Real Madrid : Le jour où Reims a inauguré le stade Di Stéfano contre les Galactiques de Zizou

FOOTBALL A l'époque en L2, les Rémois ont inauguré en 2006 le stade dans lequel le Real terminera la saison 2019-20

William Pereira, avec Bertrand Volpilhac

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Féret VS Ramos, duel de légendes
Féret VS Ramos, duel de légendes — Twitter
  • Le stade Santiago Bernabeu est actuellement en travaux, et le Real Madrid va terminer sa saison dans le stade Di Stéfano.
  • Le stade des jeunes du Real a été inauguré par le Stade de Reims en 2006.
  • Entre visite « Disneyland » et match de gala contre Zizou and co, d'anciens Rémois reviennent sur cet épisode assez spécial.

Ce week-end à l’heure de la reprise de la Liga, le seul spectacle que vous observerez sur la pelouse du Santiago Bernabeu – ou plutôt ce qu’il en reste – est un ballet de pelleteuses orchestré par des ouvriers masqués. Pour cause de travaux de modernisation, le Real Madrid est prié de terminer sa saison de Liga dans le stade Alfredo di Stéfano, « l’enceinte de la Castilla où se jouent les matchs de Youth League », décrit à 20 Minutes Olivier Létang, qui connaît l’endroit depuis ses études sportives en Espagne, où il a d’autre part fait connaissance avec Butragueño, ancienne star et actuel haut dirigeant merengue.

« Emilio, c’est la grande classe. » Un constat que l’ancien directeur sportif du PSG et président du Stade rennais tient autant de ses multiples rencontres avec l’homme que d’un épisode datant de son début de carrière de dirigeant, en 2006 à Reims. Date symbolique pour le club qui s’était vu remettre cette année-là le trophée de la Coupe des clubs champions à l’occasion des 50 ans de leur épopée européenne à chaque fois privée de fin heureuse par le Real.

Létang se souvient : « Il y avait une atmosphère très chaleureuse, et c’était étonnant de voir comment les joueurs de cette époque comme Paco Gento et Michel Hidalgo avaient encore autant d’anecdotes à se raconter sur ces matchs. C’est là que Butragueño me dit "on va organiser l’inauguration de la nouvelle cité du football et du stade Di Stéfano à Madrid, ça serait génial de le faire avec le Stade de Reims". » Et voilà comment, le 9 mai 2006, les joueurs rémois se sont retrouvés presque par hasard à baptiser un terrain à la gloire du plus grand joueur merengue face aux Galactiques de Florentino Pérez.

« C’était la course à la mi-temps pour avoir les maillots »

L’histoire est belle et l’est d’autant plus que Reims n’est pas encore ce qu’il est à peu près redevenu aujourd’hui, à savoir une bonne équipe de Ligue 1 (6e cette année). En 2005-2006, l’équipe boucle sa 28e saison consécutive hors de l’élite à une modeste 14e place en Ligue 2, et la plupart de ses joueurs n’ont jamais connu l’étage supérieur. On vous laisse imaginer le degré d’émerveillement du groupe pendant la visite des installations : le gardien Laurent Weber mitraille de photos, il faut en tirer un maximum de souvenirs, c’est Disneyland.

« On a essayé de ne pas trop faire les aficionados par respect, se souvient Olivier Létang, mais c’est vrai que pour certains c’était un peu la foire dans le bon sens du terme. Pour nos joueurs, c’était incroyable de vivre ça. » Même le capitaine Christophe Delmotte n’en revient pas du haut de son statut de triple champion de France avec l’OL : « Di Stefano était là, le centre de formation est incroyable, la piscine, les terrains, et ils avaient un staff déjà très garni pour la période. »

Sur le terrain, c’est un peu moins marrant. Le Real Madrid a l’élégance d’aligner la grosse équipe en première mi-temps : Casillas, Roberto Carlos, David Beckham et Zizou, marqué à la culotte par Delmotte, photo à l'appui. « Il avait sans doute fait des gestes de qualité mais je n’ai pas plus de souvenir que ça. Quand on est focalisé sur le match, on est pas sur un seul joueur. » Sauf à la mi-temps, qui se transforme aux yeux des groupies rémoises en mission commando pour récupérer le maillot de Zidane. L’ex-capitaine en rit encore :

« C’était la course à la mi-temps pour avoir les maillots, et avec mon passé, mon expérience, j’avais pas voulu avoir cette démarche-là, j’ai fait mon fier et je crois que maintenant je regrette. Zizou a tout de suite été alpagué. »

« But à la Zidane » de Julien Féret et souvenirs d’une carrière

A la mi-temps, et puisqu’il faut bien parler terrain, le Real Madrid mène déjà 3-1 (score final 6-1). Cassano avait permis aux locaux de faire le break d’un doublé autoritaire après une égalisation pleine d’audace de Julien Féret, que les commentateurs madrilènes, étonnés de voir une telle qualité technique chez un joueur de L2, qualifieront de « but à la Zidane ».

Autrement plus esthétique que l’ouverture du score déjà symboliquement rageuse du premier buteur de l’histoire du stade Di Stéfano, Sergio Ramos, chevelure soyeuse et peau de bébé à la place de la barbe. « C’était quand même un match très décontracté, conclut Létang. J’ai eu l’occasion d’en reparler à David Beckham quand on s’est recroisés au PSG. Il gardait un souvenir marrant de ce jour-là. » Pour Christophe Delmotte, c’était plutôt « un moment fort dans une carrière ». Question de perspective.