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Quelle image a laissé l’entraîneur Christian Gourcuff à Lorient ?

FC Nantes : Quelle image a laissé l’entraîneur des Canaris Christian Gourcuff à Lorient ?

FOOTBALLLe FCN sera à Lorient, dimanche, à 15 h. Christian Gourcuff y retrouvera le club dans lequel il a passé presque la moitié de sa vie
David Phelippeau

David Phelippeau

L'essentiel

  • Christian retrouve Lorient, dimanche, où il a été joueur, entraîneur-joueur puis enfin coach.
  • Avec lui, les Merlus ont grimpé les échelons pour arriver jusque dans l’élite du football français et s’y installer pendant de nombreuses années.
  • L’actuel coach des Canaris a aussi créé un vrai style de jeu, selon les joueurs interrogés.

Il y a passé quasiment plus de la moitié de sa vie en tant que joueur, entraîneur-joueur puis entraîneur tout court. Christian Gourcuff, 65 ans, retrouve, dimanche (15 h), avec le FC Nantes, le FC Lorient, c’est-à-dire la ville, le club, le stade qui l’ont érigé au rang des tout meilleurs techniciens français. « Si FCL en est là, c’est grâce à Gourcuff, estime Pierrick Le Bert, ancien joueur et éducateur chez les Merlus. Il a posé les premières pierres au club et il y a insufflé une vraie politique sportive. » Quelle image a vraiment laissé l’actuel coach des Canaris, qui a quitté le Morbihan en 2014 ?

Il a mis le FC Lorient sur la carte du football français

En 1982, Christian Gourcuff prend les rênes de Lorient comme entraîneur-joueur à l’âge de 27 ans. Le club est en Division d’Honneur. « C’est Christian qui a sorti Lorient du petit milieu amateur où le club était plongé après notamment un dépôt de bilan (fin des années 1970) », raconte Laurent Aquilo, journaliste au Télégramme et grand connaisseur des Merlus. Un petit passage de quatre ans (1982-1986) durant lequel le club breton monte en D2, puis un retour en 1991 (jusqu’en 2001) où Lorient connaît la Ligue 1 puis un autre come-back de 2003 à 2014 où les Merlus squattent l’élite. « Avec une certaine façon de jouer au foot, un style bien propre… et un petit budget, explique Loïc Bervas, qui a écrit en 2013 une biographie du coach nantais intitulée "Gourcuff, un autre regard sur le football". Les gens, ici, ont gardé ça. C’est en faisant du beau jeu qu’on aura des résultats. »

Gourcuff fait la grimace... une photo datant de 1998.
Gourcuff fait la grimace... une photo datant de 1998. - DAMIEN MEYER / AFP

Avec une saison inoubliable pour Gourcuff lui-même, celle de 1997-1998 avec Malm-Bouafia ou Pedron, et la première montée en Ligue 1. « Ça restera mon meilleur souvenir d’entraîneur avec une équipe au diapason sur les plans technique et humain », confiait-il en 2013. Paradoxalement, le technicien breton n’a rien gagné avec les Merlus - hormis un titre de champion de D3 en 1985 -. « C’est un point paradoxal d’autant plus que c’est juste après son deuxième départ en 2002 que Pouliquen remporte la Coupe de France avec le FCL, note Antoine, fan de 24 ans des Merlus. Après, c’est grandiose ce qu’il a réussi à faire. Surtout pour une petite ville comme Lorient. On est restés de 2006 à 2017 en L1 [de 2006 à 2014 avec Gourcuff], ce n’est pas rien. » « C’est son trophée ça ! », conclut l’ex-joueur Johan Audel.

Il a créé une identité de jeu très forte

Beaucoup d’anciens joueurs ne parlent que de ça. « Une vraie idée de jeu », pour Guillaume Moullec. « Une tactique qui tournait comme une horloge », selon Johan Audel. « Un amoureux du beau jeu, un puriste du foot, mais aussi une rigueur tactique au millimètre », observe Yann Jouffre. « Je crois que les gens sont nostalgiques parfois ici de ça, poursuit Loïc Bervas. Des actions avec Vahirua, Koné, Aliadière… » Et il y en a eu bien d’autres des beaux joueurs (Abriel, Gameiro, Gignac etc.).

On garde ainsi l’image d’un coach campé sur ses convictions de jeu (en 4-4-2 forcément) et à qui on a reproché parfois d’allumer, après une défaite ou une victoire, ses adversaires parce que leur style de jeu ne s’accordait avec sa conception du ballon rond. « Il avait un vrai côté donneur de leçon, mais il semble s’être calmé », lâche un grand connaisseur du foot breton. « Non seulement, Lorient s’est maintenu pendant toutes ces années [2003-2014], mais il l’y arrivait en jouant bien au ballon », analyse Audel, très marqué par sa seule saison avec Gourcuff. « C’est un coach à part pour moi, encense Jouffre. Quand j’en parle à des collègues qui l’ont eu et qui ont évolué ensuite dans des grands clubs, ils me disent tous que sur la sensibilité foot et l’importance du jeu, ils n’ont jamais vu ça ailleurs. » Moullec évoque même « un jeu à la Lorientaise » instauré par Gourcuff. « Il a posé sa maque, sa patte sur le club. »

Il est parti sur un conflit en mai 2014

Faire un sujet sur Gourcuff et Lorient, c’est aussi se heurter à de nombreux refus de témoignages. Sollicité, le club de Lorient n’a mis par exemple aucun formateur (Genton, Le Bris, Le Lan etc.) à notre disposition pour évoquer le coach du FCN. D’autres gens qui l’ont bien connu ont refusé poliment de s’exprimer. « C’est un personnage clivant », justifie l’ancien président des Merlus Alain Le Roch. Malgré sa gentillesse naturelle, certains lui reprochent aussi une certaine maladresse récurrente dans les relations humaines.

Gourcuff et Féry en 2011.
Gourcuff et Féry en 2011. - DAMIEN MEYER / AFP

En fin de saison 2013-2014, il quitte le FC Lorient après une saison durant laquelle « il ne parle plus à son président », raconte un proche du club. La brouille est partie du départ soudain de Mario Lemina à Marseille lors du dernier jour du mercato estival. Une vente validée par le président Loïc Féry, mais pas par le coach Gourcuff. « A moins de figurer parmi les géants, la règle de santé économique s’applique dans tous les clubs qui veulent perdurer, expliquait le président lorientais en 2019 sur le site du club à propos de cet épisode. Pour les « petits » comme le FC Lorient, c’est même vital. Un entraîneur ne découvre pas ces nécessités d’équilibre à la clôture du mercato, contrairement à ce que l’on a pu lire ou entendre. » « Une discorde malheureuse », selon Antoine, supporteur, qui précipitera le départ de Gourcuff le 17 mai 2014, lors d’un revers 1-4 contre Lille. Juste après le match, devant des journalistes médusés, Féry remercie son coach pour tout le travail effectué pendant toutes ces années, lequel lui répond tout à trac : « Moi, je ne vous remercie pas ! ». « Quitter Lorient a certainement été la décision professionnelle la plus difficile », reconnaîtra un jour le technicien breton.