Coupe du monde de rugby : « Je me dis que le ballon va jamais arriver », Camille Lopez raconte le drop victorieux

RUGBY L'ouvreur des Bleus a inscrit un drop peu académique pour donner la victoire au XV de France

William Pereira

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Camille Lopez, auteur du drop de la gagne lors de France-Argentine en Coupe du monde, le 21 septembre 2019.
Camille Lopez, auteur du drop de la gagne lors de France-Argentine en Coupe du monde, le 21 septembre 2019. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial au Japon,

Football et rugby, même combat pour les Argentins. Partis pour faire mordre la poussière au XV de France au prix d’une remontée à la galloise, les Pumas sont finalement repartis de Tokyo bredouille. Et comme pendant la Coupe du monde 2018, tout s’est joué sur un coup de pied miraculeux. Il y a eu « second poteau Pavaaaaard ! », dites maintenant bonjour au déjà mythique drop de Camille Lopez.

Bon, on va pas tourner autour du pot 50 ans. Pour ce qui est de la note esthétique, il y a trois mondes d’écart entre les deux réalisations. Le Clermontois est bien conscient de ne pas avoir inscrit le drop du siècle, et, tout sourire en zone mixte, il s’en tamponne comme de la victoire du Liechstenstein aux Jeux sans frontières en 1976 (vous pouvez vérifier, c’est véridique) : « c’est pas grave, la beauté du drop on s’en fiche, c’était important de gagner. » Une fois que c’est dit, on a quand même envie de savoir ce qui se passe dans le cerveau fou – car il faut l’être pour tenter pareille chose à ce moment du match – de l'ouvreur français quand, ballon dans les mains, il prend la décision de l’expédier au loin.

« Comme certains l’ont dit, ''ça se voit à dix milles que tu voulais faire un drop''. Je me dis qu’on était dans une zone où on peut le faire, que ça faisait un moment qu’on courrait derrière le ballon, qu’on avait plus trop de possession, qu’on était un peu sous pression. Ils venaient de passer devant au score donc je me dis qu’il faut vite repasser devant pour se faire du bien à la tête. »

Crise de nerfs et chute interminable

Maintenant que vous savez ce qui s’est passé dans la tête de Camille, merci d’accepter de lire ce qu’il s’est passé dans la nôtre. Imaginez le bazar, les Bleus sont menés, ou joue à 30 mains gauches, on a enfin un ballon d’attaque potable et un type qui vient de rentrer tente le diable. Les signes avant-coureurs sont formels, l’AVC n’était pas très loin. Sur le pupitre d’à côté, en tribune presse, ça gueule fort. « NON PAS CA CAMILLE ! » On prend la tête entre nos mains, on ne veut pas voir ça, on relève finalement la tête et, bordel de bordel, le ballon n’est toujours pas tombé, on se croirait dans un épisode d’Olive et Tom, bref, c’est à se demander ce que fout Newton. Si le temps nous a semblé diablement long, imaginez pour l’intéressé. On retourne en direct live de la tête de Camille.

« J’ai l’impression d’être sous pression, j’ai l’impression d’en avoir un qui monte très vite sur moi donc je déclenche le geste en essayant de m’appliquer pour qu’il parte assez haut pour pas me faire contrer. Quand je vois le ballon partir haut, je me dis qu’il va jamais y arriver (il se marre). Il a mis du temps à y aller, c’est vrai. Après au final il est passé… Et je le répète, qu’il soit passé 10 mètres au-dessus ou dix centimètres l’important qu’il soit passé. »

L’important c’est les trois points

C’est en tout cas une bien belle récompense pour un gars relégué sur le banc par Ntamack sur l’autel de l’efficacité du jeu au pied. Mais Lopez n’est pas revanchard pour un sou, et est bien conscient que, sans la première mi-temps légendaire de ses coéquipiers (dont un 3/3 de Ntamack), son drop n’aurait pas existé. Ou du moins pas eu la même importance. « J’ai mis ce drop mais la première période fait que ça nous permet d’aller chercher ce match. » De toute façon, pas besoin de fanfaronner. Contrairement à un autre homme, sa carrière ne repose pas sur cet unique coup de pied.