Marathon : Les baskets Nike jugées trop rapides illustrent l’éternel débat de la technologie dans le sport

NO LIMITE Accusées de donner un avantage « injuste » aux coureurs qui les chaussent, les baskets Nike « Vaporfly » font débat, tout comme l’ont fait par le passé, d’autres innovations dans le monde du sport

Marie De Fournas

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Le nouveau prototype de « Vaporfly » que le Kenyan Eliud Kipchoge arborait lorsqu’il a battu le record du monde de marathon.
Le nouveau prototype de « Vaporfly » que le Kenyan Eliud Kipchoge arborait lorsqu’il a battu le record du monde de marathon. — ALEX HALADA / AFP
  • Accusées d’être des baskets à ressorts, les « Vaporfly » de Nike font débat chez les athlètes.
  • Combinaison Speedo, prothèses de Pistorius, raquette spaghetti… Ces chaussures ne sont pas le premier équipement à faire débat dans l’histoire du sport.
  • Les « Vaporfly » entreront-elles au cimetière des innovations interdites ou dans les us et coutumes ? Il revient aux grandes instances sportives de trancher.

Génie ou concurrence déloyale ? Alors que le plus célèbre des marathons au monde se déroule ce dimanche à New York, une paire de baskets que de nombreux runners devraient porter pour l’occasion fait débat. Il s’agit des « Vaporfly », l’un des derniers modèles de Nike, porté par trois marathoniens médaillés aux Jeux de Rio, mais aussi par huit des dix vainqueurs des cinq marathons majeurs en 2019. Le 12 octobre dernier, le Kenyan Eliud Kipchoge arborait un tout nouveau prototype de « Vaporfly » lorsqu’il est parvenu à terminer sous la barre des deux heures, un marathon non homologué. Leur particularité ? Trois lames de carbone et quatre coussins d’air dans la semelle. L’innovation de trop pour certains.

« Ce n’est plus une chaussure, c’est un ressort », écrit sur Instagram Ryan Hall, recordman des Etats-Unis sur semi-marathon. Le 15 octobre, des athlètes ont saisi la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), accusant la chaussure de donner un avantage « injuste » à ceux qui la portent, rapporte le journal britannique The Times. L’IAAF a depuis mis en place un groupe de travail pour « encourager le développement et l’utilisation de nouvelles technologies tout en préservant les caractéristiques fondamentales du sport ». Alors les « Vaporfly » entreront-elles au cimetière des innovations interdites ? Ces baskets qui courent (trop) vite ne sont en tout cas pas le premier équipement à faire débat dans l’histoire du sport.

La combinaison Speedo et les lames de Pistorius

Mi-février 2008, le nageur australien Eamon Sulliver bat le record du monde du 100, vieux de huit ans. Ce dernier porte la combinaison LZR Racer de Speedo. Rapidement, d’autres nageurs et nageuses adoptent cet équipement et en deux mois, 36 records du monde sont explosés avec elle. La combinaison en polyuréthane est alors accusée de faire flotter les athlètes et de rendre leur nage plus facile. En tout, jusqu’en juillet 2009, ce sont plus d’une centaine de records qui sont battus avant que la Fédération internationale de natation ne décide de l’interdire la LZR Racer à partir de 2010.

En 2015, la Fédération internationale d’athlétisme interdit la participation d’un athlète avec prothèses aux Mondiaux. Une décision survenue après le débat autour des prothèses d’Oscar Pistorius (aujourd’hui emprisonné pour le meurtre de sa compagne). Amputé des deux jambes, l’athlète courait avec des lames sous les genoux et, au vu de ses performances, participait à des compétitions handisports mais aussi « pour valides ». Sauf que selon certains, ses prothèses en lames lui donnaient un avantage. Une étude allemande le confirmera.

Raquette spaghetti VS perche en fibre de verre

En 1977, le joueur de tennis Michael Fishbach se rend à l’US Open avec une raquette, dont le tamis est fait de cordons de store vénitien, de tubes en plastique et de ruban adhésif. Cette « raquette spaghetti » comme il l’appelle, fait faire à la balle des rebonds imprévisibles qui déstabilisent ses adversaires. Plusieurs joueurs adopteront par la suite cette raquette improbable avant que la fédération américaine de tennis ne l’interdise et que la fédération internationale impose en mai 1978 un cordage « uniforme ».

Toutes les innovations améliorant les performances des sportifs ne sont pas passées à la trappe pour autant. Par exemple, les perches en fibre de verre se sont démocratisées dans le monde du saut à la perche, après que Brian Sternberg a franchi la barre des 5 m avec l’une d’elle en 1963, à Philadelphie. En 1954, les pongistes japonais avaient, eux, fait scandale en arrivant avec des raquettes en mousse, immédiatement interdites en France. Finalement un accord avait été trouvé pour des raquettes possédant 2 mm de mousse maximum et avec des picots par-dessus.

La place des technologies dans le sport a toujours été interrogée et les frontières restent poreuses. Il semblerait que les innovations soient admises tant qu’elles ne dénaturent pas la discipline et ne posent pas de problème d’équité. Pour les « Vaporfly », l’appréciation reviendra aux grandes instances sportives.