«Je rame 17 heures par jour», Emmanuel Coindre raconte ses huit traversées océaniques

EXPLOIT Le Baulois Emmanuel Coindre, âgé de 44 ans, a bouclé il y a un mois une huitième traversée océanique sur son canot, en solo et sans assistance

David Phelippeau

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Emmanuel Coindre au départ de l'Atlantique.
Emmanuel Coindre au départ de l'Atlantique. — ©Overlap
  • Le 14 juin, Emmanuel Coindre a traversé l’océan Atlantique pour la sixième fois seul en aviron.
  • Le Baulois a aussi traversé une fois l’océan Indien et une fois l’océan Pacifique.
  • Pour 20 Minutes, il raconte ce qui le pousse personnellement à réaliser de tels exploits depuis vingt ans.

Il y a un mois, Emmanuel Coindre a bouclé sa huitième traversée océanique à l’aviron en solo et sans assistance : six fois l’ Atlantique, une fois le Pacifique et une fois l’Indien. Des périples qui font du Baulois de 44 ans, le premier homme à avoir traversé avec son canot les trois grands océans à la rame en solitaire et l’actuel détenteur de multiples records. Pour 20 Minutes, il explique ce qui le pousse personnellement à réaliser de tels exploits depuis deux décennies, ses angoisses et ses plus belles rencontres.

Emmanuel Coindre.
Emmanuel Coindre. - ©Overlap

Pourquoi décidez-vous de faire toujours et encore plus de traversées ?

Je navigue par passion, pour le plaisir, pour la vitesse, même si c’est vrai que ce genre d’embarcations est peu dynamique. Mais aussi pour voir, sentir, découvrir. La course au large me plaît. Il y a une notion aussi de dépassement de soi.

Mais, il faut aimer se faire mal pour passer plusieurs mois en mer à ramer…

Oui car je navigue avec discipline. Je rame 17 heures par jour. Sur deux mois par exemple, on peut considérer qu’il s'agit d'une grosse journée, et je vois mes 17 heures de rame comme un objectif au quotidien, sachant que le rythme est de 22 coups de rame par minute. Je dors à peu près 3h30 par jour. En général, je rame 3 heures et je fais 15 minutes de pause. Pendant celle-ci, je peux me faire un thé vert ou citron chaud, faire une petite réparation, prendre une collation ou passer un coup de téléphone.

Vous êtes un sportif ou un aventurier ?

Je suis un sportif. Il y a cet aspect performance qui m’a toujours animé. Même si on est dans un univers magnifiquement beau, je suis concentré sur la performance. Faire marcher le bateau, c’est ça qui me fait plaisir. Ce qui me plaît c’est de partir d’un point A à un point B à la rame et d’essayer d’avoir une lecture optimale de tous les éléments (météo, trajectoire, etc.). Je développe le marin que je suis.

Vous avez conscience que vous réalisez un exploit à chaque fois ?

Je ne parle pas d’exploit mais de performance, même si sur le Pacifique, le mot exploit pouvait correspondre car c’était un gros morceau. D’ailleurs, je suis tombé une fois à la mer. J’ai vu ma vie défiler, c’était assez bizarre. C’était en pleine nuit. Il faisait froid. J’ai glissé sur un côté du bateau. Oui, j’ai vu ma vie, des gens… Et je me suis raccroché au bateau, il est parti en surf deux fois. Je suis remonté ensuite. J’ai trouvé une force folle… Ce n’était pas une peur, mais une vraie angoisse. Cela fait partie du projet, je suis préparé à ça.

Quelles rencontres vous ont marqué ?

Sur la dernière traversée atlantique, j’ai ramé avec des dauphins. Une centaine de mammifères. Il y avait une notion de partage. C’était grand moment d’émotion et ça coupe du quotidien. Toutes les rencontres sont belles car elles ont toutes une résonance, tu n’es pas prévenu. Je me souviens d’un cachalot qui est passé très près de moi un jour, une tortue à qui j’avais pu caresser le dos, une baleine qui me regardait… On va sur mer pour ça. C’est la magie des traversées.

Votre hygiène de vie doit être impeccable ?

Comme un sportif de haut niveau. Je suis végétarien, je ne fume pas et je ne bois pas d’alcool. Je suis un mec chiant quoi (rires). Il faut se mettre un haut niveau d’exigence au quotidien. Faire attention toujours à soi, bien se tenir, bien se nourrir, etc.

Une neuvième traversée c’est possible ?

J’ai toujours la volonté de continuer cette campagne de records en solitaire, mais il faut faire attention à la traversée de trop. Tant que je ne me suis pas à me dire : “Qu’est ce que je fous là sur l’eau ?”, ça va. J’ai encore l’envie et la passion de naviguer.