Bellator : Après la légalisation, comment faire pour que le MMA compte dans le paysage sportif français?

ARTS MARTIAUX MIXTES La France accueille cette semaine ses premiers galas de MMA d'envergure. L'occasion d'imaginer un peu l'avenir de la discipline chez nous

William Pereira

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Cheick Kongo sera à l'affiche du premeir grand gala de MMA à Paris
Cheick Kongo sera à l'affiche du premeir grand gala de MMA à Paris — Jeff Chiu/AP/SIPA
  • Le MMA a été légalisé en France après des années d'interdiction.
  • Bercy accueille ce samedi un gala du Bellator, deuxième organisation au niveau mondial de MMA.
  • L'occasion de se demander comment la France peut aider ce sport à se développer rapidement.

C’était il y a cinq ans. Le 19 septembre 2015, la France accueillait son premier gala d’arts martiaux mixtes (MMA) au cirque d’hiver de Paris, moyennant une filouterie administrative qui sera très vite punie par un arrêté ministériel anti-MMA à peine déguisé. Il s’agissait alors de jouer la montre contre ce qui apparaissait comme une évidence : la discipline serait légalisée bien assez vite. On vous joue la suite en accéléré : mission parlementaire, arrivée de LREM au pouvoir, mandat de Laura Flessel, flambeau repris par Roxana Maracineanu, légalisation sous l’égide de la fédé de boxe et assises du MMA. Cinq ans de pourparlers, de négociations, de séduction pour en arriver aux premiers galas légaux d’arts martiaux mixtes en France.

Après le MMA Grand Prix de Vitry-sur-Seine jeudi, le Bellator de Bercy de samedi soir sera le premier d’envergure internationale sur nos terres. Avec quelques contraintes, néanmoins. Faute de diffuseur – la deuxième plus grande organisation de MMA discute encore avec le CSA – la soirée sera retransmise gratuitement sur YouTube. Ce à quoi il faut ajouter le contexte sanitaire, qui limitera le nombre de personnes sous le toit de l’Accor Hotels Arena à 1.200, dont 600 spectateurs. Mais l’objectif reste le même : vendre un gala de qualité sans accroc ni polémique, pour que cette semaine serve de tremplin au MMA en France. Car c’est de ça dont il s’agit maintenant : désormais légal, comment en faire un sport qui compte ?

Un jeune champion, et vite !

Les débuts du Bellator offriront un grand nom du MMA français au public parisien en « main event », Cheick Kongo. 43 combats, 30 victoires dont 15 par KO et un passage remarqué à l’UFC (2006-2013), où il a même reçu les honneurs du jury en recevant le titre de come-back de l’année en 2011. Le parcours force le respect et on pourrait presque parler de locomotive si ce dernier n’était pas en bout de course. A 45 ans, le poids lourd originaire de Sevran prête sa renommée pour aider à mettre la machine en route, mais il devra être relayé par plus jeune et encore plus fort dans les années à venir. C’est l’avis de Bertrand Amoussou, président de la fédération internationale, l’IMMAF.

« Pour que la compétition se développe, il faut des champions charismatiques. Si on a un Connor McGregor, je parle de l’athlète, pas celui qui fait n’importe quoi dans les médias (rires)… Si on a une vraie figure emblématique qui puisse avoir une notoriété avec des valeurs positives, ça va amener les médias. Ensuite les médias attireront les sponsors qui eux rapporteront de l’argent. Si les gens aiment pratiquer mais qu’il n’y a pas une figure emblématique, le sport n’explosera pas en France. »

Une structure, des fonds et… l’Insep ?

En d’autres termes, le MMA aura besoin d’un France 98, de Barjots, d’Experts, de Douillet, Riner, Fourcade et on s’arrête là parce que vous avez saisi l’idée. Pour comprendre à quel point la question de l’incarnation est primordiale, l’aspect performance figure en troisième position sur les 9 axes commandements édictés par la FMMAF, la fédération française. Pour performer, il faut former. C’est d’ailleurs le quatrième de ces neuf commandements. Pas seulement les combattants mais aussi les coachs, comme le prévoit la structuration de la discipline via les assises du MMA. « Le savoir existe, il y a d’excellents entraîneurs et des salles de renom à Paris et ailleurs en France », se réjouit Amoussou. Mais il faut d’abord harmoniser les savoirs et régulariser la situation de coachs qui ont pour certains enseigné « leur » MMA pour rester dans la légalité.

Cyrille Diabaté, ancien combattant désormais à la tête de la Snake Team représentée samedi au Bellator par Yves Landu et Emmanuel Dawa travaille quant à lui le cœur léger. Il a foi dans ceux à qui la fédé de boxe a confié le dossier, comme Lionel Brézéphin, directeur de la performance au Pôle France Boxe au sein du Ministère des sports ou encore l’ancien combattant Johnny Frachey et sait qu’il peut aspirer à mieux pour ses gars.

« Enfin on va pouvoir vivre de nos passions et bénéficier de ce dont tous nos sportifs professionnels bénéficient, à savoir de fonds, de structures et pourquoi pas à terme d’installations à l’Insep. Je pense pas qu’on en est à parler d’intégrer l’Insep mais c’est ce qui va suivre, logiquement. A un moment donné on va être reconnu et pourquoi pas un jour viser les JO. Il y a plein de trucs qui sont indépendants de notre volonté. Si jamais demain les budgets des fédés sont réduits de moitié par exemple pour des raisons conjoncturelles, ça va être compliqué de faire grandir le sport. »

Un gros coup de main de l’UFC

Il est vrai que le Covid apporte son lot d’incertitudes mais il reste toujours un phare dans la nuit noire, l’optique d’organiser bien assez vite un événement UFC en France. Médiatisation, manne financière quasiment infinie, story-telling à l’américaine… Accueillir un gala du plus grand organisme de MMA au monde, c’est être touché par la grâce. Diabaté :

« A chaque fois que l’UFC a débarqué dans un pays ou le MMA n’était pas développé au niveau pro ou amateur ça a transformé le paysage local. Ça a fait un phénomène de mode dans le pays où elle débarquait. »

Le boss de l’UFC, Dana White, a toujours dit qu’il gardait un œil sur le marché français. Mais le contexte sanitaire réduit le champ des possibles et les meilleurs guerriers planétaires n’iront nulle part ailleurs qu’à Las Vegas et Abu Dhabi en cette fin 2020. Paris n’est toujours pas au calendrier, mais Amoussou ne s’en inquiète guère. « C’est dans l’intérêt de l’UFC de faire émerger un champion français. Leur travail ça sera de modeler une star, d’identifier quelqu’un qui en a le potentiel en France et de le faire émerger. » Pourquoi pas via la télé-réalité, au bon souvenir de The Ultimate Fighter ? « C’est comme ça que le MMA a explosé, observe Cyrille Diabaté. L’UFC a eu recours à des ressors mainstream pour atteindre le public et c’est la voie à suivre. Plus on aura recours aux canaux mainstream, plus on verra d’images de MMA en compétition dans les médias, plus le sport grossira chez nous. »

Bertand Amoussou prévient néanmoins : à un moment donné, il faudra des résultats. Car pour remplir une salle dans un pays hôte, l’UFC a besoin d’une tête d’affiche au niveau national. « Si chaque français se fait éclater à chaque événement, l’UFC ne viendra peut-être pas en France. » Impitoyable univers que celui du MMA international. On en viendrait presque à regretter nos joutes administratives intestines. Diabaté ne s’y trompe pas. « Le combat continue pour le MMA français. Et il n’est pas près de s’arrêter. »