Tour de France 2019: Egan Bernal est-il devenu LE favori, devant Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot?

CYCLISME Egan Bernal a réussi un joli coup dans le Galibier, ce jeudi. Les deux étapes alpestres, sèches et très hautes, lui conviennent parfaitement. Mais il pourrait être handicapé par sa propre équipe…

Jean Saint-Marc

— 

J'débarque dans le club, accompagné de mes thughs. La classe de Brad Pitt, normal que ta femme bugge.
J'débarque dans le club, accompagné de mes thughs. La classe de Brad Pitt, normal que ta femme bugge. — C. Ena / SIPA
  • Au début du Tour de France, le Colombien Egan Bernal était considéré comme un des principaux favoris de la Grande Boucle.
  • Il lui a fallu deux semaines et demie pour confirmer ce statut, mais cette fois, ça y est… Le Colombien semble très bien placé pour gagner le Tour. Mieux que Pinot et Alaphilippe ?

De notre envoyé spécial à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie),

Il faisait 30 bons degrés, dans le troquet de Valloire d’où nous suivions la course, ce jeudi. Mais les Ineos ont sèchement baissé le thermostat, avec deux coups de clim' en forme de double attaque. « Ah non, ils ne vont pas reprendre le maillot », gueulait un fan. « Rattrape-moi ces dopés, Thibaut », hurlait un autre. Bêtement, on l’avait un peu oublié. Mais les Ineos (ex Sky) restent, en toutes circonstances, les principaux favoris du Tour de France.

Les plus à mêmes, en tout cas, de faire craquer Julian Alaphilippe et/ou de devancer, sur le podium, Thibaut Pinot. Même privée de Chris Froome, l’équipe aux camions mystérieux et aux gains marginaux a de gros arguments. Façon de parler : le principal d’entre eux pèse 59 kilos et a des mollets de la taille de nos avant-bras (qui n’ont rien de spectaculaire, disons-le).

« Mieux vaut avoir deux as dans sa main »

Egan Bernal, puisque c’est de lui qui s’agit, s’est imposé ce jeudi à Valloire comme le coureur le plus dangereux pour nos Français. Il a gratté une trentaine de secondes à tout le monde d’une attaque fatale… Dont on se demande pourquoi elle n’est pas intervenue plus tôt.

Stratégie d’équipe, nous a répondu le sympathique Colombien, qui manie habilement la langue de bois, même à 1.400 mètres d’altitude et sous l’orage :

Je me sentais bien et je suis heureux d’avoir repris du temps à Alaphilippe ! C’était notre objectif numéro 1. G [eraint Thomas] m’a dit d’attaquer, et a ajouté qu’il essaierait ensuite. Nous sommes une équipe. »

Une équipe qui semble coupée en deux. « Je vous assure que non : nous avons deux leaders, on a toujours eu deux leaders. On a deux as dans notre main, c’est mieux que de n’en avoir qu’un », martèle Bernal. Thomas dit sensiblement la même chose, avec un petit sous-entendu en plus : malgré tout, c’est lui le boss… Puisqu’il a ordonné à Bernal d’attaquer : « On a demandé à Egan d’attaquer pour faire bouger la situation, mais ça n’a pas été le cas. Alors j’y suis allé aussi, pour les tester. »

Il a ainsi ramené le groupe maillot jaune à 30 secondes de son coéquipier. Bien joué. Sur Twitter, des blagueurs ont d’ailleurs décerné à Ineos le prix Movistar du jour, pour récompenser la stratégie de course la plus crétine. Une stratégie qui pourrait, d’ailleurs, coûter le Tour à Egan Bernal, qui semble être le plus costaud des deux.

Changement de cap en vue pour les Ineos ?

La politique des Ineos va peut-être changer ce vendredi : une longue réunion entre les boss d’Ineos, ce jeudi, dans un bus criblé par la grêle, pourrait accoucher d’une stratégie différente pour les deux dernières étapes alpestres. Juste avant d’entrer en conclave, voilà ce qu’en disait le directeur sportif Dave Brailsford : « J’ai vu deux coureurs qui grimpent très bien, tous deux ont de bonnes jambes. Faut-il faire un choix entre eux ? On verra ce [jeudi] soir. C’est sûr que terminer deuxième et troisième sans essayer de gagner, ce n’est pas notre style. »

Leur style, c’est le train avec deux ou trois équipiers en bas du col, pour verrouiller la course et préparer le terrain aux leaders, qui n’attaquent que quand tout le monde est dans le rouge. Ce train Ineos, on ne l’avait pas vu dans les Pyrénées, mais le voilà de retour au pire moment. A deux jours des Champs-Elysées, le France tremble : une sixième victoire des Sky en sept Tours de France… Voilà un scénario glaçant. Mais dans les Alpes, la canicule est bel et bien terminée.