Paris-Nice : « C’est l’année pour le faire »… Oubliez Pinot, la Groupama-FDJ mise tout sur l’attelage Gaudu-Démare

CYCLISME Son leader naturel ayant choisi de faire l’impasse sur le Tour de France cette année, la formation française a décidé de construire sa saison autour de ses deux autres hommes forts

Nicolas Camus

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David Gaudu et Arnaud Démare vont se partager le statut de leader de l'équipe Groupama-FDJ pour la saison 2021.
David Gaudu et Arnaud Démare vont se partager le statut de leader de l'équipe Groupama-FDJ pour la saison 2021. — SIPA / Montage 20 Minutes
  • Paris-Nice, première course à étapes d’envergure de la saison, débute dimanche.
  • La Groupama-FDJ sera emmenée cette année par le duo David Gaudu-Arnaud Démare, qui prendra la relève de Thibaut Pinot.
  • c’est dans cette configuration en rodage que l’équipe de Marc Madiot se lancera sur le prochain Tour de France.

Changement de cap pour la Groupama-FDJ. Après deux saisons préparées aux petits oignons pour Thibaut Pinot, la formation française va procéder différemment cette année. Un choix naturel autant que nécessaire. Le Franc-Comtois a « encore fait pschitt » lors du dernier Tour, comme il le disait lui-même dans une interview à L’Equipe le mois dernier, et ne voulait plus d’une équipe construite rien que pour lui. Il va donc aller retaper son dos et son moral loin de la Grande Boucle, laissant le champ libre à David Gaudu et Arnaud Démare, qui piaffaient d’impatience derrière.

« Les parcours respectifs du Giro et du Tour de France, le découpage de la saison, la situation des uns et des autres, le niveau de performance, tout ça nous a amenés à cette évolution, expliquait le boss Marc Madiot lors de la présentation de l’équipe en janvier. On veut essayer de changer un peu la philosophie de l’équipe. Il n’y a pas que le Tour de France dans la vie même si c’est la plus belle course du monde. » Alors même si notre petit cœur ne battra pas tout à fait pareil le 26 juin lors du grand départ à Brest, va donc pour un attelage Démare-Gaudu en tête de pont. Une configuration inaugurée à partir de dimanche sur Paris-Nice.

« J’étais souvent mis derrière Thibaut »

Le premier, parmi les tout meilleurs sprinteurs tricolores depuis des années – il avait notamment apporté à la France son premier monument depuis 21 ans en remportant Milan-San Remo en 2016 –, était le grand perdant du tout-pour-Thibaut. Mais son exceptionnelle saison dernière, où il a levé les bras à 14 reprises en l’espace de trois mois (avec un titre de champion de France et quatre étapes du Tour d’Italie), a poussé ses dirigeants à lui faire à nouveau de la place.

« Ça fait du bien, reconnaît-il. J’étais souvent mis derrière Thibaut. Je suis content d’avoir cette reconnaissance. » Un sentiment légitime, même si Madiot tient à apporter de la nuance. « Il y avait un décalage d’image par rapport au monde extérieur, Arnaud a toujours eu un rôle déterminant au sein de l’équipe, corrige-t-il. C’est un peu plus dur pour un sprinteur de représenter le visage de l’équipe que quand on court pour le classement général et qu’on brille, comme a pu le faire Pinot. »

Arnaud Démare avec le maillot de meilleur sprinteur du Tour d'Italie sur le dos.
Arnaud Démare avec le maillot de meilleur sprinteur du Tour d'Italie sur le dos. - Gian Mattia D'Alberto/AP/SIPA

Le second, grand espoir du vélo français sur les courses à étapes, deux fois vainqueur d’étape lors du dernier Tour d’Espagne, a désormais l’âge (24 ans) de voler hors du nid, après avoir appris le métier dans la roue de Pinot. « C’est un top coureur, encore en phase de progression, estime Thomas Voeckler, consultant pour France TV, qui démarre sa saison de retransmissions avec Paris-Nice. Etre aux côtés de Thibaut ces dernières années dans des moments cruciaux sur le vélo mais aussi en dehors, dans la gestion de la pression, des exigences, de l’environnement, ça va sans doute lui faire gagner du temps. »

Celui qui est également sélectionneur de l’équipe de France voit d’un bon œil cette stratégie à deux têtes mise en place par la Groupama-FDJ. « C’est très cohérent de leur part, car c’est vraiment l’année pour le faire. C’est plus aisé de mettre Gaudu en leader sans avoir toute une équipe à son service. Et puis ça ne l’aurait pas aidé, observe-t-il. C’est paradoxal mais quand on a son âge, avec son talent et son potentiel, c’est plus facile d’arriver jusqu’à la montagne sans encombres que quand on est un favori affiché, avec une grosse pression sur les épaules. »

« Fédérer le groupe en vue du Tour »

Il faudra quand même voir comment tout ça va se goupiller en course. Démare est un sprinteur qui a besoin d’un train devant lui pour l’emmener. Mais il faut aussi du monde pour accompagner Gaudu en montagne. Dans une équipe de huit comme sur le Tour, les places vont être chères. Si Démare part avec une longueur d’avance (quatre équipiers pour lui, deux pour Gaudu par exemple), la configuration évoluera peut-être avec les résultats de la première partie de saison.

Pour le moment, l’apprenti leader reste à sa place. « On va voir où ça nous mène, dit-il. Sur les étapes de plat, je vais essayer de m’accrocher au groupe d’Arnaud, de profiter de leur savoir-faire, et après en montagne ce sera à la pédale. » Sur Paris-Nice, dans un groupe de sept, seul Bruno Armirail, qui l’avait parfaitement secondé sur la dernière Vuelta, a le profil pour rester avec lui dans les cols. Démare abordera quant à lui les sprints en limousine, avec Guarnieri, Konovalovas, Scotson et Sinkeldam à son service.

David Gaudu lors de sa deuxième victoire d'étape sur la Vuelta en octobre.
David Gaudu lors de sa deuxième victoire d'étape sur la Vuelta en octobre. - Kiko Huesca/EFE/SIPA

Avec leur profil mixte, à la fois lanceurs et rouleurs, ces quatre-là auront pour mission de sentir la course, d’où peut venir le danger, et de veiller à ce que personne ne se perde en chemin. « On sera là pour fédérer le groupe en vue du Tour », indique Gaudu. En espérant que l’un débloque son compteur lors de deux premières étapes de plat, et que l’autre soit à la bagarre pour le général, avant de rêver maillot vert et top 10 sur la Grande Boucle.

« Il ne faudra pas tirer de conclusions trop hâtives si ça ne marche pas, prévient Voeckler. En tout cas, Paris-Nice est une course toujours très attendue parce que c’est un condensé de tout ce qui attend les coureurs ensuite. Ce n’est pas le Dauphiné mais ceux qui la dominent sont rarement à la rue en juillet. »