« On peut remplir les stades à 50 ou 60 % », la jauge des 5.000 spectateurs maximum va-t-elle disparaître ?

FOOTBALL De nombreux acteurs du foot français espèrent faire mieux que les 5.000 spectateurs qui ont pris part au match amical entre le Havre et le PSG

B.V.

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Le match amical entre le Havre et le PSG
Le match amical entre le Havre et le PSG — SIPA

« Je me réjouis que le football en France puisse reprendre de manière populaire, avec du public dans les stades. C’est le seul pays en Europe de l’ouest à pouvoir faire cela ». Kylian Mbappé avait un petit air de Neil Armstrong, dimanche soir au Havre. Premier homme à mettre le pied dans un stade avec du public en Europe occidentale depuis la crise sanitaire, ça valait bien un petit coup d’autosatisfaction de la ministre des sports, Roxana Maracineanu. Surtout après le torrent de critique qui s’est abattue sur elle quand la France avait été le premier à enterrer la saison 2019 au cœur de la vague de Covid.

Mais passons. Nous sommes début juillet et Le Havre vient de prouver à l'Europe entière qu’on pouvait organiser des matchs de foot avec au moins un peu de public sans bafouer les règles sanitaires : entrée filtrante avec respect de la distanciation sociale, masques obligatoires, ou encore diffusion d’un clip sur les écrans géants rappelant les gestes barrières. La première impression visuelle est, elle aussi, réussie, la distanciation sociale entre les différents groupes familiaux ou amicaux étant à peu près respectée, avec un siège d’écart. La seconde donne une grande impression de vide. Les 5.000 spectateurs du Stade Océane étaient en effet réunis dans la première ceinture du stade (cf photo d’illustration de l’article), laissant les tribunes hautes d’un stade de 25.000 places totalement vide. N’aurait-on pas pu les remplir elles aussi, tout en respectant le protocole ?

C’est sans doute la question qui va agiter le football français dans les prochaines semaines. 5.000 supporters maximum ou une jauge au pourcentage de la capacité maximale de l’enceinte ? Officiellement, pour l’instant, la première option prévaut pour les finales de Coupe de France et de la Ligue (24 et 31 juillet) et le Stade de France risque de sonner bien creux avec 5.000 personnes dans les 80.000 disponibles. Interrogée avant le coup d’envoi sur cette question, la ministre des sports a assuré qu’augmenter la jauge était « un objectif ». « Il sera discuté le 18 juillet, précise-t-elle. On va voir si on peut considérer que les événements sportifs peuvent bénéficier d’une jauge relative, d’un pourcentage de personnes présentes par rapport à sa surface d’accueil. Aujourd’hui c’est 5.000, c’est censé encore être le cas jusqu’à la fin août. Mais il y a une clause de revoyure à la mi-juillet. Avec les ministres concernés, nous allons porter ce sujet au conseil de défense d’ici une semaine. »

Les tribunes du Havre avant le match amical
Les tribunes du Havre avant le match amical - SIPA

Peu de chances pour les finales

De quoi espérer un changement de dernière minute pour les deux finales ? « Je n’y crois pas trop, estime Xavier Pierrot, directeur général adjoint en charge du stade pour l’Olympique Lyonnais. Il faut quand même être raisonnable et qu’on reçoive les informations plus d’une semaine en amont, il y a des questions de billetterie, de sécurité, des discussions à avoir avec les supporters. L’idée, c’est plutôt d’essayer de convaincre les autorités pour la rentrée ».

Un communiqué du « peuple vert » a d’ailleurs confirmé qu’en raison de conditions sanitaires « impossibles à respecter », aucun club de supporters stéphanois ne ferait le déplacement pour la finale de Coupe de France face au PSG, le 24 juillet. Bref, le débat nous amène plutôt à la reprise de la Ligue 1, le week-end du 23 août. A ce moment-là, Xavier Pierrot, qui ouvrira le Groupama Stadium de Lyon à 5.000 spectateurs en fin de semaine pour le Trophée Véolia, pense être capable de le remplir à « sans problème à 50 ou 60 %, voire 70 ou 80 % car si vous regardez bien ce qu’il se passe dans les salles de spectacles ou de cinéma, on laisse juste un siège d’écart entre les groupes ».

La question des transports

Fondamentalement, le plus gros problème organisationnel ne réside pas spécialement dans les tribunes, qui sont par ailleurs à l’air libre. Mais plutôt dans les zones de compression où les supporters risquent de s’agglutiner avant ou après : transports, portiques d’entrée, buvette… « C’est pour ça qu’on tient à responsabiliser les acteurs d’événements aussi bien que les spectateurs pour proposer un protocole qui permet d’assurer tout le monde », expliquait ainsi Roxana Maracineanu mi-juin.

A l'époque, nous vous expliquions que dans ce protocole, l’une des pistes envisagées est de définir une jauge d’accueil au cas par cas, selon la taille du stade et le plan proposé par le club, en accord avec sa ville. Une manière de répondre aux questions logistiques singulières à chaque stade : offre de transports en commun, nombre de portes d’entrées dans le stade, capacité globale… Xavier Pierrot, de son côté, est prêt à répondre à toutes ces questions pour le Groupama Stadium. Il évoque ainsi des horaires d’arrivées plus étalés au stade pour dimensionner l’arrivée par transports des supporters, mais aussi la fluidification des process d’entrée dans le stade, le port du masque et les mesures barrières dans tous les lieux de circulation. Sans oublier la réorganisation des buvettes pour éviter les attroupements ou un sens de circulation pour les gens qui se croisent aux toilettes.

Sans oublier d’informer un maximum, à travers des signalétiques et du personnel de renfort chargé de rappeler les bons usages. Car au-delà de tous les protocoles, l’attitude des spectateurs sera déterminante « On fait appel au civisme des gens, conclut-il. On sent bien qu’il y a un regard tourné vers le monde du foot car tout le monde attend de savoir comment vont se comporter les supporters ou les organisateurs. Les spectateurs ont démontré hier en respectant les règles que tout le monde voulait un retour du football avec du public. » Au gouvernement d’en décider, désormais.