Biathlon: Fourcade de retour au top, Boe de retour tout court... La grande baston pour le dossard jaune peut commencer

SKI ET CARABINE Absent à Oberhof et Ruhpolding, Johannes Boe sera bien là à Pokljuka. Il y retrouvera un Fourcade de retour au top

W.P.

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Martin Fourcade n'avait rien pu faire contre Johannes Boe en début de saison
Martin Fourcade n'avait rien pu faire contre Johannes Boe en début de saison — Fredrik Sandberg/TT/AP/SIPA
  • Après un break pour profiter de la naissance de son premier enfant, Johannes Boe est de retour va reprendre la compétition ce week-end à Pokljuka. 
  • Pendant son absence, Martin Fourcade a retrouvé sa splendeur en enchaînant les victoires et a repris la tête du classement général de la Coupe du monde. 
  • La bataille entre les deux hommes, qui n'a jamais eu lieu ces derniers mois, s'annonce cette fois passionnante. 

Au moment où l’humanité entrait dans la nouvelle décennie, le biathlon tombait dans une grosse faille spatio-temporelle et retournait en 2017. Résultat, Martin Fourcade s’est remis à éclater des cibles comme un cow-boy et à gagner toutes les courses individuelles auxquelles il participait, du haut de son dossard jaune. La concurrence, timidement menée par Quentin Fillon-Maillet et Simon Desthieux, ne peut guère mieux faire que rester dans son rétro et rire à ses imitations d’Edouard Baer. En deux étapes de Coupe du monde, Fourcade est redevenu le plus fort et a transformé le mirage d’un huitième globe de cristal en objectif atteignable. Mais tout ne sera pas aussi simple que ces deux dernières semaines. Johannes Boe vient de mettre un terme à son congé paternité pour faire son retour à Pokljuka. Parenthèse refermée. Pour rester le meilleur, Martin devra désormais battre le meilleur.

Quelques chiffres sur le début d’année 2020 de Fourcade

  • 100 % de victoires (hors relais)
  • Seulement deux fautes sur le pas de tir
  • 40/40 à Ruhpolding
  • 133 points d’avance sur Johannes Boe


Des stats impressionnantes, dont on se demande si elles n’ont pas un peu foutu les jetons à Johannes Boe, poussant ce dernier à reprendre les skis un peu plus tôt pour limiter les dégâts en Coupe du monde. Une théorie que réfute Siegfried Mazet, coach de l’équipe de Norvège. « Il voulait vivre le grand moment qu’est la naissance de son fils et rester auprès de son épouse. Son enfant est né le 13, s’il était arrivé plus tard il ne fait aucun doute que Johannes ne serait pas revenu à Pokljuka. Il serait revenu plus tard. »

Cette version vient contredire le plan dont parlait le Norvégien au mois de novembre, à savoir celui d’une grande coupure entre le Grand-Bornand et Antholz, à la fois pour accueillir le petit Gustav et s’oxygéner avant les Mondiaux. « Je pars cet hiver sur un nouveau projet en espérant arriver en grande forme pour les mondiaux d’Antholz. Si tout fonctionne, je pourrai peut-être le recopier pour préparer les JO 2022 à Pékin », disait-il. Bon, bah du coup c’est loupé, et on ne nous enlèvera pas de la tête que tout ça est exclusivement de la faute de Fourcade. N’est-ce pas Siegfried. Non, toujours pas ?

« On fait l’effort de pas trop regarder ce qu’il se passe à côté. Si tu calques ta stratégie sur les autres, c’est que déjà dans ta tête tu es derrière la concurrence. Donc si Johannes est en état de le faire, on fera ce qu’on a toujours fait jusqu’ici, imprimer un gros rythme dès le départ et assurer sur le pas de tir. »

De l’autre côté du miroir, le discours est au moins aussi frileux. Le pendant français de Mazet, Vincent Vittoz, tire aussi à côté de la question. « Je ne côtoie pas assez Johannes pour savoir s’il a peur ou non. Il sera sûrement frais et revanchard. Nous, on essaye simplement de guider les gars pour qu’ils restent centrés sur eux. Qu’il soit ou non de retour ne change pas l’idée de faire la course comme d’habitude. Ça serait irrespectueux vis-à-vis des autres adversaires. » Mais quels autres adversaires ? Même Tarjei Boe, à qui le dossard jaune semblait promis, a fini par se liquéfier en l’absence du petit frère.

Garder la confiance malgré le retour de Johannes Boe

Un peu frustrante, la réponse de l’ancien fondeur. Mais c’est peut-être dans l’idée de faire comme si Johannes Boe n’était pas là que réside le salut de Fourcade. Car comme il l’admettait au micro de La chaîne L’Equipe à Oberhof, ses résultats moyens du début de saison s’expliquaient par une double précipitation – sur les skis et au tir – liée à la volonté de suivre le rythme effréné de son rival. Conséquence, beaucoup de fautes et des sprints décevants, compromettant toute chance de se rattraper sur la poursuite. Sans Boe, Fourcade « arrive à caler sa course sur (s)es propres repères et non pas sur quelqu’un d’autre », ce dont il avait « besoin pour retrouver la confiance perdue ».

Reste à continuer de reproduire ce schéma en présence du boss. Ce dont lui-même ne semble pas sûr à 4.000 %. C’est d’ailleurs très évasif qu’il avait quitté Ruhpolding. « Tout le monde s’attend à ce que la vérité d’aujourd’hui soit "challengée" demain et ce sera le cas parce qu’on fait du biathlon. » Vincent Vittoz est pour sa part convaincu que son coureur est mieux armé qu’en début de saison. « Martin cherchait des certitudes sur son physique après la saison passée où il avait moins de sensations, quitte à assurer un peu moins les tirs. Après son début de saison intéressant sur les skis, il a fini par se recentrer sur son tir. »

« On se prépare à ce duel avec Martin »

Johannes Boe n’a évidemment pas chômé pendant sa pause. Le champion du monde en titre a suivi un programme validé par ses coachs, avec qui il restait en contact « tous les deux ou trois jours », selon Mazet.

« Johannes n’a pas été malade, il s’est entraîné, il aura de la fraîcheur. En revanche peut-être qu’il va manquer un peu de rythme. Il va falloir remonter dans ce train assez vite parce que de son côté la concurrence menée par Martin a enchaîné les courses. »

Parce qu’il reste sans doute attaché à son ancien poulain et que comme tout amateur de biathlon qui se respecte, il veut voir de la castagne au sommet, Mazet se dit curieux de voir ce que donnera ce dernier tiers de la saison de biathlon. « On se demandait quand est-ce qu’on allait avoir à nouveau le duel Martin-Johannes cette saison. Pour le moment on ne l’a jamais eu. D’abord Martin était plus en forme et Johannes un peu en dedans [à Ostersund] puis l’inverse. Il n’y a jamais eu ce mano à mano. Maintenant, on se prépare à ce duel avec Martin. Mais on ne sait jamais, peut-être que Johannes reviendra plus introverti, ou je ne sais quoi, et qu’il ne sera pas au même niveau. Ça m’étonnerait, parce que ce n’est pas le genre de garçon qui perd confiance comme ça. J’espère juste qu’il sera capable de retrouver le rythme rapidement. C’est la seule interrogation. »