Coupe du monde de rugby: Sur le banc mais soutenu par le groupe... Guirado ou l'éternelle question du leadership au sein du XV de France

RUGBY La situation autour du capitaine du XV de France est toujours aussi floue

William Pereira

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Guirado et son vice-capitaine. Ou l'inverse Lancer le diaporama
Guirado et son vice-capitaine. Ou l'inverse — PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Vous ne le savez pas, mais vous avez plus en commun avec Guilhem Guirado que vous ne l’imaginez. Comme vous, le capitaine du XV de France n’a pas été informé du forfait de Peato Mauvaka jeudi soir. Comme vous, il a su via la presse que Tolofua remplacerait le Toulousain et comme vous, il a découvert la compo finale des Bleus pour le match contre les Tonga via les réseaux de la FFR. Problème, contrairement à vous, Guilhem Guirado est le capitaine de l’équipe de France de rugby et devrait donc être un peu mieux informé. Une situation dont, informe le Midol, le Toulonnais commencerait à s’agacer en silence. Enfin, commencer est un bien grand mot. Voilà plus de six mois et la fin de l’humiliant tournoi des 6 Nations 2019, que son statut ne cesse d’être remis en cause.

A l’époque, ce n’est plus un secret pour personne, Jacques Brunel et le vice-président de la Fédé Serge Simon avaient essayé en vain de le pousser à renoncer à son statut. Tout ce micmac avait débouché sur la création d’un groupe de discussion intergénérationnel au sein de l’effectif qui, nous disait Jefferson Poirot au pied du Mont Fuji, existe encore plus ou moins « pour épauler Guilhem », malgré l’absence au Japon et les départs rapides de certains de ses membres éminents comme Mathieu Bastareaud – frère spirituel de Guirado – ou Wesley Fofana.

Embellie de façade

Tous ces arrangements internes additionnés à la retraite internationale à venir du talonneur après la compétition nous avaient un temps laissé penser que le dossier Guirado ne serait pas rouvert pendant la Coupe du monde, où, on ne le dira jamais assez, il est vital que le groupe vive bien. En posant le pied au Japon, on avait même naïvement cru que le capitaine avait retrouvé son envergure au détour de cérémoniaux, telle la remise « des capes », où lui seul était mis en avant. L’honneur et le bonheur procurés par ce rôle d’ambassadeur se lisaient sur son visage et c’est peut-être ce qui nous induisait en erreur. Mais la réalité, raconte cette semaine le quotidien L’Equipe, c’est que l’ambiguïté autour du capitaine n’a jamais cessé d’être.

Quand Serge Simon a l’idée, pendant le stage de préparation à Nice, d’organiser une réunion pour serrer la vis autour des sorties nocturnes des joueurs, il pense au vice-capitaine Jefferson Poirot plutôt qu’à Guirado pour l’animer. Le premier refuse, par loyauté. La situation du Bordelais – qui faisait encore état du manque de clarté autour de son statut de vice-capitaine – au sein du XV de France est un immense paradoxe : il est à la fois celui que la direction aimerait voir endosser le rôle de capitaine et le plus grand soutien au roi que l’on échoue à renverser. Vous avez beau l’envoyer en conférence de presse d’avant-match sans Guirado et accompagné de Maxime Médard et Sébastien Vahaamahina comme avant les Tonga, son discours restera le même :

« Le brassard appartient toujours à Guilhem Guirado. C’est le capitaine de l’équipe, c’est lui qui a pris la parole cette semaine. Ce fonctionnement, on l’a déjà eu sur des précédents tests et ça avait plutôt pas mal fonctionné. Mais c’est Guilhem qui prendra encore la parole et cette parole sera importante. »

Quid du leadership sans Guirado

Interrogé sur la question après l’entraînement matinal, Maxime Médard tient le même discours. « Pour nous, c’est Guilhem le capitaine. Et quand il n’est pas sur le terrain, c’est Jeff (Poirot) ou Louis (Picamoles). » En voulant en dire peu, le Wolverine national en a dit beaucoup. Quand il n’est pas sur le terrain, le talonneur ne peut exercer ce qu’il lui reste de pouvoir sur un groupe dont on dit qu’il apprécie l’atmosphère. « Le leadership, il se crée dans la vie de tous les jours. En dehors du terrain tu as les leaders qui s’imposent naturellement, mais si le leader l’est seulement en dehors du terrain, il perdra sa légitimité, sa crédibilité », nous disait Dimitri Yachvili avant la Coupe du monde. Depuis le rassemblement à Marcoussis, Guirado n’a été titularisé qu’en Ecosse et contre l’Argentine – face à qui il avait été bon – et sa rentrée contre les Tonga, dimanche, il ne la doit qu’au forfait de Mauvaka, sans quoi il aurait été laissé hors de la feuille de match, le but étant « de le faire souffler comme on fait souffler Huget et Picamoles », justifiera Jacques Brunel avant le match.

Guirado et son vice-capitaine. Ou l'inverse
Guirado et son vice-capitaine. Ou l'inverse - PIERRE EMMANUEL DELETREE//SIPA

Le faire souffler ou affaiblir son aura en le sevrant de terrain ? C’est la théorie à la mode. L’hiver dernier la manœuvre était impossible, faute de concurrence au poste de talonneur. Mais aujourd’hui, Camille Chat est sur la pente ascendante et semble avoir gommé sa grande faiblesse, la touche (avec deux matchs à 100 % de réussite), justifiant la rélégation de Guirado au second plan sur le sportif, entraînant fatalement une perte d’influence sur ce territoire. Gaël Fickou : « il prend toujours la parole. Mais ce n’est pas lui qui dicte la stratégie par exemple. Mais pour le reste, c’est clair et net, c’est lui le capitaine ! »

Dernière question, enfin : le supposé déclin du leadership du capitaine peut-il mener un groupe orphelin de son phare vers le naufrage ? A croire ce que nous disait Yannick Nyanga, ex-international et consultant pour TF1, c’est peu probable : « une équipe ne s’appuie jamais que sur un capitaine, il y a un groupe de leaders et ce sont ces leaders qui doivent guider l’équipe. » Un groupe on ne sait pas, mais il y a au moins un leader derrière le leader en la personne de Jefferson Poirot. « Un capitaine dans l’âme », balançait, admiratif, Baptiste Serin avant de décoller pour le Japon. Et déjà successeur de Guirado malgré lui ? Un chiffre pour finir. Depuis le début du Mondial, Poirot est apparu deux fois en conférence de presse de veille de match, où la parole est donnée en priorité au capitaine, contre une seule pour Guirado. La première, c’était au côté de Guilhem himself avant l’Argentine. La seconde, avant les Tonga, mais cette fois sans le capitaine officiel. Ça fait vachement passage de témoin, non ?