Le tramadol, opioïde le plus consommé en France, ne sera plus prescrit pour un an, mais pour trois mois

ADDICTION L' ANSM raccourcit le délai de délivrance du tramadol, opioïde le plus impliqué dans les décès aux antalgiques, pour limiter l’accoutumance et les effets secondaires

Oihana Gabriel

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Le 25 janvier 2012. Le tramadol est un analgésique central ayant une activité et une efficacité proche de celle de la codéine. On le classe dans la catégorie des antalgiques de niveau 2. Il agit sur le même type de récepteur que la morphine. Il n'est délivré que sur ordonnance.
Le 25 janvier 2012. Le tramadol est un analgésique central ayant une activité et une efficacité proche de celle de la codéine. On le classe dans la catégorie des antalgiques de niveau 2. Il agit sur le même type de récepteur que la morphine. Il n'est délivré que sur ordonnance. — V. WARTNER / 20 MINUTES
  • L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) va modifier la durée de prescription du tramadol.
  • Le tramadol est en effet l’opioïde le plus impliqué dans les décès liés aux antalgiques.
  • L’idée est de limiter les mésusages de ce traitement.

 

C’est l’opioïde le plus prescrit en France. Le tramadol, antidouleur dérivé de l’opium, fait l’objet d’une vigilance des autorités de santé depuis 2014. Ce mercredi, l’ Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) annonce qu’elle va modifier la durée de prescription de cet antalgique : elle passera, à partir du 15 avril 2020, d’un an à trois mois.

En revanche, ce qui ne change pas, c’est que le patient devra l’acheter chaque mois en pharmacie.

L’opioïde le plus dangereux ?

« Nous avons en toile de fond la crise des opioïdes aux Etats-Unis », explique Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments antalgiques et stupéfiant à l’ ANSM. Si la France se trouve encore loin de l’épidémie américaine (70.000 décès en 2017), le phénomène va croissant. En effet, entre 2000 et 2017, le nombre d’hospitalisations dans l’Hexagone liées à une overdose aux opioïdes a bondi de 167 %, et le nombre de décès entre 2000 et 2015 de 146 %.

Or, on l’a dit, l’opioïde le plus fréquemment délivré dans le pays est le tramadol. « Différents rapports de surveillance ont attiré notre attention ces derniers mois sur un certain nombre de mésusages, d’abus, de dépendance concernant le tramadol, explique Nathalie Richard. Une dépendance qui peut s’installer même sur une courte durée et en respectant les doses prescrites. » Ces overdoses et addictions n’épargnent personne : l’usage problématique concerne les usagers de drogue, mais également les personnes concernées par des douleurs chroniques. Un accident de voiture ou une opération du genou peuvent donc devenir une porte d’entrée vers l’enfer de la dépendance. Sans compter que ce médicament possède un certain nombre d’effets indésirables à surveiller : constipation, vomissement, maux de tête et convulsions.

Autre caractéristique inquiétante, ce médicament est le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées présentées en pharmacie, derrière la codéine. Enfin, et surtout, c’est l’opioïde le plus impliqué dans les décès liés aux antalgiques. « Une enquête spécifique sur les décès avec antalgiques en 2016 dévoilait que, sur 84 décès, 37 concernaient des patients qui consommaient du tramadol », précise Nathalie Richard.

Pourquoi limiter la durée ?

L’objectif est de limiter les mésusages. « Le médecin peut réévaluer l’intérêt du traitement pour le patient tous les trois mois [et non plus une fois pas an], insiste Nathalie Richard. Mais aussi réaliser un bilan de bonne tolérance pour être sûr qu’il n’y a pas de risque d’abus. » Car certains patients, voyant l’effet du médicament s’estomper, augmentent seuls les doses. L’intérêt, également, est de rappeler au grand public que cet opioïde, parfois prescrit de façon systématique au sortir d’une opération, pas exemple, n’a rien d’anodin.

Les soignants, eux, doivent davantage faire preuve de pédagogie et expliquer les effets secondaires et les risques. « Les médecins ont un rôle à jouer pour repérer les patients qui commencent à montrer des signes de dépendance, pour les orienter vers des structures qui traitent l’addiction », souligne Nathalie Richard.

Pourquoi ne pas l’avoir retiré du marché ? « Le tramadol garde une balance bénéfices/risques favorable », poursuit-elle. Ecourter la durée de validité de l’ordonnance ne limite pas l’accès à cet antidouleur. « Il ne devrait donc pas y avoir de report sur d’autres antalgiques ».

Une surveillance globale

Cette décision, qui permet donc de rappeler les dangers de cet opioïde, ne doit surtout pas pousser les patients à jeter par-dessus bord leurs plaquettes. « Le patient doit bien respecter les doses prescrites, ne pas augmenter la posologie tout seul, respecter la durée du traitement, rappelle Nathalie Richard. Et ne pas arrêter son traitement de façon brutale, mais progressivement. Car comme pour tous les opioïdes, le patient peut ressentir un syndrome de sevrage. Enfin, si la douleur n’est pas soulagée, il faut qu’il aille voir son médecin. »

Et pour les autres opioïdes ? Une feuille de route pour prévenir et agir face aux surdoses d’opioïdes 2019-2022 a été publiée par le ministère de la Santé en juillet 2019. « L’ANSM surveille l’ensemble des opioïdes au fil de l’eau », rassure Nathalie Richard. Qui précise que pour le fentanyl, la morphine et l’oxycodone, trois opioïdes classés comme stupéfiants, l’ordonnance n’est valable qu’un mois. Quant à la codéïne, l’agence avait modifié en 2017 les conditions l’accès pour que tous les médicaments codéïnés soient délivrés uniquement sur ordonnance.