Le XV de France a été malmené en seconde période
Le XV de France a été malmené en seconde période — Christophe Ena/AP/SIPA

RUGBY

Coupe du monde de rugby: Les démons de la remontada galloise étaient à Tokyo, et les Bleus ont flippé en deuxième mi-temps

Face à l'Argentine, le XV de France a eu droit à un flashback du match contre le Pays de Galles au mois de février

De notre envoyé spécial au Japon,

Samedi, contre l'Argentine, on s’est revus le 1er février devant notre télé. C’était pendant le tournoi des VI Nations. Souvenez-vous, à l’époque, les Bleus rentraient au vestiaire avec 16 points d’avance sur le Pays de Galles au gré d’un petit bijou de première mi-temps pour finalement s’incliner 19-24. Comble du comble, la France avait concédé un 17-0 fort douloureux en seconde période.

Contre l’Argentine, à Tokyo, ce ne sont pas 17 mais 18 points consécutifs qui ont été concédés. De 20-3 à 20-21. Une masterclass de lose qui a failli nous ramener sept mois en arrière. Qui a failli LES renvoyer sept mois en arrière. Jefferson Poirot : « j’ai vécu la remontée des Argentins avec de la frustration, avec la peur que les vieux démons reviennent. Heureusement on a eu un petit coup du sort. » Rabah Slimani a quant à lui vu bien plus que la seule déroute galloise. « Je me suis refait le scénario de plein de matchs, pas seulement le Pays de Galles, mais aussi l’Afrique du Sud [en novembre 2018] où à la dernière seconde on perd la rencontre. » Les pauvres voient des remontadas partout. Bienvenue dans le Sixième sens.

Gâchée, cette divine première mi-temps

C’est à se demander combien de secondes périodes il faudra foutre en l’air pour que la leçon rentre dans le crâne. Ruiner une si belle entame, la plus belle depuis si longtemps, bien plus encore que face aux Gallois, à ce niveau, c’est criminel. Car il ne faut pas oublier qu’avant ça, les Bleus avaient écrasé les Argentins. Les passes de Médard, les courses folles de Penaud, les fixations de Vakatawa, l’essai de Fickou… certaines séquences nous ont fait lever de notre siège.

Fickou illustre très bien cette schizophrénie tricolore. Décisif en première mi-temps avec un essai à la clé, il n’est pas loin de tout foutre en l’air en concédant une pénalité de dernière minute. Et, le pauvre, on sentait bien à son passage en zone mixte qu’il culpabilisait d’avoir commis pareille erreur. « C’est vrai que j’ai failli passer une très mauvaise soirée. Ce soir (samedi) ça m’a plutôt souri. Il ne faudra pas que je le reproduise. » Faute avouée…

Bon, une fois qu’on a dit ça, restent deux questions : pourquoi ce scénario se répète et que faire pour se débarrasser de cette désormais marque de fabrique française ? C’est physique, psychologique ? « C’est les deux ! », balance Slimani. Louis Picamoles y voit carrément de l’indiscipline. « C’est surtout ça qui leur a permis d’être dans le match. C’est récurrent et c’est une chose qu’il va falloir régler ». Poirot croit savoir comment. « On peut corriger ça avec plus de gestion, peut-être. Après c’est de l’expérience, aussi. A un moment, on reçoit le ballon sur un coup de pied et on a le temps de le renvoyer chez eux mais on ne le fait pas… »

Un calvaire qui va leur faire du bien, qu’ils disent

Comme vous le savez, être français c’est aussi trouver du bon dans le mauvais. Après la défaite encourageante, découvrez sans plus attendre sa variante, la victoire à l’arrache qui va faire du bien pour la suite du tournoi. Attention, florilège.

Lopez : « Cette seconde mi-temps va nous servir pour cette compétition et c’est tant mieux parce que ça va nous remettre… Pas les pieds sur terre parce qu’on les a mais ça va nous mettre une petite pique de rappel, de se dire de faire attention parce qu’on a fait une seconde mi-temps où on était un peu privés de ballon et c’est justement là où on se met en danger. »

Poirot : « Cette deuxième mi-temps va nous servir d’expérience, c’est un match qui va nous servir énormément pour la suite. Déjà, on le gagne. D’habitude, on l’aurait perdu. »

Picamoles : « C’est très bien aussi d’avoir vécu une deuxième mi-temps comme ça, parce que ça va nous permettre de construire dessus sur les prochains matchs. »

C’est quand même curieux, de se satisfaire d’avoir engrangé de l’expérience sur un match pourtant déjà vécu mille fois auparavant. Mais quelque part, ces grands gaillards n’ont pas forcément tort. En mettre 30 ou 40 aux Pumas ce samedi, est-ce que quelque part ce n’était pas la porte ouverte à l’enflammade générale – on inclut les journalistes dans le lot – et donc à un remake du cauchemar tongien de 2011 au troisième match ? « Y’a encore trois matchs de poule. En 2011, qui pensait que la France perdrait contre les Tonga ? Pour le moment on va se reposer un petit peu et on va vite mettre l’accent sur le match contre les Etats-Unis », termine Slimani. Et si possible essayer de faire un match plein, au moins.