Coronavirus sur le Tour de France : Une interruption de la course est « possible », mais peu probable

CYCLISME Le Tour de France démarre ce samedi à Nice en pleine reprise de la pandémie de coronavirus. Les coureurs craignent que la course soit arrêtée avant la fin. Jean-Michel Blanquer a tenté de les rassurer

Jean Saint-Marc

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Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu ont tenu un bref point presse au départ du Tour de France, à Nice.
Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu ont tenu un bref point presse au départ du Tour de France, à Nice. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Plusieurs coureurs, dont Romain Bardet, ont avoué leur inquiétude à l’idée que le Tour de France soit interrompu par les autorités en cas de redémarrage trop violent de la pandémie.
  • Les organisateurs ont mis en place un système de « bulles » pour éviter que les coureurs, les journalistes et les spectateurs ne se contaminent.
  • « L’hypothèse [d’un arrêt] est très faible mais tout est toujours possible », indique Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports.

EDIT : Ajout des déclarations des ministres Roxana Maracineanu et Jean-Michel Blanquer, ce samedi midi.

De notre envoyé spécial à Nice,

On vous le confirme : les bulles sont étanches. Ces mots sont écrits depuis le hall d’un hôtel et non depuis la salle de presse du grand départ du Tour de France. Ses portes sont restées fermées jusqu’à ce que le laboratoire qui a farfouillé dans nos narines lundi ne se décide à nous envoyer un test PCR barré d’un magistral : « négatif ». Tel un coureur qui aurait abusé du Tramadol, voilà le reporter condamné à interviewer au téléphone des gens qui se trouvent à 200 mètres de lui, avant de décrocher la précieuse accréditation.

En plus d’avoir un masque sur le visage, « on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête », nous dit ainsi Bernard Thévenet. Le vainqueur des Tours 1975 et 1977 a hérité cette année du titre d’ambassadeur du grand départ, en plus de son poste habituel de chargé des relations extérieures pour ASO, l’organisateur du Tour.

Cette « épée de Damoclès » plane au-dessus du maillot bleu-blanc-rouge de Thibaut Pinot, qui emploie la même formule. Sans trop s’inquiéter. Contrairement à Pierre Rolland, qui trouve la situation « assez stressante ». Le leader d’AG2R Romain Bardet est lui alarmiste :

S’il y a une infection dans le peloton, ça peut aller très vite. Si le Tour arrive à Paris, ce sera une réussite pour tous ! »

Son futur directeur sportif, Iwan Spekenbrink, patron de Sunweb, embraye : « Il faut que la bulle soit étanche, sinon nous savons avec certitude que le gouvernement français va mettre un terme à l’évènement. »

La course de Romain Bardet (à gauche, sous le masque) pourrait être gâchée par le Covid-19.
La course de Romain Bardet (à gauche, sous le masque) pourrait être gâchée par le Covid-19. - M. Allili / SIPA + J.S.-M. au Paint

Deux ministres étaient à Nice, ce samedi midi, pour confirmer la prédiction. Mais l’hypothèse d’un arrêt du Tour est « faible » selon Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports. Aux côtés de Roxana Maracineanu, il a précisé : « Tout est toujours possible. On doit avoir un sens de l’adaptation. »

« Pas du tout à l’ordre du jour »

Dans les cabinets, les conseillers sont très rassurants. « Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour », dit-on au ministère de la Santé. Les deux cas positifs au sein du staff de la Lotto-Soudal, ce jeudi, n’ont rien changé : « Il n’y a aucune raison d’interrompre la course. » Les malades ont été exfiltrés.

Même commentaire au ministère des sports. Assorti d’un certain agacement : « Maintenant qu’on part, il faut changer de logiciel et arrêter de nous demander si on pense à arrêter », peste une source au ministère des Sports, avant de lâcher : « Il y aura des cas de Covid-19, forcément, mais on est en mesure de préserver la bulle. »

Le gouvernement s’est battu pour maintenir le Tour de France, le premier événement sportif d’ampleur internationale organisé en France depuis le confinement. « C’est un signal positif, c’est une victoire de pouvoir l’organiser », souligne cette même source. « Le sport reprend en mode dégradé mais il doit reprendre, a déclaré la ministre Roxana Maracineanu. Faire une activité sportive et physique au quotidien, c’est important, au niveau sanitaire, physique et mental. »

« Les gens d’ASO ont sûrement réfléchi à une interruption »

Seront-ils aussi sur les Champs Elysées pour remettre les maillots distinctifs aux héros de l’été indien, dans trois semaines ? « Les gens d’ASO sont des professionnels. Ils ont sûrement réfléchi à une interruption, confie une source proche. Tous les scénarios ont été envisagés et le gouvernement leur a donné une feuille de route, qu’ils appliquent. »

ASO a réussi son premier examen avec mention en réorganisant le grand départ dans l’urgence. Le classement des Alpes-Maritimes en zone rouge a forcé Christian Prud’homme à bricoler un départ en quasi-huis clos. Une déception pour les contribuables niçois, qui vont payer 3,35 millions d’euros pour une fête à laquelle ils ne sont pas invités.

« C’est long, trois semaines »

Ce départ contrarié inquiète les élus locaux de Haute-Saône. Le conseil départemental a beaucoup investi pour aménager la montée de la Planche des Belles Filles, théâtre du contre-la-montre décisif du 19 septembre. « Les habitants s’y voient déjà, souffle un élu local. Mais moi, je me dis que le Tour peut très bien s’arrêter avant. C’est long, trois semaines… » Thibaut Pinot, qui a dû abandonner lors des Tours 2013, 2016, 2017 et 2019, peut confirmer.