PSG: Neymar, de paria à super-sauveur... On vous raconte l'une des soirées les plus étranges de l'histoire du Parc des Princes

FOOTBALL Le Parc des Princes avait réservé un accueil très particulier à Neymar, qui a commencé son opéaration rachat par un but incroyable

Aymeric Le Gall

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Neymar a sauvé le PSG pour son premier match de la saison.
Neymar a sauvé le PSG pour son premier match de la saison. — Martin BUREAU / AFP
  • Neymar faisait son grand retour sous le maillot du PSG à l'occasion de la réception de Strasbourg samedi soir au Parc des Princes. 
  • Après un été à tenter de quitter le club, le Brésilien s'est mis une bonne partie du public à dos. 
  • S'il a été pris à partie par le virage Auteuil durant toute la rencontre, Neymar tout de même réussi à se racheter auprès d'une bonne partie du public après un but magnifique dans les arrêts de jeu. 

De notre envoyé spécial au Parc des Princes, 

Le Parc des Princes a vécu samedi l’une des soirées les plus étranges de son histoire. Après son exfiltration avortée du Paris Saint-Germain cet été, trois semaines après la première salve d’insultes et de banderoles incendiaires lors du match contre Nîmes, Neymar retrouvait pour la première fois le public parisien à l’occasion de la réception de Strasbourg. On s’attendait à ce que la Porte d’Auteuil se transforme en coupe-gorge pour le Brésilien et on n’a pas été déçu. Samedi, le Parc a inventé la « Fiorèse inversée ».

En 2004, l’ancien Parisien retrouvait son ancien club avec, sacrilège, la tunique de l’OM sur le dos, dans un stade incandescent bien décidé à lui faire regretter d’être un jour sorti du ventre de sa mère. Dans le cas du Brésilien, et c’est en cela que la soirée de samedi restera gravée dans les mémoires, c’est un des leurs – si l’on ose dire – que les ultras du PSG ont pourri de bout en bout. Dans la semaine précédant la rencontre, le club avait bien tenté de percer les seaux d’excréments que lui réservait le Collectif Ultras Paris, mais c’était perdu d’avance et l’ancien Barcelonais s’en est retrouvé tout éclaboussé.

Les ultras annoncent la couleur avant le match

Dans le communiqué publié avant le match, le CUP s’était dit « plus que sceptique quant à voir Neymar évoluer une saison de plus avec le maillot parisien » et avait invité « tous les supporters parisiens qui se sont sentis heurtés à un moment ou un autre à lui montrer qu’il n’a plus le droit à l’erreur et que le chemin de la rédemption sera long… Très long ». Ils ont tenu parole.

Pourtant, en arrivant au Parc des Princes sous un soleil à vous faire regretter la fin des vacances et les apéros entre potes, on pensait que les ultras allaient avoir à l’égard de Neymar une attitude indifférente, comme ils l’avaient laissé entendre en conclusion de leur communiqué. Mais on était passé à côté de la subtilité qui voulait que la tactique du « you’re dead to me » ne débuterait qu’à partir de dimanche…

Gambadant tranquillement sur le terrain pendant l’échauffement comme si l’été dernier n’avait jamais existé, c’est ensuite que Neymar a compris ce qui l’attendait. Dans le couloir qui mène à la pelouse, au moment de l’annonce de la compo d’équipe quand le speaker a scandé son nom « Da Silva Santos Junior… » et n’a eu droit en retour que sifflets et majeurs en érection.

Le virage Auteuil n’a même pas attendu que l’arbitre donne le coup d’envoi pour balancer un chant bruyant et sans équivoque « Neymar, hijo de puta ! ». Comme si le sac de la colère était trop lourd à porter et qu’ils ne pouvaient pas attendre une seconde de plus pour le vider. S’en est alors suivi des nuées de huées à chacune de ses prises de balle et le déploiement de trois banderoles assassines (étrange d’ailleurs que le PSG ait pu laisser passer ça au moment de la fouille).

  • « 20 millions d’euros pour rejoindre Messi, pas de putain à Paris »
  • « Neymar Sr, venda tu filho na vila mimosa », « Neymar Senior, vends ton fils à la villa mimosa » (en référence au quartier de Rio réputé pour être le cœur de la prostitution de la ville)
  • « Ton nom sur la Tour Eiffel, les millions d’euros sur ton compte, tes virées open-bar : bienvenu en enfer Caliméro »

Neymar fait le boulot et un peu plus encore

En zone mixte après la rencontre, Keylor « les gants d’acier » Navas a esquivé nos questions et sorti la langue de bois à base de « on essaye de rester unis et de rentrer sur le terrain pour donner du plaisir à nos supporters. », tandis qu’Abdou Diallo jouait, lui, la carte « il est au-dessus de tout ça » : « C’est un grand garçon, il sait gérer ce genre de situation ».

En effet, c’est aussi l’impression qu’on a eue scrutant l’attitude de Neymar à la loupe. Le Brésilien a semblé faire fi de tout cela et on a retrouvé un joueur hyper fit, toujours aussi sexy balle aux pieds et se dépensant énormément pour un gars qui avait à peine un match et demi dans les guibolles cette saison. Et s’il n’a pas réussi à faire la différence avant la pause, c’est aussi et surtout parce que l’équipe parisienne tout entière était d’un niveau cataclysmique. Du rien enrobé dans du vide. Un ennui mortel.

Jusqu’à ce coup de génie, donc, à la 92e minute : à la réception d’un ultime centre de Diallo côté gauche, le théoricien de la Remontada fait fermer certaines bouches et en ouvrir d’autres d’admiration après un ciseau acrobatique en chocolat dans la surface. Dans le public, à part le virage Auteuil qui est parvenu à se contenir, le reste du stade n’a pu que saluer le génie.

De quoi croire à un début de réconciliation ? Ce n’est pas impossible. D’autant que dans la foulée, au moment de revenir vers le rond central, Neymar a applaudi le Parc en retour. Pour ce qui est des ultras, on les plaint, les pauvres, partagés qu’ils sont entre la haine et l’inavouable admiration. Le genre de truc à rendre schizo le plus sain d’esprit des supporters parisiens.

« Moi je n’ai rien contre eux »

Cette journée pas comme les autres ne pouvait pas se finir sans une apparition et une prise de parole publique du paria parisien. Et c’est ainsi que, dans une zone mixte étrangement clairsemée (nos confrères estimant sûrement que Neymar n’y pointerait probablement pas le bout de son nez), le héros du soir déboulait tout sourire pour nous donner son sentiment.

« On sait tous ce qui s’est passé [en référence à un été marqué par l’échec des négociations avec le Barça], je comprends que ce soit très difficile pour eux [les supporters parisiens]. Mais aujourd’hui je suis un joueur du PSG. S’ils veulent me siffler, il n’y a pas de problème. Moi je n’ai rien contre eux. Quand je suis arrivé ici ils m’ont fait une très belle fête et ça restera à jamais gravé dans mon cœur. Maintenant, à propos de ce qui s’est passé aujourd’hui, je sais que je jouerai tous mes matchs à l’extérieur. »

Et s’il n’a pas tenu, comme on lui a proposé parce qu’on est des gens adorables, à adresser un message particulier aux ultras du club, Neymar a habillement retourné contre eux leur propre principe « l’institution PSG est plus importante que n’importe lequel de ses joueurs » : « Je n’ai pas besoin qu’ils scandent mon nom ou qu’ils soient de mon côté. Je veux qu’ils soient avec le PSG. Ils disent que le club est plus grand que n’importe quel joueur donc ils n’ont qu’à oublier ce joueur et pousser l’équipe pendant 90 minutes. » Ça tombe bien, c’est ce qui est prévu. De la haine à l’indifférence et ça a commencé samedi soir, à 0h01 très précisément.