Biathlon : « Ça peut faire très mal ! », après une saison galère, Martin Fourcade va-t-il tout casser cette année ?

LA REVANCHE La saison de biathlon reprend ses droits avec un Martin Fourcade revanchard 

Aymeric Le Gall

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Fourcade is back et ça va déménager dans les chaumières.
Fourcade is back et ça va déménager dans les chaumières. — Jonathan NACKSTRAND / AFP

Le bonheur tient à peu de chose. Pour certains, c’est le plaisir simple de glisser ses pieds dans ses pantoufles pour fêter la fin de la semaine, pour d’autres c’est la lecture d’un bon bouquin au coin du feu, et pour nous, au service des sports, il suffit d’un mot doux susurré à l’oreille : [à lire tout bas] « C’est le début de la saison de biathlon ». Brrrrr, les frissons mon pote ! D’autant que cette année, on a une nouvelle raison de piaffer comme des mômes devant une boîte de Playmobil.

Après une saison 2018 exceptionnellement compliquée pour lui (12e au général de la Coupe du monde et aucune médaille aux Mondiaux), le boss Martin Fourcade est de retour avec, derrière la tête, l’idée de montrer à tout le monde que le patron n’est pas mort et que la concurrence attendra. A l’occasion du lancement de la Coupe du monde samedi (1ere étape à Ostersund), on a hâte de voir ce que va donner le biathlète. Après tout, ne dit-on pas qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’une bête blessée ?

Les raisons de la galère

Et blessé, Fourcade l’a été l’an passé. « Ça n’a pas été une période très facile à vivre pour lui », confie son frère Simon, le tout récent retraité de la discipline. « Il a connu une perte de confiance et beaucoup de questionnements, ce qui est normal quand on est habitué à gagner, et à gagner aussi facilement, enchérit son coach Vincent Vittoz. Il a fallu se poser et prendre le temps d’analyser. Cette coupure lui a fait du bien, elle lui a permis de se régénérer. »

Et de se poser les bonnes questions. Il y a quelques mois, quand nous lui avions parlé, Martin Fourcade cherchait un raie de lumière dans cette montagne d’obscurité.

« Quand ça marche, année après année, il y a une sorte de facilité qui s’installe et on ne se pose pas les questions du pourquoi ça ne marche pas, puisque ça marche. Là il y a une vraie réflexion, une vraie introspection sur qui on est, pourquoi on fait [du biathlon], pourquoi on continue d’en faire… ».

Un mal pour un bien, en somme. « Mouais, personnellement, lui et moi on s’en serait bien passé ! », sourit Vincent Vittoz. Mais c’est vrai qu’humainement, ça nous a permis de beaucoup discuter, peut-être bien plus que s’il avait réalisé une saison dans ses standards habituels. » Et visiblement les deux hommes en avaient besoin. Après plus de dix ans de collaboration en équipe de France, Fourcade a vu Stéphane Bouthiaux passer le témoin.

« Je pense que son départ a beaucoup joué dans les contre-performances de Martin, avance le frangin. De nouvelles méthodes de travail ont été mises en place or Martin avait déjà un certain vécu, certaines habitudes avec Stéphane Bouthiaux. Les plus jeunes ont peut-être répondu un petit peu plus favorablement aux nouvelles exigences et aux nouvelles méthodes d’entraînement réclamées par le nouvel entraîneur. Martin a eu besoin de plus de temps. »

C’est vrai que c’est vraiment différent [avec Vittoz], c’est un tout autre type d’entraînement. Du coup il a sûrement eu envie de beaucoup montrer au nouveau coach et il en a trop mis en début de prépa, pense son coéquipier Emilien Jacquelin​. Ça n’explique pas tout mais ça fait partie de l’équation. C’est plus facile de s’adapter pour les plus jeunes que quand t’as une routine bien établie depuis une dizaine d’années. »

Le principal intéressé n’adhère pas vraiment à cette thèse et avance d’autres explications : « Il a tout de suite adhéré au challenge. Il est reparti très motivé après des JO plus que réussis mais il a peut-être manqué de fraîcheur. Il y a aussi dans ce genre de situations une sorte de décompression post-olympique quasi inévitable. Et puis il y avait une sorte de méconnaissance entre nous. Il a fallu qu’on apprenne à se connaître et à travailler ensemble. »

La revanche d’un brun

Sans parler d’un agenda digne d’un ministre de l’Intérieur en période de manif de « gilets jaunes ». Fourcade est en effet en charge de la commission des athlètes pour Paris 2024, sans parler de sa probable future élection dans un rôle similaire au CIO l’été prochain et de son show qu’il organise à Annecy. « Ce sont des charges que ses adversaires n’ont pas à gérer de leur côté et il faut apprendre à jongler avec tout ça pour pouvoir garder un niveau de performance, explique Simon Fourcade. Il a peut-être eu du mal à gérer ça l’an passé mais je pense qu’il s’est posé les bonnes questions et qu’il en a tiré les leçons. »

Ses premiers résultats d’avant-saison laissent d’ailleurs penser que le biathlète a digéré tout ça. Emilien Jacquelin, qui s’entraîne tout au long de l’année avec Fourcade, est catégorique : « Physiquement il est prêt pour cette nouvelle saison. Et mentalement je le sens aussi plus frais que la saison dernière. Il est en train de retrouver des sensations »

De quoi imaginer une très grosse saison ? « Ah oui ça peut faire très mal, annonce son coéquipier en bleu. Martin est quelqu’un qui a beaucoup d’ego, on sent qu’il a vraiment envie de rebondir. Bon, il ne nous le dit pas aussi explicitement parce que c’est quelqu’un qui garde beaucoup de choses pour lui, mais il a envie d’une revanche. » « C’est quelqu’un qui n’a jamais aimé la défaite et c’est certain qu’il a envie de se prouver à lui-même, mais aussi à tous les autres, que l’an dernier ce n’était qu’un simple passage à vide comme tous les athlètes en connaissent dans leur carrière », conclut Simon Fourcade. Préparez le pop-corn et que la fête commence !