Benoît Drujon, le M. Propre de l'équipe Groupama-FDJ sur le Tour de France 2019.
Benoît Drujon, le M. Propre de l'équipe Groupama-FDJ sur le Tour de France 2019. — Groupama-FDJ

CYCLISME

Tour de France 2019: Benoît Drujon, le nettoyeur de clim' qui pourrait faire gagner le Tour à Thibaut Pinot

L'ancien coureur, reconverti dans le nettoyage professionnel, a été engagé par la Groupama-FDJ pour traquer virus et bactéries dans les chambres des coureurs

  • Pour la première fois, l'équipe Groupama-FDJ, afin de protéger son leader Thibaut Pinot, a engagé cette année un nettoyeur professionnel, dont le rôle est de minimiser le risque de contact des coureurs avec les microbes et les bactéries.
  • Elle a confié cette mission à Benoît Drujon, ancien coureur professionnel reconverti dans ce domaine. 
  • Ce dernier nous raconte en quoi elle consiste exactement, et comment il procède chaque jour. 

Si Thibaut Pinot gagne le Tour de France – on a encore le droit de rêver, à l’entame du dantesque triptyque alpestre –, ce sera en partie grâce à lui. On n’ose dire grande (partie), ce serait un peu dur pour toutes les autres petites mains qui font tourner une équipe cycliste, mais l’homme que vous allez découvrir tient une place toute particulière pour la sérénité et la santé de l’actuel 4e du classement général, maillot jaune du chopage de virus au pire moment possible (coucou le podium envolé la veille de l’arrivée du Tour d’Italie 2018). Cet homme se nomme Benoît Drujon, et c’est le « M. Propre » de la Groupama-FDJ.

Cet ancien coureur professionnel (deux saisons chez BigMat-Auber 93, en 2012 et 2013), reconverti dans le nettoyage, s’est vu proposer une mission sur ce Tour : « Minimiser le risque de contact des coureurs avec les microbes et les bactéries », nous explique-t-il. Il l’a acceptée, et passe donc ses journées à traquer la moindre saleté, selon un processus bien établi, qu’il détaille :

  • D’abord, les chambres d’hôtel, où il arrive en fin de matinée.

Etape 1 : « Je commence par les climatisations. Très souvent, c’est plein de poussière et de moisissure, dans les filtres et la turbine qui propulse l’air. Donc je démonte ce qu’il faut, parfois je dois ouvrir le faux plafond pour accéder au groupe qui est encastré. Là on met une bâche pour ne pas en mettre partout, et on pulvérise dedans avec une eau tiède et un dégraissant, pour retirer toutes les traces. Ensuite, on termine avec un produit bactéricide, fongicide et virucide pour bien désinfecter. »

Etape 2 : « Je nettoie, avec ce même produit, mis sur un papier, toutes les poignées de portes et de placards, les télécommandes, les toilettes, le manche du balai à chiottes, tout ! Même si ça vient d’être fait et que ça paraît propre, je repasse partout. »

Etape 3 : « Pour finir, je pulvérise un aérosol, et j’allume la clim' en circuit fermé. Ça forme un micro brouillard dans toute la chambre, qui achève de désinfecter l’intérieur. Je laisse agir 30 minutes, j’aère et c’est bon, les coureurs peuvent venir. »

Toute cette opération prend une bonne heure. Notre nettoyeur en chef la répète ensuite dans les trois autres chambres – quatre chambres doubles accueillent les huit coureurs de l’équipe.

  • Puis le bus de l’équipe, dont il se charge quand tout le monde est descendu à l’hôtel.

« J’utilise le même produit bactéricide, fongicide et virucide. Pareil, je nettoie toutes les portes, toutes les poignées, les douches, les toilettes, la table de massage. Comme ça quand les coureurs remontent dans le bus le lendemain matin, il est niquel. Et tous les deux jours, j’utilise le micro brouillard, avec la clim'. Tout ça créé un environnement hyper sain. »

«On l'appelle L'Effaceur»
«On l'appelle L'Effaceur» - Groupama-FDJ

La Groupama-FDJ est devenue cette année la troisième équipe du peloton à recourir à cette pratique, après Ineos et Jumbo-Visma. Ce sont bien sûr les réflexions autour de la fragilité et des craintes de Thibaut Pinot qui ont tout déclenché. Le directeur du pôle médical Jacky Maillot a suggéré cette idée, validée par tous. Le nom de Benoît Drujon a été soufflé par l’entraîneur David Han, qui l’avait eu sous sa coupe chez BigMat et qui avait eu vent de sa reconversion.

Banco. Il faut dire que le profil de Drujon, ancien cycliste et titulaire du « certificat biocide » (qui permet d’utiliser des produits chimiques pour détruire ou repousser des organismes nuisibles), était aussi parfait que rarissime. « C’est plus simple d’avoir dans son équipe un ancien cycliste que quelqu’un qui n’y connaît rien au monde du vélo », résume l’intéressé, qui a sauté sur l’occasion.

« Les coureurs me disent qu’ils sont plus sereins »

Le Troyen connaît les codes du milieu, et il n’a pas besoin d’un dessin pour prendre la mesure de ce qui se joue autour de lui. Pour l’instant, tout se déroule à merveille. « Les coureurs me disent qu’ils sont plus sereins au quotidien », dit-il. Thibaut Pinot va bien et, surtout, roule très fort. Ou l’inverse. La responsabilité n’en est que plus grande, dans cette dernière semaine caniculaire et décisive, qui pourrait voir Pinot faire tomber une barrière du sport français que l’on imaginait dressée pour toujours.

« J’y pense chaque jour quand je suis en train de nettoyer mes climatisations, glisse Benoît Drujon. Je me donne à fond pour l’aider. D’ailleurs, Marc [Madiot, le manager] l’a dit lors de notre première réunion, avant le départ en Belgique. On fait tous partie de l’équipe, on a tous un rôle à jouer pour que Thibaut aille le plus loin possible. »

Paradoxalement, le « moment de doute » après la bordure d’Albi a encore plus soudé les troupes. Pinot est revenu dans la course, et Drujon n’en rate pas une miette. Ou en tout cas, il essaie. « Quand je suis dans les chambres, je mets la télé, avoue-t-il. Je ne peux pas regarder mais j’entends les commentaires et puis les collègues qui crient en bas, parfois. Je m’arrange pour voir les derniers kilomètres quand ça compte. » Le Tourmalet, il l’a vu, « bien sûr ». Et a apprécié le coup de clim' mis par son leader sur la concurrence (désolé).