Reims-OL : Décimé par les blessures, Lyon doit-il miser sur les jeunes formés au club ?

FOOTBALL Avec les longues absences de titulaires, les jeunes issus du centre de formation comme Cherki, Gouiri, Caqueret ou Bard pourraient avoir plus de responsabilités

Manuel Pavard

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Le jeune milieu Maxence Caqueret (19 ans) a été titularisé plusieurs fois en L1, comme ici à Nîmes le 6 décembre dernier.
Le jeune milieu Maxence Caqueret (19 ans) a été titularisé plusieurs fois en L1, comme ici à Nîmes le 6 décembre dernier. — SYLVAIN THOMAS / AFP
  • Plusieurs jeunes formés à l’OL ont été alignés par Rudi Garcia lors des derniers matchs, à l’image de Maxence Caqueret, Rayan Cherki, Amine Gouiri ou Melvin Bard.
  • Avec les graves blessures de Depay et Reine-Adelaïde et les absences de Dubois ou Koné, ces jeunes joueurs pourraient gagner du temps de jeu et avoir de nouvelles responsabilités durant la deuxième partie de saison.
  • Pour l’ancien directeur de la formation lyonnaise Georges Prost, c’est l’occasion pour l’OL de rejouer la carte jeunes en piochant dans le centre de formation qui a fait la renommée du club, une stratégie un peu délaissée ces dernières saisons.

Mercredi contre Toulouse, en Coupe de la Ligue, ils étaient six sur la feuille de match :  Rayan Cherki et Amine Gouiri sur le terrain, Maxence Caqueret et Melvin Bard sur le banc, en plus bien sûr d’Houssem Aouar et Anthony Lopes, ménagés pour ce match. Six joueurs formés à l’OL, tous issus de la région lyonnaise. Si les deux derniers cités sont aujourd’hui des cadres du vestiaire rhodanien, les autres incarnent le nouveau visage de cet OL 2019-2020.

Titulaires pour la première fois face au TFC, Rayan Cherki (16 ans), le prodige de la formation lyonnaise, et Amine Gouiri (19 ans), l’ex-grand espoir du centre de formation freiné par une grave blessure la saison passée, ont marqué des points auprès de Rudi Garcia. « Des joueurs ont fait de bonnes choses, à l’image de Jean Lucas, Gouiri et Cherki », a ainsi souligné l’entraîneur de l’OL après la rencontre. « Je me suis senti bien ce soir », a confirmé Amine Gouiri, conscient toutefois « de la concurrence ». « Je prends le temps de jeu qu’on me donne et j’essaye d’être performant », a ajouté le jeune attaquant des Gones, réaliste.

Renouer avec la carte jeunes qui a fait la force de l’OL

Resté sur le banc en Coupe de la Ligue, Maxence Caqueret (19 ans) était, lui, titulaire au milieu lors de trois des quatre derniers matchs de championnat, à Strasbourg, à Nîmes et contre Rennes. Si le surnom de « Xavi lyonnais » qui lui est parfois attribué peut faire sourire – on est déjà vacciné avec les « nouveaux Zidane » Meghni, Meriem et Martin –, le jeune milieu relayeur a néanmoins un talent certain et des qualités qui donnent envie de le revoir sur les pelouses de L1.

Parmi eux, combien seront alignés samedi à Reims ? Difficile à dire… En tout cas, tous devraient gagner du temps de jeu et endosser davantage de responsabilités dans les mois à venir. Avec les longues absences de Memphis Depay et Jeff Reine-Adelaïde – tous deux victimes d’une rupture du ligament croisé antérieur face à Rennes –, venues s’ajouter à celles de Léo Dubois et Youssouf Koné, l’OL doit en effet chercher de nouvelles solutions. Et si le recours au mercato hivernal sonne comme une évidence, le club lyonnais serait également bien inspiré de renouer avec ce qui a fait sa force durant de longues années : jouer la carte jeunes en puisant dans son centre de formation.

« Le FC Nantes est devenu champion de France en misant sur les jeunes formés au club »

Benzema, Giuly, Govou, Maurice, Kanouté, Malbranque, Lacazette, Umtiti, Martial, Tolisso, Ben Arfa, Gonalons, Fékir… Pas besoin de faire un dessin, la liste (non exhaustive) des joueurs formés à Lyon suffit à illustrer la qualité de son centre de formation, réputé dans toute l’Europe. Bon nombre d’entre eux ont ainsi fait le bonheur de l’OL avant de prendre leur envol et de rejoindre – pour une partie d’entre eux – un grand club étranger. Pourtant, l’équipe première avait moins fait appel à ses jeunes pousses ces dernières années, privilégiant des recrues en post-formation. Une stratégie qui avait d’ailleurs accentué la cassure avec des supporters mécontents de voir le club délaisser ses racines.

Pour Georges Prost, directeur du centre de formation de l’OL entre 2007 et 2010, la situation actuelle pourrait donc presque s’avérer un mal pour un bien – façon de parler bien entendu. Les blessures de Depay et Reine-Adelaïde sont « malheureuses », reconnaît-il, mais « ça peut être une très bonne occasion de donner leur chance à quelques jeunes et une solution durable pour l’avenir ». « Je repense au FC Nantes qui avait de grandes difficultés et qui est devenu champion de France deux ou trois ans après (en 1995) en misant sur les jeunes formés au club », illustre le formateur.

« Le duo Martial-Plea, de l’or en barre qu’il aurait fallu exploiter »

« Avec un recrutement de qualité, si on fait bien travailler les jeunes, on les retrouve plus haut », poursuit Georges Prost, qui regrette que les ex-formateurs (Gérard Bonneau, Armand Garrido, Joël Fréchet…) aient été un peu « mis de côté » à l’OL. « Quand je suis revenu de Southampton à Lyon, en 2007, j’ai retrouvé de la compétence à tous les étages dans ce club. Mais cette culture des anciens s’est un peu diluée ensuite », déplore-t-il.

Comme à chaque génération, l’ancien boss de la formation lyonnaise a vu passer quelques pépites. « On avait pris Alassane Pléa à Wasquehal : au bout de 45 minutes d’essai, j’ai dit qu’il fallait le garder, se souvient-il. Et il y avait aussi Anthony Martial. Mais l'OL l’a vendu à Monaco pour 5 millions d’euros », une somme dérisoire dans le foot actuel. Un transfert inévitable pour soulager les finances rhodaniennes, avait expliqué Jean-Michel Aulas à l'époque .

« Ces deux jeunes, c’était de la bombe atomique », s’exclame Georges Prost. Des années après, l'ex-défenseur lyonnais et monégasque peine toujours à dissimuler son incompréhension et ses regrets. « Avec le duo Martial-Plea, on avait de l’or en barre qu’il aurait fallu exploiter. Malheureusement, ils sont partis trop tôt pour de sombres questions financières, peste-t-il. Et aujourd'hui, au lieu de mettre des buts pour l'OL, ils le font à Manchester United et au Borussia Mönchengladbach. » Georges Prost répète : « 5 millions d'euros ! » Un énorme « gâchis » qui, espère-t-il, devrait servir de leçon au staff actuel.