Tour de France : « Ils sont capables de verrouiller ! » L’armada Jumbo-Visma va-t-elle gâcher la course ?

CYCLISME L’équipe néerlandaise emmenée par Tom Dumoulin et Primoz Roglic, est la grande favorite du Tour de France. Les Français Thibaut Pinot et Romain Bardet craignent que Jumbo-Visma « cadenasse » le Tour

J.S.-M.

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Maman j'ai peur.
Maman j'ai peur. — AFP
  • « Ineos et Jumbo sont capables de rendre la course monotone », s’inquiète Romain Bardet.
  • Les Néerlandais, en grande forme cette saison, sont « les favoris absolus du Tour de France », estime l’ancien cycliste Stef Clement.

De notre envoyé spécial à Nice,

Richie Porte les surnomme les « abeilles tueuses. » Les Jumbo-Visma chassent en jaune et noir, effectivement, mais la comparaison nous semble un peu bancale. On a envie de les baptiser « stoomwals » : le rouleau compresseur. Pendant le confinement, les Jumbo-Visma ont mangé du lion. Depuis la reprise de la saison, les Néerlandais roulent sur le reste du peloton : George Bennet a levé les bras sur le Gran Piemonte, Wout van Aert a gagné les Strade Bianche et Milan – San Remo, Primoz Roglic a remporté le Tour de l’Ain et fonçait vers la victoire sur le Dauphiné, avant une vilaine chute.

Avec leur second leader Tom Dumoulin, les Jumbo sont « les favoris absolus du Tour de France », s’enthousiasme l’ancien rouleur néerlandais Stef Clement, devenu consultant pour la chaîne Nos. Elle pourrait offrir de belles siestes à ses téléspectateurs cet été. « Il ne faut pas se faire d’illusion, il y a deux équipes au-dessus du lot, Ineos et Jumbo, qui sont capables de verrouiller la course et la rendre monotone », soupire Romain Bardet. « Je crains forcément que la course soit cadenassée, comme l’a été le Dauphiné jusqu’à la chute de Roglic », confirme Thibaut Pinot.

« Les leaders ont tous eu un mauvais jour au Dauphiné »

La parole est à la défense. Stef Clement, qui a fini sa carrière chez Jumbo, est surpris que ce débat se pose en France : « Je pense que le Tour est très imprévisible cette année. La préparation a été inédite, le peloton a manqué trois mois de course. Au Dauphiné, les leaders étaient inconstants, ils ont tous eu un mauvais jour ! »

Stef Clement dément donc notre idée de départ, selon laquelle les Jumbo « vont nous pourrir le Tour ». Steve Chainel, consultant pour Eurosport, nous l’a déjà dit : les Jumbo « ne pourront pas courir après tous les lièvres. Ils vont faire la course, mais pas l’écraser. »

« Pas l’énergie pour tout bloquer »

En y réfléchissant bien, on voit effectivement quelques facteurs d’incertitude :

  • la guerre de position entre les Jumbo et les Ineos devrait permettre aux Groupama-FDJ de Thibaut Pinot de rester sagement dans les roues et donc de se préserver pour dynamiter la course en troisième semaine ;
  • le fait que Julian Alaphilippe et Romain Bardet renoncent à toute ambition au général promet de belles bastons pour aller chasser des étapes ;
  • le parcours, très difficile, ne laissera pas le droit à l’erreur aux trois favoris. Si Egan Bernal, Tom Dumoulin ou Primoz Roglic ont un jour sans, l’addition pourrait vite se compter en minutes ;
  • la météo s’annonce assez vilaine, avec des orages de fin d’été dès ce samedi, à Nice ;
  • les chutes se multiplient dans les pelotons depuis le déconfinement.

Vous êtes encore sceptiques ? Laissons Bernard Thévenet tenter de vous convaincre :

Je ne pense pas qu’on s’ennuiera. Le Tour est vraiment difficile : ils n’auront pas l’énergie pour toujours rouler à fond et tout bloquer. Dès lundi, après l’étape de montagne, il y aura des écarts au classement donc des coureurs qui pourront partir de loin. L’an dernier, il y a eu moins de contrôle que d’habitude, on a même vu une échappée avec 20 coureurs, du jamais vu en quinze ans ! Les directeurs sportifs ont changé de mentalité. »

Mais pas nous : on préfère toujours râler en avance.