Coronavirus : « La rentrée est une période plus propice à la circulation du virus que les vacances »

INTERVIEW Fini les vacances, retour au travail, adieu les plages et bonjour le métro… Antoine Flahault, épidémiologiste, explique à « 20 Minutes » ce que cela va changer dans la circulation du coronavirus.

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

— 

Retourner travailler, retourner se contaminer ?
Retourner travailler, retourner se contaminer ? — Michel Euler/AP/SIPA
  • La fin des vacances marque un changement de nos habitudes : moins de déplacements interrégion, plus de transports en commun, le retour à l’école.
  • Des modifications importantes de nos déplacements qui vont forcément affecter la circulation du coronavirus en France.
  • Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, explique ce que la rentrée implique pour le virus.

Vendredi 28 août et c’est déjà pour beaucoup le dernier week-end des vacances. Lundi, les doigts de pied en éventail sur la plage retrouveront leurs chaussures du boulot. Fini les barbecues, le sable fin, la desperado et les story instagrames avec Petit Biscuit-Sunset Lover en fond sonore. Triste nouvelle pour l’ensemble des aoûtiens, mais dans ce marasme de reprise de travail, n’y aurait-il pas une excellente nouvelle pour contrer la fameuse seconde vague de coronavirus tant redoutée ?

Vous connaissez notre optimisme légendaire, on s’est dit que la rentrée, avec moins de déplacements entre les régions et moins d’ambiance festive propice à envoyer paître les gestes barrières pourrait bien ralentir la propagation du virus. Mais plus encore que voir toujours le verre de R0 à moitié plein, nous sommes avant tout des journalistes rigoureux et nous avons donc demandé l’analyse d’Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

La fin de l’été et des vacances ne marquent-elles pas la fin de certains comportements à risques ou peu covidfriendly, comme les déplacements entre régions, les retrouvailles familiales/avec des amis loin, l’augmentation des rencontres et des contacts ?

Autant pour les maladies sexuellement transmissibles, on sait que les vacances estivales peuvent être un facteur de propagation, autant ce n’est pas le cas habituellement des maladies virales respiratoires, notamment de la grippe. Nous ferons le bilan un jour pour le coronavirus, mais l’hypothèse est plutôt que l’été favorise peu les transmissions, non pas seulement grâce à des températures et au taux d’humidité, mais aussi à un contexte situationnel. Les gens et l’ensemble de la société ont plutôt réduit leurs interactions pendant les vacances, les transports publics urbains étaient moins saturés, les réunions de travail suspendues, les écoles et universités fermées, etc.

Les vacances d’été, en interrompant les classes scolaires et universitaires, en fermant certains commerces non essentiels, en confinant en quelque sorte de nombreuses familles qui vivent entre elles, peuvent s’apparenter à une forme « d’auto-confinement ».

Ne va-t-il pas être tout de même plus facile de tracer le virus avec des gens restant dans leur ville globalement et voyant quotidiennement les mêmes personnes (travail/amis de la ville/couple), là où les chaînes de traçabilité étaient rendues ardu avec les déplacements en vacances ?

Il ne m’apparaît pas évident que les chaînes de transmission et l’étendue des contacts soient beaucoup plus limitées dans les périodes de travail par rapport aux congés. Beaucoup de personnes restreignent considérablement leurs interactions à leur famille et leurs amis proches pendant l’été. Durant les périodes estivales, on croise beaucoup moins de gens dans les transports publics ou à la cafétéria de son travail, tous ces lieux ne sont pas particulièrement propices au traçage en cas de PCR positif.

La rentrée peut-elle être une période de transition entre les vacances d’été et un hiver redouté ?

On pourrait en effet assister à une période de transition entre un été qui fut particulièrement calme sur le front de la Covid-19 dans toute l’Europe de l’Ouest (je parle ici en termes de morbidité sévère conduisant à des hospitalisations et de mortalité), et un automne ou un hiver qui verrait se lever les derniers freins saisonniers, à l’image de ce qui s’est passé à la fin du printemps austral dans les zones tempérées de l’hémisphère sud.

Néanmoins, le télétravail s’il est largement promu et appliqué pourrait prolonger opportunément l’effet « auto-confinement » des vacances d’été évoqué plus haut en réduisant les contacts et en allégeant la charge dans les transports publics. Il est aussi probable que le port du masque, s’il est rendu systématique, réduise fortement la probabilité de transmission du virus, et contribue aussi à diminuer substantiellement le R-effectif.