Biathlon : « Martin est quelqu’un qui se livre peu »… Fourcade dispute-t-il ses derniers Mondiaux ?

BIATHLON Le patron du biathlon français dira dans un peu plus d'un mois s'il décide de prendre sa retraite ou de repartir pour un tour

Nicolas Camus

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«Par contre au premier cordon qui tombe pas j'arrête.»
«Par contre au premier cordon qui tombe pas j'arrête.» — Christof STACHE / AFP
  • Les championnats du monde de biathlon débutent jeudi à Antholz, en Italie.
  • Ce pourrait être les derniers Mondiaux de Martin Fourcade, qui doit annoncer en fin de saison s’il poursuit sa carrière ou non.
  • Personne ne sait où il en est de sa réflexion – lui-même a dit qu’il ne voulait pas se polluer l’esprit avec ça –, mais les dix prochains jours pourraient peser.

Là, tout de suite, personne n’a envie d’y penser. L’intéressé encore moins. Mais la question va flotter dans l’air à Antholz, se laissant porter au gré des résultats. Elle s’évaporera presque après un podium, ou alors elle resurgira dans les débats si les jambes ne suivent pas. Ces Mondiaux de biathlon qui s’ouvrent ce jeudi dans la station italienne sont-ils les derniers de Martin Fourcade ?

La possibilité existe. Ce n’est pas un secret, le meilleur biathlète de la dernière décennie avait annoncé à la sortie des JO 2018 ​qu’il repartait dans un premier temps pour deux ans. Et donc qu’il ferait le point à la fin de l’actuelle saison. L’échéance approche, tout doucement. Régulièrement questionné sur le sujet depuis le début de saison, Fourcade répond toujours de la même manière. Ses phrases fétiches :

  • « Je reste fidèle à la stratégie que j’avais annoncée. »
  • « Je ne veux pas trop réfléchir. On verra au jour le jour. »
  • « Je ne vais pas me dire tout l’hiver : c’est peut-être la dernière fois que je viens sur ce stade. »

Mardi encore, il le répétait en conférence de presse:

J'ai la chance depuis le début de saison de ne pas trop penser à ça. C'était mon objectif de repousser cette réflexion pour pouvoir vivre ce que j'ai à vivre cet hiver.»

Il a raison. Rien ne sert de précipiter la décision. Ou de changer d’avis à chaque cordon qui bascule ou non. Existe-t-il une tendance, quand même ? Les plus proches assurent que non. Ou alors ils ne sont pas dans la confidence. « Pour en avoir parlé avec sa compagne, Hélène, je pense que même elle n’est pas plus au courant que moi, confie en souriant Simon Fourcade, le frangin. Martin est quelqu’un qui se livre peu, en particulier sur ce genre de chose. »

Encore trop tôt pour l’introspection

Même incertitude au sein de l’équipe de France. La retraite ou non du patron est un sujet dont on cause au petit dej’ou lors des sorties décrassage, mais sans plus. « On en parle régulièrement, et lui aussi nous en parle, mais sans donner de choix, raconte Quentin Fillon Maillet. Lui-même ne sait pas encore, je pense, donc on en rigole. Certaines fois il nous dit qu’il viendra voir nos courses en tant que spectateur, et deux heures plus tard il va penser autre chose. » Chacun sait, de toute façon, que c’est d’abord ce qu’il ressentira tout au fond de lui qui fera pencher la balance.

Mais il est encore trop tôt pour l’introspection. On n’est pas dans la tête de Martin Fourcade – dommage, ce serait cool d’essayer –, mais on peut imaginer que les Mondiaux compteront. Car si le plaisir de se lever le matin pour aller s’entraîner est une notion essentielle, les résultats doivent suivre. « A 32 ans, après avoir tout gagné, on ne peut pas se contenter d’être là, à vivoter », explique Simon.

«Presque redevenu un cadet tellement ce début d’année lui a fait du bien»

La preuve avec ce beau mois de janvier, où Martin a profité de l’absence de Johannes Boe pour retrouver le goût des courses dans lesquelles c’est lui qui impose son rythme et fait souffrir les autres. Résultat, quatre courses individuelles remportées d’affilée à Oberhof et Rupholding, le dossard jaune qui revient à la maison et presque une seconde jeunesse, après les claques de l’hiver dernier.

« J’ai des échos des personnes qui le suivent au quotidien, et ils me disaient que c’était presque comme s’il était redevenu un cadet tellement ce début d’année lui a fait du bien, se marre le frère. Il s’est retrouvé. Et peut-être qu’il est désormais plus dans la perspective de continuer. » Si c’est le cas, le quintuple champion olympique pousserait alors jusqu’aux Jeux de Pékin, puisqu’il a dit qu’il fonctionnerait par cycle de deux ans.

Cela lui laisserait de la marge, encore, pour se préparer au grand saut. Car stopper sa carrière en est un, tous les sportifs de haut niveau vous le diront. Même pour Martin Fourcade, déjà investi dans de nombreux projets hors des pistes (Paris 2024, la commission des athlètes du CIO, son « Nordic festival » de biathlon, etc.) et qui ne manquera certainement pas de propositions quand il aura posé la carabine. « Il sait très bien quand ça va tomber derrière, mais je pense que ça lui fait un peu peur, quand même, parce qu’on rentre dans l’inconnu », poursuit Simon, qui a lui raccroché en fin de saison dernière.

Un affront à laver, en attendant

Les deux frères ont évoqué le sujet, déjà. Sûr que s’il en était besoin, l’aîné a su se montrer rassurant. « Je n’étais pas serein, mais finalement je le vis très bien. J’avais peur de ne pas réussir à me passionner pour quelque chose autant que je m’étais passionné pour la pratique de ce sport. Je me rends compte que ce n’est pas du tout un problème », assure-t-il avec un peu de recul.

Rendez-vous le 22 mars, donc, après l’ultime mass start de la saison à Oslo (où dans les jours qui suivent, on n’est pas des bœufs), pour savoir si le biathlon français entrera dans une nouvelle ère ou s’il pourra compter encore quelques mois sur sa locomotive. En attendant, les Bleus, actuels numéros 1, 2 et 4 du général de la Coupe du monde, vont tenter de laver l’affront de l’an dernier, quand ils étaient repartis des Mondiaux d’Ostersund sans aucun titre. Le voilà, le sujet prioritaire du moment.