PSG-Real Madrid : Keylor Navas est-il (enfin) le grand gardien qui manquait à Paris ?

FOOTBALL Triple vainqueur de la Ligue des champions sous les couleurs madrilènes, le portier costaricain peut changer la destinée parisienne dans l’épreuve

Julien Laloye

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Tuchel félicite Navas après ses arrêts spectaculaires contre Strasbourg.
Tuchel félicite Navas après ses arrêts spectaculaires contre Strasbourg. — STEPHANE ALLAMAN/SIPA
  • Keylor Navas a débarqué du Real Madrid dans les derniers jours du mercato pour signer à Paris
  • Vainqueur de trois Ligues des champions en Espagne, le gardien costaricain est peut-être la pièce qui manquait au club pour enfin rejoindre le dernier carré
  • Son départ n'a pas été très bien vécu par Zidane et le vestiaire, qui appréciaient beaucoup son humilité et sa détermination

Proverbe maison inventé à l’instant. Pour mesurer ce que l'on gagne, il suffit parfois d’ouvrir les yeux sur ce que l’autre a perdu. Et cela saute aux yeux, justement : le Real Madrid a perdu beaucoup avec le départ de Keylor Navas. Les regrets suintent des cordes vocales de Zinédine Zidane quand on le lance sur son ancien protégé : « J’ai beaucoup de respect pour lui, beaucoup d’admiration, il le sait, tout ce que je peux faire, c’est lui souhaiter bonne chance pour la suite. »

Zidane voulait absolument le garder

Un truc à savoir avec l’entraîneur français. Il est plus têtu qu’une mule de Castille quand il a quelque chose en tête, et dans sa tête, le Costaricain a toujours été indispensable. Pas de meilleur exemple que le mercato hivernal d’il y a deux quand, quand Perez sonnait nuit et jour à la porte pour lui mettre Kepa dans les pattes. Le gars est un tout bon, pas d’histoires là-dessus (il a fini à Chelsea), mais Zizou n’a pas cédé, en mode « moi un gardien ? Keylor est dans la place, remballe ta marchandise frelatée ».

Qu’est ce qui a changé pour que le divin chauve laisse filer Navas ce coup-ci ? D’obscures luttes d’influences dans les coulisses, qu’on peut en gros résumer comme suit, selon Fernando Burgos, suiveur du Real pour la Cope : « Zidane voulait à tout prix Pobga cet été, alors il était prêt à faire ce que lui demandait le président sur les autres points. Et le président voulait que ce soit Courtois qui joue ».

Merci Florentino, donc. Parce que Keylor Navas au PSG, c’est double quine au bingo du dimanche à Saint-Germain en Laye. Lisez Santiago Canizares, ancienne gloire espagnole au poste de gardien, il y a quelques jours dans Le Parisien :

« Le très, très haut niveau ne lui fait pas peur, au contraire, il arrive à se sublimer dans les grandes compétitions. C’est un professionnel exemplaire, un très gros bosseur, qui a cette capacité à toujours rester très concentré tout au long du match et cette faculté à s’extirper de la pression. Il a eu une influence énorme dans les trois Ligue des champions remportées par le Real en étant décisif dans les moments et matchs clés ».

Pris au mot, Santiago. On s’est matés en accéléré les prouesses du seul Costaricien connu dans le monde avec… ah ben avec personne. Bref. Trois parades de chat angora parmi d’autres, versus trois fois où on aurait bien aimé avoir Keylor dans les buts parisiens.

» Cette envolée contre la Juventus en quart de finale alors que le score n’est que de 1-0 en Italie (2018)

» Cette double détente monstrueuse face au rival colchonero à 2-1 en demi-finale retour, en 2017, alors que la qualif est encore sur le feu

» Cette manchette salvatrice face à Mbappé lors de la défaite crève-cœur du PSG à Bernabeu il y a deux ans

A comparer au hasard, avec trois matchs où le PSG aurait bien eu besoin d’un Navas dans ses buts pour enfin passer un cap en Ligue des champions

  • Le malaise Trapp lors de la remontada, qui met toute la Catalogne en confiance dès la 2e minute
  • La partie trop neutre d’Areola au Bernabeu, jusqu’à cette intervention foireuse sur le centre du 2-1 qu’il dégage sur le genou de CR7
  • La cagade monumentale de Buffon face à Manchester, qu’il n’est même pas besoin de raconter

Un mental en fer forgé

Un autre avantage de ce bon Keylor, puisqu’on fait les comptes: à la différence de beaucoup de ses collègues de grands clubs, il ne passe pas son temps à penser à sa liste de courses sur le terrain, étant entendu qu’au Real, on attaque à douze et on défend à deux, en comptant le ramasseur de balle derrière le but. On a eu d’ailleurs un petit aperçu face à Strasbourg. Deux interventions décisives alors qu’il avait été laissé tout seul au fond du bus par les copains. La force de l’habitude, décrite ainsi par Diallo : « Navas ? Ah, il est bon ! Il nous a fait trois belles parades, c’est rassurant, c’est bien pour lui. Il nous met tous en confiance, donc c’est super. »

A défaut de nous répondre, son représentant Ricardo Cabanas, avait eu ces mots très justes dans un quotidien argentin il y a deux ans :

« C’est plus compliqué de garder les buts du Real que de marcher sur la lune. Prendre la suite d’une icône comme Casillas et faire sa place sa place de cette façon, c’est très complexe. On parle du Real Madrid, le club le plus compliqué à appréhender. Pas seulement au niveau de la presse ou des supportes, mais aussi l’institution dans son ensemble. Keylor s’est imposé avec humilité, en faisant profil bas, et il est apprécié dans le vestiaire parce que c’est un exemple dans tout ce qu’il fait ».

Comprendre que le PSG n’a pas seulement recruté un grand gardien, mais aussi un garçon résilient, dont la force de caractère ne fera pas tâche dans un vestiaire aussi complexé par les ratés européens. Résumé de ses péripéties espagnoles, pour saisir à quel point Navas est parti de loin.

Il débarque en n°2 dans une équipe de D2, avant de piquer la place du titulaire >> Il réussit à se faire repérer par une équipe de bas de tableau de Liga (Levante) >> Florentino le recrute pour faire la jonction entre Casillas et De Gea après son brillant mondial 2014 avec la sélection>> Le Real l’envoie à l’aéroport attendre son transfert à Manchester le 31 août 2015 en échange de De Gea, transfert qui ne se fera jamais (« j’ai éclaté en pleurs en rentrant chez moi », racontera l’intéressé ») >> Trois Ligue des champions plus tard, Pérez lui balance Courtois dans la mare en donnant pour consigne d’en faire le numéro 1.

De guerre lasse, donc, Navas a fini par se résigner. Mais ce n’est pas faute d’avoir lutté, une qualité qui a séduit Tuchel dès les premiers instants : « il a très bien réussi là-bas. Pour moi, c’est la qualité clé, la position de gardien dans le foot est spéciale, il doit gérer des erreurs tout seul, et pour ça, on doit être fort mentalement. Si tu es gardien pour le Real, c’est encore plus dur. J’aime son calme ». Et cette façon de s’intégrer comme un gamin du centre qui aurait tout à apprendre :

« Au Real, il était considéré comme un cadre du vestiaire, très proche du capitaine Sergio Ramos, complète notre confrère de la Cope. Son départ a été très mal vécu, je pense qu’il peut apporter beaucoup à Paris, qui a besoin de leaders expérimentés dans son vestiaire, qui connaissent l’exigence des très grands clubs ». À peu de chose près ce qu’on disait sur Buffon l’an passé. Mais le PSG ne peut pas se tromper tous les ans, si ?