Stade Toulousain : « Jouer sans public, c’est l’ennui », déplore Thomas Ramos

INTERVIEW L’arrière international du Stade Toulousain balaie l’actualité de son club et du rugby en général, en pleine crise sanitaire

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Thomas Ramos garde d'excellents souvenirs d'enfance du « classico » entre les Stade Toulousain et Français.
Thomas Ramos garde d'excellents souvenirs d'enfance du « classico » entre les Stade Toulousain et Français. — Gaizka Iroz / AFP
  • Le Stade Toulousain prépare un match de haut de tableau du Top 14, dimanche face au Stade Français.
  • Son arrière polyvalent Thomas Ramos évoque la forme étincelante de son club et sa situation personnelle.
  • L’international de 25 ans confie son inquiétude quant au bon déroulement de la suite de la Coupe d’Europe.

Deuxième du Top 14, le Stade Toulousain reçoit le Stade Français, quatrième, dimanche (21 h 05) à Ernest-Wallon. L’arrière international Thomas Ramos (25 ans, 14 sélections) se confie avant cette affiche qui fut le rendez-vous majeur du rugby tricolore au tournant des années 1990 et 2000.

Pour quelqu’un comme vous né en 1995, que représente ce « classico » ?

J’ai pu en voir beaucoup à la télévision, et je me souviens d’une finale de championnat à laquelle j’avais assisté avec l’école de rugby de Mazamet. On avait tous acheté le maillot du Stade Toulousain. Bon, on avait perdu (32-18, en 2003). Mais se rendre pour la première fois au Stade de France quand on n’a même pas dix ans, ça reste un bon souvenir. Il s’agissait de matchs spéciaux, avec Max Guazzini [président du club parisien de 1992 à 2011] qui a beaucoup fait évoluer notre sport.

Cette confrontation n’a plus le prestige qu’elle avait à cette époque. Mais dimanche, elle va opposer deux équipes bien classées.

Oui, le Stade Français retrouve des couleurs après avoir connu une saison dernière compliquée. Il a recruté deux-trois joueurs devant et pareil derrière, ce qui donne un effectif très, très solide. De notre côté, nous sommes sur une belle dynamique et nous nous attendons à un gros match. Nous arrivons à marquer pas mal d’essais sur certains matchs. Mais ce qui fait la force d’un groupe, c’est de pouvoir aussi gagner des rencontres compliquées comme à Bayonne (20-24), à Belfast face à l’Ulster (22-29) ou le week-end dernier à Montpellier face à une équipe en difficulté mais revancharde (9-16).

Habituel arrière, on vous voit beaucoup évoluer à l’ouverture.

Je prends du plaisir aux deux postes. Romain [Ntamack] est actuellement blessé donc Zack [Holmes] va avoir un gros rôle à jouer dans les semaines à venir. Le groupe a l’habitude d’évoluer avec lui aussi bien qu’avec moi. Cela ne changera pas les automatismes.

Quels sont vos objectifs cette saison ?

Quand tu es un compétiteur et que tu évolues au Stade Toulousain, l’ambition est de gagner des titres. En équipe de France, il y a de la concurrence, je ne suis pas un titulaire indiscutable pour le moment. C’est à moi de faire de gros matchs en club pour pouvoir espérer une place en sélection.

Lors d'Ecosse-France, le 22 novembre 2020.
Lors d'Ecosse-France, le 22 novembre 2020. - David Gibson / Fotosport / Shutterstock / Sipa

Cela fait des mois que vous enchaînez les tests PCR et que vous évoluez dans des stades vides. Est-ce qu’on finit par s’y habituer ?

On s’est habitué aux tests toutes les semaines. C’est une bonne chose car notre championnat peut continuer, même avec des matchs reportés. Nous avons connu une coupure assez longue avec le premier confinement et si on avait dû de nouveau s’arrêter pendant le deuxième, cela aurait été très compliqué.

En revanche, jouer sans public, c’est l’ennui. Les matchs ressemblent aux entraînements. Quand tu croises les supporteurs, ils te disent qu’ils veulent revenir dans les stades. Ça manque à tout le monde. Mais je ne sais pas si on peut espérer des stades pleins d’ici la fin de l’année.

Êtes-vous inquiets pour la suite de la Coupe d’Europe, voire pour la tenue du Tournoi des VI Nations ?

En France, c’est déjà compliqué et les Britanniques sont reconfinés. La Coupe d’Europe revient dès la semaine prochaine. On lit les journaux et, en ce qui nous concerne, on voit qu’Exeter [où Toulouse doit se rendre le 16 janvier, après avoir gagné le match aller sur tapis vert] peut encore avoir des cas positifs. On est dans le flou total. Si c’est pour aller faire un match chez une équipe où le virus est présent, rentrer en France puis se retrouver dans la situation de Bayonne ou Pau, c’est assez dommageable.

J’ai lu que le protocole sanitaire allait être renforcé en Coupe d’Europe. Est-ce que ce sera suffisant ? Je ne sais pas. La situation pour cette épreuve comme pour le Tournoi des VI Nations est assez floue, même si on voit que les instances veulent maintenir les compétitions et c’est normal. Mais il faut faire très, très attention.

Quand vous voyez les clubs, qui sont vos employeurs, très touchés par les conséquences du Covid-19, cela vous fait-il gamberger ?

On a eu des discussions en début de saison avec le président [Didier Lacroix]. Nous avons eu une baisse de salaire pour aider le club. Le Stade Toulousain vit grâce à une économie réelle. Il a besoin de ses supporteurs, d’un stade plein, de ses buvettes, de ses boutiques. Les jours de matchs sont vraiment importants. J’espère que les choses vont s’arranger et que les finances du club retrouveront des couleurs.

Un dernier mot sur votre premier club, Mazamet, qui va récupérer 27.000 euros au titre des années que vous avez passées dans son école de rugby.

Oui, j’ai vu que j’allais permettre à mon club formateur de recevoir une belle somme. J’imagine que ce montant va faire du bien à un budget de Fédérale 1 [estimé à 550.000 euros], dans cette période encore plus compliquée pour les amateurs que pour les professionnels.