Homophobie : Espoirs et consternation après la signature du rugbyman Israel Folau aux Dragons catalans

RUGBY A XIII La signature de l’Australien, connu pour ses propos homophobes, au sein de la franchise française, ne donne pas lieu aux mêmes commentaires des deux côtés de la Manche

Jérôme Diesnis
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Israel Folau, sous les couleurs de l'Australie.
Israel Folau, sous les couleurs de l'Australie. — Left/REX/Shutterstock/SIPA
  • Israel Folau s’est engagé pour un an avec les Dragons catalans, franchise française qui évolue dans le championnat d’Angleterre, le meilleur championnat européen.
  • Star du rugby à XIII et feu follet du rugby à XV, le joueur a été banni par les fédérations australiennes après ses propos homophobes réitérés à plusieurs reprises.
  • Sa signature aux Dragons catalans suscite de la réprobation en Angleterre. En France, les supporters demandent le droit « à une deuxième chance » et espèrent que sa venue va médiatiser un sport qui peine à sortir de sa confidentialité.

La signature d’Israel Folau à la franchise de rugby à XIII des Dragons catalans a soulevé des réactions différentes de chaque côté de la Manche. Le joueur australien, brillant sur le terrain, était devenu persona non grata dans son pays après ses propos homophobes sur les réseaux sociaux, réitérés à plusieurs reprises. Les fédérations australiennes de rugby à XIII et de rugby à XV l’ont interdit de jouer sous leurs couleurs.

Franchise française de rugby à XIII basée à Perpignan, les Dragons catalans évoluent dans le championnat d’Angleterre, la Super League, le plus grand championnat européen. « La Super League déplore les commentaires homophobes d’Israël Folau dans le passé, qui contredisent les valeurs fondamentales de notre sport, regrette son patron, Robert Elstone. Il y a fort à parier que la décision choque de nombreuses personnes liées à notre sport. J’en ai informé les Dragons catalans. Cependant, la Super League n’a pas le pouvoir de mettre son veto à la signature des joueurs. Israel Folau a le droit de travailler et il n’a été inculpé ou reconnu coupable d’aucune infraction pénale. Les Dragons catalans ont assuré à la Super League que des directives strictes étaient en place pour empêcher le joueur de répéter ses commentaires. Ils nous ont également assuré que son contrat serait résilié immédiatement s’il le faisait. »

Wigan décrète une journée arc-en-ciel pour la réception des Dragons

En réaction, le club de Wigan a décrété que la réception des Dragons catalans, le 20 mars, serait un jour de soutien à la communauté LGBTQ +. Champion d’Angleterre à 20 reprises et quadruple vainqueur de la Coupe du monde des clubs, le club de Manchester est une institution en Angleterre.


En France, les réactions sont beaucoup plus mesurées. Contacté, le club catalan précise qu’une conférence de presse sera donnée début février, une fois le joueur arrivé en France. Et renvoie pour tout commentaire, d’ici là, au communiqué de presse officiel. Dans celui-ci, le président Bernard Guasch précise sa position : « Nous n’approuvons et ne partageons pas les propos d’Israel fondés sur sa croyance religieuse sincère. Nous ne partageons ni ne tolérons ses opinions et nous sommes totalement attachés à ce que notre club et notre sport soient ouverts et accueillants pour tout le monde (…) Toute transgression entraînera la résiliation immédiate du contrat d’Israel et une amende substantielle pour le club ».

« Le droit à une deuxième chance »

Contactés par 20 Minutes, de nombreux supporters catalans, pour leur part, veulent lui laisser « une deuxième chance. Nous sommes des gens ouverts en pays catalans et c’est aussi pour cette raison qu’on est tolérants. Tout le monde fait des erreurs et a droit à une deuxième chance [Israel Folau a réitéré ses propos à plusieurs reprises]. Il faut savoir pardonner. On lui demande de faire le job sur et en dehors du terrain et de respecter tout le monde », évoque Frédéric Magnan, président du club des supporters des Dragons de la Têt. « Je fais confiance à Bernard Guasch, qui est quelqu’un de très prévoyant. A la moindre incartade, son contrat sera rompu », pense Gérard Barrau, des Dragons Gavatx.


« Je suis un peu réservé, j’espère qu’il ne va ternir l’image du club », souligne Axel Liboutry, des Pur Sang Catalans. Il espère « qu’il ne tiendra plus aucun propos homophobe à l’avenir ». Mais s’il est partagé, c’est aussi, comme tous les interlocuteurs avec lesquels nous avons pu échanger : derrière l’homme, se cache un joueur hors norme. Et un coup de pub pour cette franchise.

« Si on pouvait enfin parler de nous… »

« Sa personnalité et son niveau de jeu vont peut-être attirer un peu de médiatisation. On l’espère car on souffre d’un manque de reconnaissance terrible », reprend Axel Liboutry.

Les Dragons catalans se produisent régulièrement devant près de 10.000 spectateurs. Mais, à l’exception des Pyrénées-Orientales, de l’Aude, et de quelques cités voisines, le rugby à XIII reste confidentiel. « Si ce genre de joueur pouvait enfin faire parler de nous… », espère Gérard Barrau…