Liga : « Je suis en quelque sorte un miraculé », confie Robin Le Normand, révélation de la saison à la Real Sociedad
INTERVIEW•Le Français de 23 ans, en échec en France au moment de passer professionnel, a dû partir très jeune en Espagne, où il est en train d'éclore au plus haut niveauPropos recueillis par Nicolas Camus
L'essentiel
- La 28e journée de Liga, qui a commencé jeudi soir avec la victoire du FC Séville contre le Betis dans le derby andalou, se poursuit ce week-end, avec notamment le match de la Real Sociedad, surprenant 4e du championnat, contre Osasuna.
- Au sein du club de San Sebastian, le Français Robin Le Normand, titulaire en défense centrale, est en train de se révéler.
- Non conservé par Brest en 2016, amené par Eric Olhats au Pays Basque où il a terminé sa formation avant d’éclore, il raconte son parcours atypique (et étrangement similaire à celui de Griezmann) à « 20 Minutes ».
C’est le petit Français qui monte en Liga. Robin Le Normand, non conservé par Brest en 2016 après y avoir fait une apparition en Ligue 2, franchit les étapes une à une à la Real Sociedad. A 23 ans et après une petite dizaine de rencontres la saison dernière en équipe première, il s’est installé avec autorité depuis l’été dernier, disputant 21 matchs sur 27 avec l’actuel 4e du championnat. Le défenseur central, passé sous les radars des clubs français et amené dans le club basque par Eric Olhats, marche dans les pas d’ Antoine Griezmann.
Jusqu’où ira-t-il ? Didier Deschamps a récemment demandé à Olhats qui était ce jeune joueur « qui a émergé comme une Formule 1 », comme l’a raconté le recruteur à Radio Marca. L’intéressé, qui vient de prolonger son contrat jusqu’en 2024, n’en est pas encore là. Il raconte à 20 Minutes son parcours tortueux et comment il voit la suite, alors que la Liga redémarre pour lui dimanche soir, contre Osasuna.
Que représente cette prolongation de contrat à vos yeux ?
C’est une étape importante. Depuis Brest, j’ai parcouru un chemin particulier, atypique. J’avais beaucoup d’espérances, là-bas, et quand ils ne m’ont pas gardé, ça a été très dur. J’ai eu la chance de tomber sur Eric Olhats qui m’a relevé, parce que j’étais au fond du trou. Lui ne s’est pas arrêté sur cet échec, il m’a permis d’y croire dans un championnat qui est extrêmement difficile. D’ailleurs, c’est un vrai sujet de réflexion. Eric m’a sauvé moi, et je ne suis pas le premier sur la liste. Il y a beaucoup de joueurs dans ce cas, qui sont ensuite passés pros, comme Giovanni Sio, Kévin Rodrigues, Liassine Cadamuro… Et que dire d’Antoine Griezmann, qui était à deux doigts de ne pas passer professionnel. Tout comme eux, je suis en quelque sorte un miraculé. Je remercie vraiment Eric. J’ai eu la chance de tomber sur lui, mais d’autres ne l’ont pas eu et sont passés à travers. Ça donne matière à réfléchir.
Sur la manière dont les centres de formation français font leur sélection, vous voulez dire ?
Je n’ai pas de réponse à ça, je fais juste ce constat. Tu te rends compte qu’on est beaucoup dans ce cas. Mais je n’ai pas de rancœur envers Brest, je ne changerais rien à mon parcours. C’est simplement une incompréhension face à ces situations.
Votre parcours ressemble beaucoup à celui de Griezmann. Est-ce que vous avez pu échanger avec lui, est-ce qu’on vous parle souvent de lui ici ?
Non, je n’en ai pas eu l’occasion. Ça reste une personne qui a marqué le club, c’est sûr. J’espère le faire moi aussi.
Comment s’est passée votre arrivée en Espagne ? Vous vous êtes senti mieux considéré ?
Il y a eu un gros temps d’adaptation, déjà, notamment sur la philosophie de jeu. Eric m’avait prévenu, il m’avait dit : « En France on joue plus pour ne pas perdre, en Espagne c’est pour gagner ». La mentalité globale est un peu différente.
Racontez-nous votre évolution au sein du club, à partir de l’équipe réserve ?
La première année a été très difficile. Là encore, heureusement qu’Eric était là pour me garder la tête hors de l’eau. Il y avait la langue, le style de jeu, etc. Il a fallu assimiler tout ça. J’ai quand même joué 25 matchs, mais j’avais du mal à être régulier. Et puis petit à petit j’ai pris mes marques, ma deuxième saison a été bien meilleure et j’ai pu commencer à m’entraîner avec l’équipe première. Ensuite j’y ai fait mes débuts, et voilà.
Vous êtes apparu la saison dernière en équipe première, désormais vous êtes titulaire. Vous vous sentez installé, en confiance ?
Je n’ai jamais douté de moi. C’est sûr, j’ai beaucoup plus de temps de jeu cette saison, je me sens à l’aise avec l’équipe actuellement. Le coach nous avait tous mis sur un pied d’égalité en début de saison. Des joueurs avaient plus d’expérience, mais rien n’était figé et je ne me suis jamais focalisé sur les autres. J’ai toujours travaillé très dur, et je continue dans cette optique. Ce n’est pas maintenant que je vais me relâcher. Aujourd’hui, il y a une confiance réciproque avec le club.
Vous avez affronté le Real, le Barça… Qu’est ce que ça fait ?
Forcément, ce sont des matchs que tout le monde attend, qui génèrent toujours une énorme ambiance. C’est le très, très haut niveau. Tous les joueurs sont… (il cherche son mot)… bons (il rigole). J’ai essayé de prendre ces matchs comme les autres, parce que franchement le championnat est très homogène. Tous les attaquants que je rencontre m’obligent à être à 100 % de mes capacités. Mais c’est vrai que ce sont des matchs particuliers, avec une ferveur énorme.
Est-ce qu’il y a une sorte de prise de conscience du chemin parcouru, quand même, au moment de jouer de telles équipes ?
Un peu, mais je ne le prends pas comme un aboutissement non plus. C’est bien, j’ai beaucoup travaillé pour vivre ces moments, mais maintenant il faut juste être là, jouer, tout donner pour l’équipe. C’est ça qui compte.
Vous êtes l’une des révélations de l’année en Liga, comment vous vivez cette attention médiatique qui augmente, forcément ?
Elle fait partie de notre métier. J’essaye de rester concentrer sur mon travail, parce que c’est ça qui m’a permis d’y arriver et rien d’autre. J’ai fait des sacrifices, j’ai répété des exercices à l’infini… Je ne me focalise pas là-dessus mais sur ce que je peux contrôler. Il faut savoir laisser tout ça un peu à l’écart.
aOn vous connaît très peu en France. Comment vous décririez le type de défenseur que vous êtes ?
Je pense être un joueur athlétique, performant dans les duels. J’ai encore besoin de travailler dans tous les domaines, évidemment, mais à mon poste je suis sérieux, appliqué, rigoureux. Dans la relance, je suis bien aussi. L’équipe propose du jeu, et le fait devoir de participer à l’animation offensive a été la première chose qu’on m’a inculquée ici. On travaille des schémas à l’entraînement, la manière de trouver les joueurs libres, avec toujours en tête la meilleure utilisation du ballon possible.
La Liga reprend ce week-end. Dans quel état d’esprit êtes-vous, heureux ou un peu craintif face à ce contexte particulier ?
Non, j’ai vraiment hâte que ça reprenne. On s’est préparé très dur depuis un mois pour ça, donc maintenant on a envie d’y aller. Ça sera dans un contexte particulier, c’est sûr, mais c’est comme ça. Et si c’est plus prudent sans public, c’est mieux pour tout le monde. Après, pour nous joueurs, ça va être très exigeant avec les enchaînements de matchs.
Vous étiez sur une super dynamique avec votre équipe avant le confinement…
Oui, et on veut reprendre cette saison où on l’a laissée, jouer de la même manière et atteindre les objectifs qu’on s’est fixés. On va tout faire pour se qualifier pour la Ligue des champions. C’est une grande motivation, on a les moyens de le faire. Il reste encore beaucoup de matchs, mais on va tout faire pour y être c’est certain. Et puis on espère gagner la Coupe du Roi quand on pourra la jouer.
Le confinement n’a pas été trop dur à gérer, mentalement ?
C’était une situation très particulière. Ça a été difficile parce que j’étais loin de ma famille, mais je ne suis pas à plaindre. Je reste un privilégié, personne n’a été infecté dans mon entourage. Il faut surtout remercier toutes les personnes qui ne sont pas restées chez elles pour aider les autres. Personnellement, dès le début j’ai continué à me maintenir en forme. Je suis resté concentré sur ce que moi je pouvais contrôler, c’est-à-dire rester en forme physiquement.
Est-ce que l’on vous a particulièrement préparé au contexte, avec le protocole sanitaire et le fait de jouer sans public ?
C’est vrai que ça va très différent de tout ce qu’on a pu connaître avant. Mais c’est comme ça, on n’a pas d’autre choix que de s’adapter. On ne nous a pas trop parlé de tout ça. Public ou pas, les matchs compteront de la même façon.
Quelles sont vos ambitions à terme ? Vous avez des objectifs précis pour votre carrière ?
Je ne suis pas fixé d’objectifs particuliers, de limites. Mon seul but c’est de continuer à progresser, d’apprendre tout ce que je peux. C’est le plus important, se lever chaque matin et se dire qu’on va s’améliorer. C’est mon idée directrice. Après, on peut rêver de tout. Comme tout le monde, je rêve de l’équipe de France, de plein de choses, mais tout ça ne pourra venir qu’avec du travail. Ne jamais lâcher, jamais.
Vous parliez de l’équipe de France, est-ce qu’elle n’est pas plus dure à atteindre pour les joueurs comme vous, qui n’ont pas été connus en France avant de partir ?
Non, pas particulièrement. Ce sera toujours selon nos performances, et ensuite le choix des responsables. On met toute l’envie que l’on a pour atteindre nos rêves, c’est tout ce qu’on peut faire. La réussite ne passera pas que par le travail.


















