Stade Toulousain : « Je me laisse cette année pour réfléchir », lance Maxime Médard, déjà penché sur sa reconversion

INTERVIEW Maxime Médard, l’arrière-ailier du Stade Toulousain, se laisse encore du temps pour décider si, à 33 ans, la prochaine saison sera la dernière de sa carrière

Propos recueillis par Nicolas Stival

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L'arrière-ailier du Stade Toulousain Maxime Médard lors d'un match du Top 14 contre Clermont au Stadium de Toulouse, le 9 novembre 2019.
L'arrière-ailier du Stade Toulousain Maxime Médard lors d'un match du Top 14 contre Clermont au Stadium de Toulouse, le 9 novembre 2019. — Rémy Gabalda / AFP
  • Maxime Médard prépare la prochaine saison du Top 14 avec le Stade Toulousain, alors que la précédente a été interrompue pour cause de coronavirus.
  • Il pourrait s’agir de la dernière pour l’arrière international de 33 ans, en fin de contrat en juin 2021 (avec une année supplémentaire en option).
  • Entre entreprise de « sport-santé » et projet de centre de rééducation à Ernest-Wallon, Médard prépare activement l’après-rugby.

Avant de toucher de nouveau un ballon de rugby, Maxime Médard devra encore attendre « une semaine ou deux ». Pour l’instant, l’arrière ou ailier du Stade Toulousain fait comme ses collègues, répartis en groupes de quatre joueurs. Trois jours par semaine, les champions de France 2019 se retrouvent au stade Ernest-Wallon – à bonne distance les uns des autres – pour des séances de musculation et du travail d’appui.

La saison 2020-2021 de Top 14 est censée démarrer le 4 septembre. Si le Covid-19, qui a mis un terme brutal à la précédente dès le début du mois de mars, le veut bien… Il s’agira peut-être du dernier tour de piste pour l’international de 33 ans aux 63 sélections, qui prépare déjà activement l’après-rugby.

Comment vous sentez-vous physiquement ?

Cette période sans match m’a permis de reposer mon corps et de profiter de la famille. Après la Coupe du monde (au Japon), j’étais un peu fatigué même si je me sentais bien, avec une énorme envie. Pendant le confinement, j’ai continué à m’entraîner physiquement. On avait des challenges par groupes, avec un système de points. Chaque semaine il y avait un classement. Cela a entretenu notre esprit de compétition.

Comme d’autres, les joueurs toulousains ont accepté de baisser leurs salaires en raison de la crise du Covid-19 qui a affaibli le rugby professionnel.

Dans un club comme ailleurs, la communication est la chose la plus importante. Nous avons échangé et nous sommes tombés d’accord. Didier Lacroix (le président) nous a expliqué la situation avant le Covid et après. C’est bien de nous avoir exposé les faits et les conséquences…

Quel bilan tirez-vous de cette saison terminée très prématurément ?

C’est du jamais-vu. Mais il faut accepter la situation et remercier ceux qui ont aidé à nous protéger. Nous, nous n’étions pas en première ligne.

Comment voyez-vous l’exercice 2020-2021 ?

Pour l’instant, je n’ai pas d’avis, car rien n’est réglé. Chaque semaine, chaque jour, ça change. Mais nous aurions pu profiter de la période que nous traversons pour repenser notre modèle de championnat.

C’est-à-dire ?

Je ne suis pas décideur. Il y a des gens mieux placés que moi. Mais quand on voit le nombre de matchs des joueurs français en club et en sélection par rapport aux autres nations, il y a quelque chose à repenser. Ce n’est pas nouveau : voici dix ans, nous avions les mêmes problèmes.

Et sur un plan personnel ? Il vous reste une saison de contrat, plus une autre en option…

On verra. Lors d’une saison post-Coupe du monde, c’est toujours compliqué de juger son état physique. Je me laisse cette année pour réfléchir. Soit je continue un peu, soit je passe non pas à autre chose – car j’aimerais garder un pied dans le rugby – mais à quelque chose de différent.

Vous n’avez pas annoncé votre retraite internationale.

Ce n’est pas à moi de décider. Je m’entraîne pour mon club. Après, s’il y a des choses qui arrivent au-dessus, ce ne sera que du bonus. Je serais très fier. Je ne vais pas changer ma façon d’être et de travailler… Ce n’est pas dans mes gènes.

Mais quand vous voyez des joueurs plus jeunes comme Sébastien Vahaamahina (28 ans) ou Jefferson Poirot (27 ans) renoncer à l’équipe de France…

C’est leur choix, il faut l’accepter. C’est comme ça, c’est la vie.

Comment voyez-vous l’après-rugby ?

Avec Louis Picamoles (aujourd’hui à Montpellier) et Jacques Boussuge (ancien rugbyman reconverti dans la finance), j’ai une société de « sport-santé » qui s’appelle Fiters, basée à Paris. On intervient auprès d’entreprises pour faire de la prévention autour du stress, de l’obésité, pas mal de choses. Nous sommes en contact avec le ministère des Sports pour bâtir des programmes.

Didier Lacroix a également annoncé que vous travailliez sur « une clinique de rééducation de top niveau » qui pourrait voir le jour dans le cadre de la « cité du rugby » qui devrait naître à Ernest-Wallon. Qu’en est-il ?

J’ai monté une équipe issue du monde médical pour proposer un projet à Didier. Le club est à l’écoute. Il s’agit d’un centre de rééducation pour essayer de faire grandir le Stade Toulousain, à destination de l’équipe première mais aussi des autres catégories. Il y aurait aussi une prise en compte des commotions, ainsi que de la recherche… Plein de choses qui ne sont pas encore tout à fait définies mais qui, petit à petit, prennent forme.

J’ai l’expérience des périodes de blessure, qui ont été délicates. J’aimerais apporter des choses supplémentaires à ce qu’on peut voir actuellement. Je n’ai pas la science infuse, je sais déléguer, m’entourer de personnes compétentes. Nous, joueurs du Stade Toulousain, avons la chance d’avoir une image, sur le plan personnel mais aussi grâce au club, ce qui nous permet d’avoir un réseau plus facilement que d’autres personnes.