Mondial 2019 : « Aujourd'hui, sa voix porte plus »... Rudy Gobert est fin prêt à devenir le leader de l'équipe de France

BASKET Après trois ans d'absence, Rudy Gobert revient en équipe de France avec un tout nouveau statut

Aymeric Le Gall

— 

Rudy Gobert est devenu le leader de l'équipe de France de basket.
Rudy Gobert est devenu le leader de l'équipe de France de basket. — Nicolas ASFOURI / AFP
  • L'équipe de France affronte jeudi la République Dominicaine pour son troisième match de Coupe du monde. 
  • Après les départs de Tony Parker et de Boris Diaw, les Bleus ont trouvé en Rudy Gobert le leader de terrain et le « game changer » qu'elle attendait tant. 

Mine de rien, ça commence à faire un petit moment maintenant que le basket français traîne sa peine sur les parquets, hanté par les fantômes de ses leaders qu’étaient Tony Parker (parti à la retraite après les JO de Londres) et Boris Diaw (qui a rangé son maillot bleu en 2018) ou les déceptions en série. Mais que les basketix se rassurent, la relève était là, tapie dans l’ombre, et attendait simplement son tour.

« C’est logique, explique l’ancien international Frédéric Weis. Quand dans une équipe t’as des mecs comme Tony ou Boris qui ont un tel leadership, les autres, les plus jeunes mais qui ont tout autant de répondant, restent plus en retrait. Evan Fournier disait très justement "avant ce n’était pas mon rôle de parler, je me taisais". Lui, c’est typiquement le gars qui a ça dans le sang mais qui est resté à sa place tant que les darons étaient encore là. »

Mais si Evan Fournier, très fort depuis le début de la compét’, a effectivement pris plus de responsabilités dans cette équipe new-look, le facteur X de la Team France mesure 2,16m, chausse du 53 et joue aux Jazz de Utah.

Gobert assume ses nouvelles responsabilités

Après trois ans d’absence en bleu, Rudy Gobert, puisqu’il s’agit évidemment de lui, est de retour dans la peau du grand patron tricolore. « Pas sûr que Rudy soit un leader vocal, tempère Weis. Mais même s’il parle peu, il parle juste en revanche. C’est surtout à travers ce qu’il démontre sur le terrain, à travers ce qu’il est devenu en NBA, avec l’aura qui est la sienne, qu’on peut parler de leadership. Pour moi c’est le meilleur défenseur du monde à l’heure actuelle. Ça vous pose un statut. Forcément sa voix porte plus. »

Il n’y a d’ailleurs qu’à l’écouter parler pour comprendre que le pivot des Jazz n’est pas venu en sélection avec l’idée de se cacher. « Je sais très bien que si je veux que l’équipe aille là où je veux l’emmener, il va falloir que je sois très performant. J’adore les responsabilités et la pression, disait-il dans L’Equipe avant le départ en Chine. En tant que compétiteur, c’est quelque chose que je recherche. C’est pour ça que je veux mettre des objectifs élevés pour cette équipe, parce que je sais que l’on en est capable, et je sais que je vais avoir un très gros rôle à jouer en tant que leader. »

Le « game changer » qui manquait aux Bleus

Il faut dire que depuis son dernier passage en Bleu, lors des JO 2016, Rudy Gobert a changé de statut. « Il s’est épanoui défensivement, juge Jacques Monclar, consultant basket sur BeIN Sport. Je ne sais pas si on se rend bien compte de ce que ça représente de terminer deux fois meilleur défenseur de NBA. C’est absolument énorme ! C’est appartenir au gotha du basket mondial. Tony me disait que quand il jouait contre Gobert en NBA, leur méthode d’attaque était tout le temps adaptée à Rudy. Ce garçon est un problème pour toutes les attaques adverses. »

« En NBA, c’est ce qu’on appelle un  "game changer ", embraye l’ancien pivot des Bleus Frédéric Weis. Je pense sans trop me tromper que c’est le joueur français qui a le plus d’impact sur son équipe de toute notre histoire. C’est quelqu’un qui change le jeu de l’équipe adverse, or très peu de joueurs dans l’histoire du basket mondial sont capables de faire ça. Même Parker, qui était un monstre du basket, n’était pas au niveau de Gobert sur ce point-là. Au dernier match il met 16 points, au rebond je n’en parle même pas, c’est une machine à gober du rebond, c’est une machine à contrer. Bref, il y a vraiment une équipe de France avec Rudy Gobert et une équipe de France sans. »

Retrouver une base solide pour rêver au titre

Le retour de Gobert en bleu sonne donc comme une bénédiction pour une sélection qui avait fini par en oublier ses classiques. « L’équipe de France a bâti ses succès passés sur des vertus défensives importantes, or je trouve qu’elle a peu à peu perdu ses valeurs de combat », valide Jacques Monclar. Avec le come-back du meilleur défenseur NBA la saison passée, elle récupère non seulement un combattant mais aussi un mec qui a la dalle. Et tant pis si son attitude a pu heurter certains. « En France, les gens pensaient qu’il se la racontait un peu, tique Weis. Mais c’est juste qu’il a une mentalité de gagnant et qu’il a les ambitions, la confiance en lui et le comportement qui vont avec. »

Suffisant pour qu’on se prête déjà à rêver à un sacre mondial ? « Absolument, répond le consultant chez RMC. Même si j’ai peur qu’on soit un peu trop Gobert-dépendant, on ne peut que se féliciter de l’avoir avec nous. Et comme tout le monde est un peu deçà, les Espagnols ne m’ont pas convaincu, les Américains j’en parle même pas, les Grecs on en a fait tout un pataquès mais au final ils se sont fait taper par les Brésiliens, on devient les favoris de cette compétition avec la Serbie. »