Océan Atlantique: Les méduses pulmonaires sont de retour en masse sur la côte aquitaine

BIODIVERSITE Avec la hausse des températures, d’impressionnantes méduses rhizostoma pulmo ont été observées en nombre ces derniers jours sur le littoral atlantique…

Mickaël Bosredon

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Méduse rhizostome échouée sur la plage de Soulac-sur-Mer (Gironde), le 8 juillet 2018.
Méduse rhizostome échouée sur la plage de Soulac-sur-Mer (Gironde), le 8 juillet 2018. — M.Bosredon/20Minutes
  • Cette méduse très volumineuse peut atteindre jusqu’à un mètre de diamètre.
  • On peut en voir par dizaines sur certaines plages du littoral atlantique.
  • Elle n’est en revanche pas considérée comme dangereuse.

Avec des températures qui ont allègrement dépassé les 30 degrés le week-end dernier en Nouvelle-Aquitaine, de nombreuses personnes ont pu observer une prolifération de méduses sur la côte aquitaine ces derniers jours. Particulièrement dans le nord Gironde, comme à Soulac-sur-Mer, et en Charente-Maritime.

Plusieurs méduses rhizostome se sont échouées début juillet 2018 sur le littoral Atlantique, notamment en Gironde et en Charente-Maritime.
Plusieurs méduses rhizostome se sont échouées début juillet 2018 sur le littoral Atlantique, notamment en Gironde et en Charente-Maritime. - M.Bosredon/20Minutes

Si le phénomène n’a rien d’exceptionnel, il n’en reste pas moins impressionnant en raison de la taille de ces méduses, et surtout il devrait prendre de l’ampleur dans les années à venir. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Quelles sont ces méduses observées le week-end dernier sur certaines plages du littoral atlantique ?

Il s’agit de rhizostoma pulmo, encore appelée méduse pulmonaire. « Ce sont des méduses massives, gélatineuses et transparentes qui peuvent mesurer jusqu’à un mètre de diamètre », explique  Olivier Brunel, chef du service aquarium au Musée océanographique de Monaco. Celles observées ces derniers jours mesuraient jusqu’à 50 cm.

Les méduses rhizostome pullulent, notamment sur la façade Atlantique, mais ne sont généralement pas très dangereuses.
Les méduses rhizostome pullulent, notamment sur la façade Atlantique, mais ne sont généralement pas très dangereuses. - M.Bosredon/20Minutes

Biologiste à l'aquarium de La Rochelle, Jean-Michel Maggiorani les suit particulièrement car « elles représentent la nourriture principale, sinon exclusive, des tortues luths ». Quand rhizostoma pulmo est là, la tortue luth n’est donc généralement pas loin…

Pourquoi les voit-on si près du littoral ?

« Elles apparaissent dès les premiers coups de chaud : à la faveur d’un réchauffement de la température de l’eau de surface, et à condition que l’océan ne soit pas trop agité, elles se rapprochent pour se nourrir de plancton », explique Jean-Michel Maggiorani. La méduse ne se déplaçant que verticalement, il suffit alors d’un coup de vent ou d’une marée favorable pour qu’elle vienne s’échouer sur la plage. Et il peut y en avoir en abondance. Il n’est pas rare d’en observer plusieurs dizaines prisonnières sur le sable. « Mais cela pose surtout un souci aux pêcheurs, à qui il arrive d’en remonter… 200 ou 300, soit plusieurs tonnes, d’un coup dans leurs filets », insiste le biologiste.

Ces méduses sont-elles dangereuses ?

Les deux spécialistes sont catégoriques sur ce point, « elles ne sont pas dangereuses » bien que potentiellement légèrement urticantes. « Cela ne donne pas très envie de se baigner, car on les distingue bien dans l’eau » admet cependant Olivier Brunel. Malgré tout, Jean-Michel Maggiorani déconseille fortement de les prendre en mains, même lorsqu’elles sont échouées.

Méduse échouée sur une plage de Gironde.
Méduse échouée sur une plage de Gironde. - M.Bosredon/20Minutes

Y en a-t-il de plus en plus ?

Certainement, et cela en raison du réchauffement climatique. « A cause de la surpêche, elles ont aussi moins de prédateurs, qui sont d’habitude la tortue luth, le thon, le poisson-lune ou les grands oiseaux marins », ajoute Olivier Brunel. De surcroît, la tortue a tendance à confondre la méduse… avec les sacs plastiques, de plus en plus présents en mer. « Les méduses se nourrissant de zooplancton, poursuit Olivier Brunel, elles font de la concurrence alimentaire aux jeunes poissons » et créent ainsi un déséquilibre dans l’écosystème marin. Pour lutter contre leur prolifération, « il faut agir à la base, c’est-à-dire sur l’activité humaine [surpêche et préservation des espèces comme la tortue] ».

Quel autre type de méduse trouve-t-on dans les eaux françaises ?

On peut trouver plusieurs espèces de méduses sur nos côtes, comme la méduse œuf au plat. Mais la plus répandue, et la plus connue, est la méduse pélagique, ou Pelagia noctiluca.

La méduse Pelagia, une des nombreuses espèces présentes en Méditerranée.
La méduse Pelagia, une des nombreuses espèces présentes en Méditerranée. - SPLASHDOWN / REX / SIPA

Essentiellement présente en Méditerranée, celle-ci est particulièrement urticante. Plus petite que la rhizostome, elle se distingue par sa coloration rougeâtre/violet et ses longs filaments, qu’elle utilise pour pêcher et… piquer.

Quel geste à faire quand on se fait piquer ?

« Sortir de l’eau, évidemment, puis se rincer… à l’eau de mer et surtout pas à l’eau douce » insiste Olivier Brunel, car cela peut libérer davantage de venin. « On peut ensuite gratter la plaie avec un objet rigide, type carte de crédit, pour enlever les petits morceaux qui sont restés, ou frotter avec du sable. Après on désinfecte. Le mieux est de se rendre en pharmacie. »

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