« Le cas de Payet est révélateur de l'aspect mental » dans la prise de poids

FOOTBALL L’attaquant de l’Olympique de Marseille, Dimitri Payet, revient en très grande forme en cette fin de saison après sa méforme du début d’année

Adrien Max

— 

Dimitri Payet, loin d'être en rythme, pour son retour en Ligue des champions face à l'Olympiakos.
Dimitri Payet, loin d'être en rythme, pour son retour en Ligue des champions face à l'Olympiakos. — LOUISA GOULIAMAKI / AFP
  • Après un début de saison raté, Dimitri Payet revient en forme avec trois buts et six passes décisives depuis l’arrivée de Jorge Sampaoli et sa perte de poids.
  • Trop souvent pris sous le seul prisme de la nutrition, la prise de poids chez les footballeurs professionnels est souvent liée au mental.
  • Les trêves estivales et la consommation d’alcool peuvent beaucoup influer sur la prise de poids.

Une métamorphose. L’attaquant de l'Olympique de Marseille,Dimitri Payet, est méconnaissable depuis l’arrivée du nouvel entraîneur Jorge Sampaoli. En surpoids depuis le début de saison, Dimitri Payet aurait perdu sept kilos depuis le mois de mars. Une transformation physique qui se traduit sur le terrain par trois buts, six passes décisives et trois titres d’homme du match.

« Vu la concurrence qu’il y a, tu payes direct cette mauvaise condition physique. Ils ne peuvent pas tricher, ils savent que c’est leur outil de travail et il n’y a qu’à voir les statistiques de Payet depuis son retour en forme pour s’en rendre compte », souligne Emmanuel Vallance, préparateur physique au Valenciennes Football Club.

« L’alcool est un facteur important »

Son attrait pour les soirées, qu’il aurait multiplié pendant le premier confinement, et la longue trêve en raison de l’arrêt de la Ligue 1 avec la pandémie de Covid-19, ont grandement contribué à cette prise de poids. « On en parle très peu dans le milieu, c’est assez tabou, mais beaucoup de joueurs sont friands de soirées. Il y a un dérèglement avec moins de sommeil et les joueurs vont stocker plus facilement. L’alcool est également un facteur très important, c’est un élément nutritionnellement chaud et sucré. C’est d’ailleurs l’un des problèmes majeurs durant la trêve dont on ne parle pas beaucoup. Il suffit de consommer deux fois de l’alcool par semaine pour directement stocker toutes les calories », explique Bilal Bourazza, préparateur physique spécialisé dans la nutrition du sportif qui accompagne plusieurs joueurs professionnels.

Une véritable double peine pour ces sportifs de haut niveau. « Ces mecs font tellement de sacrifices tout au long de la saison, et même de leur carrière, avec beaucoup de sollicitations, qu’ils ont le droit de se détendre un peu. Sauf qu’il le paye direct », rappelle Emmanuel Vallance.

L’importance de la nutrition

D’autres facteurs, plus classiques rentrent également en compte, comme l’arrêt brutal des entraînements lors des trêves estivales, sans forcément de perte d’appétit. Ce qui va forcément fausser la balance entre la faim et les dépenses énergétiques.

Si les joueurs de football sont souvent raillés sur la prise de poids qui serait liée à un manque de professionnalisme, les clubs délaissent trop souvent l’aspect nutritionnel. « Il n’y a pas de diététicien dans beaucoup de clubs de l’élite. Ils partent du postulat que les joueurs n’en font pas une priorité et qu’ils n’en ont pas besoin de prime abord. Alors qu’en réalité cet aspect les intéresse, ils ont envie de bien manger et sont clients de ce type d’information alors que les clubs en sont déficitaires », rappelle Bilal Bourazza.

Emmanuel Vallance, note au contraire une prise de conscience. « Ça fait 12 ans que je suis dans le circuit et il y a une prise de conscience des joueurs, et de plus en plus des clubs. Il y a de plus en plus de nutritionnistes, avec un cahier des charges. Ils vont proposer des petits-déjeuners communs. Avec moins de variations de poids qu’avant. Désormais les joueurs reviennent des très hivernales encore plus affûtés que quand ils sont partis, on est passé d’athlète de haut niveau à des athlètes de très très haut niveau », détaille-t-il.

Le mental a son rôle

Sauf qu’un autre facteur rentre beaucoup plus en compte : le mental. Bilal Bourazza a par exemple noté qu’un joueur professionnel qu’il accompagne a des envies de sucre les soirs, depuis qu’il est moins titulaire. « C’est très lié aux émotions. Ils sont très sollicités, dans un milieu très prisé avec des sollicitations permanentes. Les joueurs peuvent être dans des phases de moins bien, lors desquelles c’est plus compliqué de prendre du recul, tout est exacerbé. Si tu rajoutes à ça les critiques, il peut y avoir une forme de laisser-aller, de lâcher prise », avance Bilal Bourazza.

« Le cas de Payet est assez révélateur de cet aspect mental. Sportivement il n’était pas au top et il a stocké directement, il a gonflé à vue d’œil. Depuis l’arrivée de Jorge Sampaoli la situation sportive s’améliore et il se métamorphose », souligne Emmanuel Vallance. Si beaucoup pensent que c’est Jorge Sampaoli qui a remis en forme Payet, la métamorphose viendrait bien du joueur lui-même. Il n’en fait pas plus que les autres, mais il est plus appliqué, avec un investissement autre que celui du début de saison et plus de rigueur.

Merano démodé

L’attrait grandissant pour la nutrition de la part des joueurs et des clubs a progressivement relégué au second plan l’autrefois très prisé centre de cure de Merano. Ce centre de remise en forme a d’ailleurs vu passer Steve Mandanda après sa mauvaise saison 2018/2019. « C’est assez démodé, les joueurs sont plus friands d’une approche personnalisée qu’un stage intense. Plus axé sur le long terme pour aller plus loin. Je suis un joueur de Porto, un club qui a cinq préparateurs physiques parmi les meilleurs. Pourtant le travail que je fais avec lui, lui correspond plus, avec un schéma individuel », explique Bilal Bourazza.

« Merano n’était pas ouvert à tout le monde, c’est quand même du très haut de gamme avec un budget conséquent. J’en entends plus forcément parler, c’est plutôt un truc de trentenaire. Il y a dix ans tout le monde connaissait, maintenant les gamins qui sortent du centre connaissent de moins en moins. Tu entends beaucoup plus parler d’accompagnement nutritionnel au niveau du club, avec la mise en place de cours de cuisine quand les joueurs sont seuls dans leur appartement, de recettes de cuisine. Tout est beaucoup plus individualisé », témoigne Emmanuel Vallance.