Tour de France 2019: Julian Alaphilippe, qui a «débranché le cerveau» en descente, a encore prouvé qu'il ne lâcherait rien

CYCLISME Cette fois, c’est en descente que Julian Alaphilippe a sauvé son maillot jaune. Le Français a encore une fois impressionné suiveurs et adversaires

Jean Saint-Marc

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Julian Alaphilippe est un excellent descendeur.
Julian Alaphilippe est un excellent descendeur. — A.-C. Poujoulat / AFP
  • « Deux trois virages » pour se concentrer, et, après, un cerveau « débranché » : voilà comment Julian Alaphilippe a décrit sa folle descente vers Valloire.
  • Le Français a sauvé son maillot jaune. Mais deux étapes alpestres dantesques se profilent : Alaphilippe sait que son paletot ne tient qu’à un fil.

De notre envoyé spécial à Valloire (Savoie),

Pour qui a l’habitude de couvrir le football, interviewer un cycliste est un exercice déroutant. Les footeux se pointent en zone mixte plus d’une heure après le match, coiffés à la perfection et arborant fièrement la tenue Philipp Plein avec laquelle ils espèrent choper en boîte. Les interviews de cyclistes, elles, se font au cul de la ligne d’arrivée. Les types sont essoufflés, souvent encore sur leur vélo. Les visages sont décharnés, barrés par des rictus et, parfois, marqués par des traces blanchâtres, mélange de sueur et de salive.

Julian Alaphilippe marqué à l'arrivée d'une étape.
Julian Alaphilippe marqué à l'arrivée d'une étape. - T. Camus / SIPA

Un maillot jaune a un niveau de standing à respecter – la tunique est aussi glamour qu’une sape de créateur. Julian Alaphilippe s’était donc débarbouillé, ce jeudi, avant de se pointer devant notre dictaphone. Mais il avait le masque, et n’a pas décroché un sourire en 1 minute 37 de zone mixte radio et presse écrite (on le comprend, on se gelait, sous l’orage).

« Touché mais pas coulé »

Cette étape entre Embrun et Valloire, bouclée à plus de cinq minutes du vainqueur, Nairo Quintana, était « très difficile. » Il se dit « touché, mais pas coulé » : il n’a pas pu résister aux attaques des Ineos Egan Bernal et Geraint Thomas et a basculé en haut du Galibier avec une trentaine de secondes de retard.

Le Français a alors livré un incroyable numéro pour retrouver les leaders et, même, les contre-attaquer dans la descente. Il nous raconte cette folle descente du Galibier, pas la plus simple ni la plus roulante des Alpes, soit dit en passant :

La descente était très technique, il fallait rester lucide. J’ai pris le temps de récupérer une dizaine de secondes au sommet, j’ai pris un gel, je suis resté concentré deux trois virages et, après, j’ai débranché le cerveau. J’ai juste été à bloc, j’ai pris en point de mire la moto. La seule erreur à ne pas commettre, c’était la chute. Il fallait aller à la limite, c’est ce que j’ai fait. Quand je suis rentré, je suis resté devant parce que j’adore aller vite dans les descentes et c’était aussi pour leur faire voir que j’ai pété… Mais que je suis revenu ! »

Le Français a effectivement scotché ses concurrents, qui ne s’attendaient pas à le voir revenir, ni à le voir placer une contre-attaque – petit coup d’orgueil qui n’a rien changé, mais qui ne fait pas de mal au niveau psychologique. « On n’a pas réussi à lâcher Julian Alaphilippe », soupirait donc, après la ligne d’arrivée, un Geraint Thomas semble-t-il déçu. Thibaut Pinot a aussi ronchonné, évoquant « une journée moyenne, pas une grande journée », puisqu’il n’a « pas réussi à suivre les meilleurs ».

Deux arrivées au sommet qui s’annoncent compliquées

Alaphilippe non plus, mais il a réussi à les rattraper, ce qui est presque aussi bien. Malheureusement pour lui, le Français n’aura pas de descente, ce vendredi ou ce samedi, pour limiter la casse de la montée. « Touché mais pas coulé », Alaphilippe a repris sa métaphore navale pour évoquer les deux arrivées en altitude, à Tignes et Val Thorens : « C’est vraiment du solide… Clairement, j’ai de gros risques de couler. »