Ballon d’Or : Et si c’était (vraiment) le dernier pour Lionel Messi ?

FOOTBALL L’Argentin devrait recevoir la prestigieuse récompense pour la sixième fois de sa carrière lundi soir à Paris

Nicolas Camus

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Lionel Messi devrait recevoir son sixième Ballon d'Or au théâtre du Châtelet.
Lionel Messi devrait recevoir son sixième Ballon d'Or au théâtre du Châtelet. — Valeriano Di Domenico/AP/SIPA
  • Sauf énorme surprise, l'Argentin devrait remporter le trophée une sixième fois lundi soir à Paris.
  • C'est peut-être la dernière fois que Messi sera récompensé, en raison de son âge et du déclin progressif du Barça.
  • Les Français seront absents de la photo cette année, au contraire des joueurs de Liverpool.

Bon, bah pour le suspense, c’est râpé. Puisque apparemment une délégation de France Football s’est déplacée à Barcelone lundi dernier avec la discrétion d’un troupeau d’éléphants, il semble acquis pour tout le monde que le Ballon d’or 2019 échouera lundi soir dans les mains de Lionel Messi. Le Mundo Deportivo n’a en tout cas pas hésité à balancer l’info, et tant pis pour ceux qui se disaient que si si, Virgil van Dijk pouvait apporter un peu de fraîcheur à cette récompense.

Leo Messi Ballon d’or, donc. Le sixième, quand même, pour l’Argentin, qui va devoir penser à une petite extension de la salle des trophées. On ne dit pas que ce n’est pas mérité. Quelques stats pêle-mêle pour illustrer l’année de la bête : Messi a terminé meilleur buteur de la Ligue des champions (12 buts en 10 matchs avec au moins un doublé à chaque tour à élimination directe), meilleur buteur de la Liga (36 buts en 34 matchs) – qu’il a remportée –, est devenu le joueur comptant le plus de victoires dans le championnat d’Espagne (345 en 460 matchs, joli ratio), et a marqué son 613e but à l’occasion de son 700e match avec le Barça cette semaine.

Une palanquée de chiffres qui efface, selon les votants, ses échecs face à Liverpool en demi-finale de Ligue des champions et avec l’Argentine à la Copa America. Mais là n’est pas tellement le débat, en fait. Enfin selon nous. La question qui nous taraude, c’est plutôt de savoir si on n’assisterait pas là au dernier Ballon d’or de la carrière de l’Argentin. Il y a pas mal de petites choses qui, mises bout à bout, nous laissent penser ça.

Il va commencer à se faire vieux

32 ans, ce n’est pas encore un âge canonique, mais les années commencent à compter double pour Messi. C’est comme ça quand on a percé au plus haut niveau alors qu’on était encore qu’un ado. D’ailleurs, son corps, qui ne l’a jamais laissé très tranquille, grince de plus en plus. En 2019, il a passé au total près de deux mois sur le flanc, ne démarrant vraiment cette nouvelle saison qu’en octobre. C’est toujours mieux que Neymar, on est d’accord, mais ça n’empêche pas le staff du Barça de rajouter une petite couche en plus de papier bulle autour de son capitaine par rapport à avant.

« Quand quelque chose arrive à Messi, la Terre s’arrête de tourner, avait commenté Valverde fin septembre, quand son numéro 10, à peine revenu, s’était fait mal aux adducteurs. Il a été blessé pour longtemps et nous ne voulons prendre aucun risque actuellement. » Quitte à le ménager, de plus en plus, pour lui permettre d’étirer sa carrière ? Emettre l’idée était un sacrilège il y a encore quelques mois. Ce n’est plus le cas.

Le déclin du Barça

Son immense talent, incomparable dans l’histoire du foot depuis Pelé, de ce que nous en a dit grand-papy, cache encore la misère la plupart du temps. Mais les principes collectifs du Barça s’affadissent depuis les départs conjugués de Xavi et Iniesta, ce qui explique en grande partie les pannes d’électricité à l’extérieur en Ligue des champions ces dernières saisons. Une fébrilité qui gagne aussi les Catalans en Liga, où ils avaient pris l’habitude de reléguer la concurrence dans la cale. Déjà trois défaites cette saison, et une impression désastreuse à chaque fois ou presque en dehors du Camp Nou.

Le chèque du PSG pour Neymar a été jeté par les fenêtres, et en attendant les intégrations définitives de De Jong et Griezmann, la Masia semble être entrée en hibernation. L’idée même de l’ADN barcelonais court un grand danger. Or, c’est grâce au pain quotidien de la Liga (10 titres) que Messi a pu emporter le morceau aussi régulièrement en répit de ses ratés avec l’Albiceleste et du recul européen de Barcelone

L’Euro 2020

L’année prochaine, le capitaine argentin partira avec un désavantage certain : les joueurs européens disputeront un grand tournoi qui, selon la tradition, compte double au moment des votes. Ça ne l’avait pas empêché de l’emporter en 2012, certes, mais la concurrence sera plus féroce cette fois. Ronaldo, Mbappé, van Dijk, De Jong, Sterling, Kane et beaucoup d’autres auront un mois de plus pour se mettre en valeur et, si affinités, soulever un trophée majeur. La victoire du Portugal à l’Euro 2016, par exemple, avait contribué à faire pencher la balance en faveur de CR7 assez nettement (près de 50 % des voix), alors que la victoire du Real en finale de C1 avait déjà joué en défaveur de la Pulga.

La nécessaire ouverture

Messi récompensé pour la sixième fois, dépassant Ronaldo et ses cinq trophées, ça ne va pas manquer de faire débat. Ce n’est pas de leur faute, mais les deux cannibales ont presque fait perdre tout intérêt à ce rituel si prestigieux. Il va falloir penser à récompenser autre chose que les buts marqués pour redynamiser le concept.

Après Luka Modric l’an passé, porté par l’élan de sympathie pour l’aventure des Croates en Coupe du monde​, cette année aurait pu permettre de dépoussiérer quelques originalités qui ont fait le sel du palmarès. Il n’y avait pas à aller bien loin. Liverpool, vainqueur de la Ligue des champions et magnifique deuxième de Premier League derrière City avec une seule défaite en 38 matchs, comptait par exemple dans ses rangs trois joueurs qui auraient collé parfaitement à ce renouveau : Virgil van Dijk, premier défenseur depuis Fabio Cannavaro en 2006, Sadio Mané, premier Africain depuis George Weah en 1995, et Alisson Becker, également vainqueur de la Copa America, premier gardien de but depuis Lev Yachine en 1963.

« Si vous voulez donner le Ballon d’or au meilleur de cette génération de joueurs, c’est Messi. Si c’est au meilleur de l’année passée, c’est van Dijk», pose Jurgen Klopp. L’entraîneur des champions d’Europe n’est pas tout à fait objectif, mais il met le doigt sur le sujet qui fâche un peu quand on regarde le choix des votants. La consigne, normalement, c’est la seconde option, mais il est sûrement difficile de se départir du poids de l’histoire. La prise de conscience sera peut-être pour cette année, qui sait.