PSG-FC Nantes : « Ma mère se demandait de quoi j’allais vivre », Kader Bamba raconte son passé sinueux

INTERVIEW Kader Bamba (25 ans) affronte le PSG avec le FC Nantes ce mercredi soir (21h05). Révélé au plus haut niveau depuis cet été, le milieu offensif évoque son passage dans son club de Cosmo Taverny de 2013 à 2016, en 11e division nationale

David Phelippeau

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Kader Bamba en 2014 avec le club de Cosmo Taverny.
Kader Bamba en 2014 avec le club de Cosmo Taverny. — Christophe Berche
  • Viré du TFC, Sedanais lors du dépôt de bilan du club ardennais, la carrière de Kader Bamba a connu de multiples rebondissements avant qu’il ne perce au FC Nantes cet été à 25 ans.
  • Le milieu offensif s’est même relancé en onzième division au milieu de ses potes entre livraison de sushis et nuit blanche devant la console.

« Je ne regrette rien parce que c’est moi. Je n’ai pas joué un rôle, j’ai toujours été moi-même. » Cet été, à 25 ans, le milieu offensif du FC Nantes  Kader Bamba a (enfin) découvert la Ligue 1. Le natif de Sarcelles a emprunté un chemin pour le moins tortueux pour arriver jusqu’au Parc des Princes, où il va affronter le PSG, club qu’il supporte « depuis tout petit », ce mercredi soir (21h05). Après avoir été viré après « deux conseils de discipline » du TFC à 18 ans, Bamba tombe de haut à Sedan lorsque le club dépose le bilan. En 2013, à 19 ans, retour chez sa maman et dans son club de toujours du Cosmo Taverny dans le Val-d’Oise, évoluant en 1re division de district (11e division). Pour 20 Minutes, Kader Bamba, sous contrat à Nantes jusqu’en 2022, raconte ses trois années (2013-2016) aux antipodes du monde pro.

Kader Bamba face à Montpellier.
Kader Bamba face à Montpellier. - David Vincent/AP/SIPA

Son retour en 2013 au club de Cosmo Taverny en 1re division de district

« Après le dépôt de bilan du club de Sedan en 2013, je suis revenu jouer chez moi au Cosmo Taverny. J’ai vite été blessé et je n’étais pas très motivé. Je ne faisais rien, j’étais chez ma mère. Pendant deux ou trois mois, j’ai fait livreur de sushis avec mes copains. On avait chacun notre voiture. Je n’étais plus motivé mais ma famille et ma femme m’ont poussé. Ils m’ont dit que si j’étais parti à 13 ans et demi au centre de formation de Toulouse, ce n’était pas pour rien. J’ai repris ensuite le foot plus sérieusement [en trois ans, le club de Cosmo montera en Excellence puis en PH et gagnera une Coupe]. »

Ses matchs au niveau district

« Je jouais milieu offensif gauche, mais le coach me disait de faire ce que je voulais tant que je jouais sérieusement. On a gagné la Coupe du Val-d’Oise [en 2014]. Je ne marquais pas beaucoup de buts, mais quand on était en difficultés, j’étais là. Je prenais des coups toutes les trente secondes. C’était normal, je dribblais et je m’arrêtais pour attendre l’adversaire puis je repartais. J’ai toujours aimé provoquer. Mes coéquipiers me disaient que c’était dangereux pour moi et qu’il fallait que je lâche le ballon plus vite. J’avais parfois mon comportement d’avant qui revenait, c’est-à-dire que je m’énervais. Sur un tacle, je pouvais me relever et être proche de me battre. J’étais jeune. Ma famille m’a demandé de me calmer car ça m’avait déjà joué des tours à Toulouse. Dès que j’arrivais sur les terrains, j’étais attendu. Je me souviens, on avait rendez-vous le dimanche à 13h30, match à 15h et après on allait manger ensemble au McDo ou au grec. »

Kader Bamba sous le maillot de Cosmo Taverny en 2014.
Kader Bamba sous le maillot de Cosmo Taverny en 2014. - Christophe Berche

Sa vie en dehors du foot du dimanche

« Une vie de patachon. Avec mes copains, on s’endormait à 5h après avoir joué à la console le plus souvent et on se levait à 15h ou 16h. On faisait parfois des nuits blanches. On se relevait pour jouer au foot. On faisait tout ensemble. Encore maintenant, on fait tout ensemble comme quand on avait 15-16 ans. Ils sont fiers de moi. Quand j’étais à Taverny, ils n’étaient pas contents que je sois là car ils estimaient que je méritais mieux. »

Le ballon, encore le ballon, toujours le ballon

« On jouait tous les jours au foot en bas de chez nous. On organisait des 5 contre 5 contre des villes d’à côté comme Epinay ou Sarcelles. On arrivait à s’embrouiller car personne ne voulait perdre. On était invités aussi souvent avec les copains dans des tournois. Et sur le chemin ils me disaient : “Hey Kader, pas de bêtises !” Ils savaient que je pouvais m’embrouiller… J’ai toujours été le même en district ou en 5-5 en bas de l’immeuble. Quand on faisait des foots, mes potes craignaient que je me blesse. Plus le temps passait, plus je me disais que je n’arriverais pas à devenir pro. Ma mère était inquiète et se demandait de quoi j’allais vivre. Je lui disais : “T’inquiète maman, t’inquiète !”»

Une maman ultra-présente

« Encore aujourd’hui, ma mère m’appelle tous les matins à 7h ou 8h du matin pour demander si je vais bien. Elle est toujours inquiète pour moi. Dimanche, elle a pleuré car elle a loupé l’arrivée du bus des joueurs à la Beaujoire. Ma maman veut me suivre partout mais ce n’est pas possible. J’aimerais bien mais c’est trop compliqué. Elle sera au Parc ce mercredi soir. Je pense qu’elle pleurera car elle verse des larmes déjà à la Beaujoire quand je joue. »