Coupe du monde de basket: Mi-tueur mi-chambreur, Evan Fournier ou le trash-talk à la française

BASKET On va pas se mentir, on est fan

A.H. et B.V.

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Evan Fournier plane sur le monde
Evan Fournier plane sur le monde — SIPA

Evan Fournier est un peu le joueur de basket qu’on aurait tous aimé être. Stylé dans ses dribbles, adroit au shoot et spectaculaire quand il part au panier. Avec une beaucoup trop grande bouche. Disons-le comme on le pense, il est à lui tout seul une fantastique raison d’aimer cette équipe de France, opposée aux Etats-Unis en quarts de finale du Mondial mercredi. Parce qu’il en est le meilleur joueur, certes, mais aussi le plus fêlé, le plus drôle, le plus jubilatoire. Dans l’ordre que vous voulez.

Face à la République Dominicaine, alors que les Bleus menaient d’un demi-million de points, il a balancé le ballon dans la tronche d’un adversaire un peu trop collant et manqué de se battre pour défendre son territoire. Après la victoire à l'arrache contre la Lituanie, il chambre ses adversaires sur Twitter : « J’m’hydrate, 1 litre de seum dans la gourde ». Face à l'Australie, c’est lui qui a remobilisé toute l’équipe pendant un temps mort à base d’un « on lâche rien, on est pas assez méchant » digne des plus belles gueulantes de Tony Parker.

Ceux qui le connaissent ont réussi à théoriser ce que l’on fourre nous dans le même sac. Evan Fournier est un mec simple et chambreur dans la vie autant qu’un tueur sur le terrain.

« Je n’ai jamais vu Evan jouer un match à moitié, que ce soit des matchs amicaux, des finales ou des parties sur playground, nous racontait Maxime Nguyen, coéquipier du numéro 10 des Bleus dans le Val-de-Marne, il y a quelques années. Tu ne verras jamais Evan rigoler sur le terrain. Je me souviens qu’en benjamin, il déconnait tout le temps dans les vestiaires, c’était le premier à faire des conneries, mais quand il avait un ballon dans les mains, c’était plus la peine de chercher à faire des blagues parce que c’était plus le moment. Il était le plus sérieux du monde quand il jouait, c’est comme ça, il y avait un temps pour tout. »

« Son objectif, c’est d’être champion du monde et si ça passe par être méchant, balancer un Dominicain dans les tribunes ou foutre la haine aux Lituaniens, il le fera, complète Bastien du compte Twitter TrashTalk​, qui se nourrit à l’année des péripéties du joueur d’Orlando. Il a ce côté, qui n’est pas habituel en France, d’être capable de dire "moi je pense que je suis le meilleur du monde", dont il a besoin pour exceller et qu’il assume. Mais il sait faire la part des choses. Il est de la génération 92, celle qui vit des réseaux sociaux et qui peut prendre les choses légèrement. Il sait quand être sérieux et ne pas l’être. »

« Le dégarni de Charenton »

La plus belle anecdote à ce sujet est racontée par un certain Hugo. Sur Twitter, ce jeune homme s’amusait à vanner la calvitie plus que naissante d’Evan Fournier. Et « le dégarni de Charenton » s’est mis à régulièrement lui répondre, toujours avec second degré. « Et puis un jour, Evan a fait un post sur Instagram où il disait que s’il arrivait à un certain nombre de followers, il m’invitait à Orlando, détaille Hugo. Et il a tenu parole. J’y suis allé une semaine, j’ai vu deux matchs du Magic et Evan m’a aussi invité chez lui. Quand je suis arrivé, la première chose qu’il m’a dite c’est : "Alors, on parle moins que sur Twitter.” »

Marrant. Evan Fournier est l’un de ces nouveaux noms du sport français, comme Julian Alaphilippe ou Kevin Mayer, dont le potentiel sportif autant que ce qu’ils dégagent humainement pourraient en faire de potentielles rock stars. « Evan, c’était quelqu’un de déterminé, bosseur, il savait ce qu’il voulait et ce qu’il fallait faire pour l’obtenir, raconte Jeffrey Dalmat, ancien coéquipier de Fournier à Poitiers, en 2010-2012, où le jeune homme a découvert la Pro A. A 18-19 ans, il avait déjà une personnalité très affirmée, avec un tempérament de leader. »

C’est sans doute pour ça qu’il est devenu le principal atout offensif des Bleus depuis le départ de Tony Parker. Le tueur à qui l’on donne le ballon quand on ne sait plus quoi en faire. « Dans des situations comme ça, le ballon arrivera naturellement dans les mains de celui qu’il faut, commentait Nicolas Batum après la rencontre face l’Australie. C’était Tony avant, c’est Evan maintenant. On le sait très bien collectivement, à la fin, il faut tout faire pour rendre la vie la plus facile à Evan. » Hâte de lire son tweet une fois qu’il aura éliminé la team USA sur un shoot du milieu de terrain au buzzer.