Nike et Adidas fabriquent-ils certaines de leurs chaussures avec du cuir de kangourou ?

FAKE OFF Un post Facebook partagé plus de 30.000 fois accuse Nike et Adidas de fabriquer des chaussures avec de la peau de kangourou

Alexis Orsini

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Un kangourou dans un zoo mexicain.
Un kangourou dans un zoo mexicain. — Francisco Guasco/EFE/SIPA
  • Sur Facebook, un post dénonçant l’utilisation de peau de kangourou dans certains produits Nike et Adidas suscite l’indignation de nombreux internautes.
  • A en croire ce texte, les deux entreprises seraient coupables « du meurtre de millions de kangourous ».
  • Si les deux équipementiers sportifs utilisent bien du cuir de kangourou pour fabriquer certaines chaussures, le nombre d’animaux tués à ces fins n’est pas connu.

A priori, les kangourous ont peu de chances de fouler un terrain de foot. Pourtant, à en croire une publication Facebook partagée plus de 30.000 fois, de nombreux joueurs amateurs porteraient à leur insu des chaussures fabriquées avec la peau du plus célèbre animal d’Australie.

« Adidas et Nike continuent de fabriquer leurs chaussures de football avec de la peau de kangourou. Ils sont coupables de la mort horrible de milliers de kangourous, y compris des mamans et de leurs bébés. Chaque fois que vous utilisez ces marques, vous financez des entreprises millionnaires coupables du meurtre de millions de kangourous », dénonce ce post illustré d’une « image non contractuelle » montrant le cadavre d’un bébé kangourou – victime d’un incendie survenu dans le sud-est du pays en mars 2009.

Si l’affirmation semble surprenante au premier abord, elle est pourtant bien réelle, puisque les deux marques recourent à la peau de kangourou dans la fabrication de certaines chaussures – même si la proportion d’animaux abattus à ces fins reste difficile à établir.

FAKE OFF

Un simple tour sur les sites des deux célèbres équipementiers sportifs suffit à constater la présence de « cuir de kangourou » dans certains de leurs produits. La Copa Mundial d’Adidas contient ainsi du « cuir de kangourou », censé garantir « légèreté, durabilité et chaussant ultraconfortable » tandis que la Nike Premier II FG vante les mérites de son « cuir de kangourou doux » qui « épouse la forme du pied pour un toucher amorti classique ».

Si Nike n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes, Adidas nous indique : « Le cuir de kangourou est principalement utilisé dans les chaussures de football et certains types de chaussures de la catégorie Originals, car il offre un haut niveau de performance et de confort. »

La marque allemande précise en outre : « Comme c’est le cas avec toutes nos matières premières, le processus d’approvisionnement utilisé par nos fournisseurs de cuir de kangourou est soumis aux normes éthiques les plus hautes et à un code de pratique strict, tels que définis par le gouvernement australien. »

Une chasse soumise à un « code de conduite »

Le ministère australien de l’Environnement a en effet mis en place un code national de conduite pour la chasse des kangourous et des wallabys à des fins commerciales (pour leur peau ou leur viande), afin que les chasseurs « les tuent en s’assurant de minimiser leur souffrance ».

Ce document d’une dizaine de pages préconise notamment de viser les animaux à la tête pour les abattre d’un seul coup, ou encore d’éviter de tuer des femelles portant de jeunes kangourous, tout en expliquant comment abattre au plus vite, si nécessaire, les jeunes animaux dont la mère a été abattue malgré tout.

« Des études réalisées par la Société de recherche et de développement sur les industries rurales à propos de la chasse commerciale aux kangourous ont prouvé que le code, lorsqu’il est appliqué correctement, est efficace et humain », nous indique le ministère australien de l’Environnement et de l’énergie, tout en soulignant que seulement quatre espèces de kangourous, non menacées d’extinction, peuvent légalement être chassées à des fins commerciales.

Mais de nombreuses associations de défense des animaux dénoncent le manque de contrôle sur cette pratique, regrettant la difficulté de s’assurer du bon respect du code par les chasseurs.

L’Australie ne collecte pas « de données de récolte par entreprise »

La question est d’autant plus sensible que la présence massive des kangourous en Australie – où ils seraient près de 50 millions – provoque un vif débat dans l’opinion, entre les habitants prônant la chasse de ces animaux connus pour certaines nuisances (sur les récoltes d’agriculteurs comme sur le réseau routier) et ceux qui militent pour leur défense.

Combien de kangourous sont abattus chaque année pour les besoins de Nike et d’Adidas ? Interrogé à ce sujet par 20 Minutes, le ministère australien de l’Environnement et de l’énergie explique ne « pas compiler les données de récolte individuelle ou par entreprise » mais renvoie à ses statistiques globales sur le sujet.

En 2018, sur les plus de 46 millions de kangourous présents dans les zones ouvertes à la chasse commerciale, 1,5 million avait ainsi été abattu – loin du quota maximum de 6,9 millions autorisé cette année-là par le gouvernement australien.