impossible, l’instance sanctionnera l’équipe jugée « responsable de l’annulation du match » d’une défaite par forfait sur le score de 0-3.

Autant dire que le stress de la compétition ne sera pas le seul qui sévira dans chaque bulle, alors que la vaccination reste un sujet aussi épineux dans le foot que dans n’importe quelle réunion de famille. Ainsi, en Belgique, la moitié des Diables Rouges auraient refusé la piqûre, selon le journal flamand Het Laatste Nieuws.

Chez les Bleus, Didier Deschamps indiquait fin mai que tout le staff était vacciné, mais que l’UEFA n’avait prodigué « aucune obligation, ni recommandation » et que, pour les joueurs, cela restait « une décision personnelle ». Au Portugal, la Fédération a affirmé lundi que « la quasi-totalité du groupe [avait] été vacciné en temps utile ».

En Espagne, après le coup de semonce Busquets, les choses se sont précipitées. Selon la radio Cope, le gouvernement va autoriser les membres de la sélection à recevoir une injection du vaccin unidose Janssen, alors qu’il s’y refusait jusqu’à présent. Tout va très vite dans le football. Surtout le Covid.