Coupe du monde de rugby : « Le match le plus complet »… Cette fois, la défaite est vraiment (encou)rageante pour le XV de France

RUGBY Le XV de France a bien joué face aux Gallois. Mais dominer n'est pas gagner

William Pereira

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La déception de Gaël Fickou à la fin du match
La déception de Gaël Fickou à la fin du match — Aaron Favila/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

On retiendra ce dimanche 20 octobre 2019 comme celui de l’apogée d’un concept de création française, la défaite (encou)rageante. Une invention apparue au début de la période noire du rugby tricolore dont le génie consiste à se mentir en retenant à tout prix les points positifs et se convaincre que les échecs, c’était la faute à pas de chance. Sauf qu’en ce dimanche de quart de finale de Coupe du monde contre le pays de Galles, vous dire que les Bleus de Jacques Brunel sont tombés avec les honneurs n’est rien d’autre que la réalité.

A qui prédisait, au lendemain de deux matchs où la hiérarchie avait su faire preuve d’autorité, une gifle galloise, la France a su répondre avec son coude… Heu pardon, on s’égare. Bref. Comme l’a confié Romain Ntamack en zone mixte, « on a montré que l’équipe de France savait jouer au rugby. On a montré du bon rugby, on a déplacé le ballon, on a fait une super partie. » Et pour une fois, on n’est pas les seuls à le dire. Warren Gatland en personne a rendu hommage au XV de France : « je pense que la meilleure équipe a perdu aujourd’hui. »

Encouragements du conseil de classe

Contrairement à nous, Yoann Huget s’en cogne complet de la reconnaissance adverse, sans doute parce que celui-ci s’est vu trop beau les jours précédant la rencontre jusqu’à faire preuve d’une certaine arrogance. « J’ai très bien vu aussi tout ce qu’il a dit toute la semaine et ça a été une source de motivation pour nous », a taclé le Toulousain​. L’envie de faire taire du Britannique aura contribué à pousser la qualité d’entame de match française à son paroxysme : au bout de sept minutes, les Bleus ont déjà inscrit deux essais sans mêmes que les Gallois ne sachent ce qu’il leur arrive. Mieux, à part une ou deux séquences un peu foireuses – spéciale dédicace à la « reprise de volée » de Damian Penaud en première période – l’équipe semble respecter un plan de jeu strict sans en sortir. Camille Lopez : « devant on a gagné nos duels et c’est plus facile de mettre notre jeu en place. Et c’est de par ces duels gagnés qu’on a pu trouver des solutions et se créer des espaces. » « C’est le match le plus complet depuis bien longtemps, poursuit Ntamack. On a su alterner le pied, le jeu sous pression, en défense on a été bien. En attaque on a su se trouver sur des passes après contact. »

Mais peut encore mieux faire

Ça, c’est pour la partie encourageante. Place à la partie défaite, maintenant. Passons sur le cas Vahaamahina, déjà traité. On a identifié les phases de jeu qui nous coûtent la victoire face aux Gallois.

  • L’imprécision au pied de Romain Ntamack : Le jeune Toulousain aura coûté cinq points en trouvant deux fois le poteau. La première fois, sur la tentative de transformation du premier essai et la seconde en essayant de se faire justice sur pénalité en fin de première période. « C’est deux poteaux sortants, ils auraient pu rentrer, ils ont pas voulu. C’est comme ça. Je les travaille encore pour que ça rentre. J’ai pas cogité plus que ça. Une fois que c’est tapé, ça rentre, ça rentre pas, faut passer à l’action d’après donc ça m’a pas perturbé », dira-t-il.
  • Les essais bêtement concédés : Le cadeau de Guirado, il est vrai livré à lui-même, à la 13e aura rendu un fier service aux Gallois, alors complètement dépassés. « Quand on voit nous ce qu’on est capable de faire pour inscrire deux essais et la facilité avec laquelle eux les marquent. Forcément il y a un peu de cruauté là-dedans », regrette Louis Picamoles. Quant au deuxième essai fatal, voici ce qu’en dit Jefferson Poirot : « là où on a eu moins de chance c’est sur cette mêlée à cinq mètres. Forcément on n’a pas de 8, donc le ballon sort », et Moriarty nous crucifie. Les chutes du Reichenbach sans Sherlock Holmes
  • La pénaltouche qui mène à l’expulsion : Le XV de France revient du vestiaire avec confiance. Un peu trop. Si bien qu’en début de second acte, Guirado fait le choix de la pénaltouche plutôt que de prendre les trois points de la pénalité, sur le pied gauche de Lopez qui plus est. Mais ce dernier défend la décision de son capitaine. « C’est des choix. Si on avait marqué sur la touche on aurait dit que c’était bien joué. » Peut-être. N’empêche que c’est regrettable, surtout à l’heure de faire les comptes. Dans cette affaire, on aura paumé trois points et Vahaamahina sur le maul après la touche.
  • Certains choix tactiques à 14 contre 15 : Et là, on laisse l’ouvreur clermontois expliquer, vu que c’est son analyse. « On s’est entêtés à faire des ballons portés et je suis pas sûr que c’était la solution. Il faut qu’on soit un peu plus ambitieux. Je pense que ça fait partie de nos forces donc on doit mettre de la dynamique dans notre jeu. Sur une mi-temps on s’est peut-être restreints du fait d’avoir été à 14 à prendre moins de risques. On s’est peut-être trompés sur des moments où il aurait fallu garder le ballon et être plus patient. »


Des erreurs, il y en a eu. Soit. Mais Jacques Brunel, ou plutôt maintenant Fabien Galthié, pourra se satisfaire d’avoir vu ce XV de France aligner des temps de jeu plus longs et ne pas se liquéfier sans raison après un gros début de match. Oui, la France perd 10-0 en seconde période, oui, elle doit encore être plus tueuse. Mais cette fois, on a le droit de le dire. Cette défaite est vraiment encourageante.