Tour de France : « Le masque n’enlèvera pas l’émotion », assure le speaker Damien Martin

INTERVIEW A 29 ans, le Breton Damien Martin va commenter sa sixième Grande Boucle

Propos recueillis par Jérôme Gicquel

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Damien Martin aux côtés du coureur Nairo Quintana, qui évolue désormais sous les couleurs de la formation bretonne  Arkéa-Samsic.
Damien Martin aux côtés du coureur Nairo Quintana, qui évolue désormais sous les couleurs de la formation bretonne Arkéa-Samsic. — DR
  • Speaker du Tour de France depuis 2015, Damien Martin sera encore cette année au départ de la Grande Boucle qui s’élance de Nice ce samedi.
  • Malgré le contexte sanitaire, le jeune breton estime que le Tour de France reste et restera une grande fête populaire.
  • Il espère que les Français animeront encore la course cette année pour électriser la foule.

Il est la voix du Tour de France. Ou plutôt l’une des voix du Tour puisqu’ils sont désormais quatre à occuper le job depuis que la légende Daniel Mangeas a rangé son micro en 2014. A 29 ans, Damien Martin, originaire de Janzé près de Rennes, sera donc au départ de sa sixième Grande Boucle ce samedi à Nice avec comme mission de faire vibrer le public sur la ligne d’arrivée. En dépit du contexte sanitaire, il se veut confiant sur le succès de cette 107e édition, estimant que le Tour reste et restera une grande fête populaire.

Comment se retrouve-t-on à moins de 30 ans speaker du Tour de France ?

J’ai commencé très jeune en commentant ma première course à 16 ans et demi. J’ai ensuite progressé au niveau départemental et régional. En 2014, quand Daniel Mangeas a passé la main, j’ai ensuite été sélectionné par Amaury Sport Organisation (ASO) qui recherchait des nouveaux speakers pour le Tour. Les entretiens et les tests sur les courses ont été concluants et je suis donc devenu titulaire. Mais je garde un statut d’indépendant même si je travaille beaucoup avec ASO sur des courses comme le Dauphiné Libéré, Paris-Nice ou Paris-Roubaix.

Au vu du contexte, tiendrez-vous le même rôle cette année ?

Cela n’aura pas trop d’impact. Je serai toujours chargé d’assurer les commentaires même s’il faudra le faire masqué. Et puis j’ai déjà l’habitude de travailler en cabine sur la ligne d’arrivée depuis des années. Mais évidemment, on aura avec mes collègues un rôle plus pédagogique cette année en rappelant régulièrement les consignes au public.

Vous ne pourrez cependant pas approcher les coureurs cette année.

On ne pourra en effet pas les interviewer comme les autres années au départ et à l’arrivée car ils seront placés dans une bulle pour éviter le plus possible les contacts avec l’extérieur. Le public non plus ne pourra pas approcher les coureurs, ce ne sera pas l’année pour des selfies ou des autographes. Mais je pense que tout le monde comprend la situation. Le Dauphiné a servi de répétition générale et cela s’est très bien passé avec beaucoup de public.

La fête ne risque-t-elle pas quand même d’être un peu gâchée ?

Le masque n’enlèvera pas l’émotion du Tour de France. Au contraire, ce sera une édition historique dans le sens où l’on s’en souviendra encore dans vingt ou trente ans. Quand on se replongera dans les photos, on verra des coureurs et des supporters masqués. Cela rajoutera encore une anecdote dans la grande histoire du Tour qui a passé les époques, les guerres et bien d’autres choses encore.

Le plateau s’annonce en tout cas très relevé. Un pronostic ?

Sportivement, l’intérêt sera en effet bien présent. Peut-être même encore plus intéressant que les années précédentes car le contexte a fait que le calendrier a changé. Du coup, toutes les stars ou presque seront au départ du Tour de France, avec un niveau encore plus relevé. Mais c’est difficile de faire un pronostic comme on l’a vu sur le Dauphiné. Après une si longue coupure, cela dépendra beaucoup de l’état de forme et il peut y avoir des surprises.

Un speaker doit-il être forcément un peu chauvin ?

Cela peut faire partie du job. Mais comme pourrait l’être un commentateur à la télé. On est là pour être objectif. Mais après, le public qui est face à nous est majoritairement français. Il attend Alaphillipe, Bardet ou Pinot. Donc forcément quand on annonce l’attaque de Pinot en montagne, la réaction du public est différente. L’engouement a d’ailleurs été incroyable l’an dernier autour de Pinot et d’Alaphilippe. A Pau et au Tourmalet, l’ambiance était digne d’un stade de foot sur la ligne d’arrivée, ça donnait des frissons. Donc si cette année, un coureur français joue les premiers rôles, on aura encore beaucoup d’euphorie sur le bord des routes.

En tant que Rennais, comment avez-vous vécu la polémique sur le départ du Tour de France 2021 que Rennes a refusé ?

Il y a bien sûr de la déception. Car Rennes est la capitale de la Bretagne, donc cela paraissait logique pour tout le monde que le grand départ breton se fasse de Rennes. Mais ce sera quand même une grande fête du vélo en Bretagne. Il y aura quatre étapes 100 % bretonnes avec une étape par département probablement. Donc l’Ille-et-Vilaine sera également de la fête.