VIDEO. «La neige tombait alors qu’il faisait plus de 30 degrés», cinq français ont skié à 6.000 mètres d'altitude en Inde

INTERVIEW Le skieur de Serre-Chevalier Maxime Buffet et ses quatre acolytes viennent de rentrer d'un étonnant périple en Inde. Ils ont skié sous un soleil de plomb, sur un sommet de 6.000 mètres jamais gravi

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

— 

Maxime Buffet s'envole au-dessus du campement installé à 5.300 mètres.
Maxime Buffet s'envole au-dessus du campement installé à 5.300 mètres. — David Gouel Photography
  • Le freerider Maxime Buffet et quatre amis ont été les premiers à gravir puis à skier le Tharang II, en Inde, à la fin du mois de mai.
  • Ils ont skié dans des conditions étonnantes, avec, notamment, des températures très élevées.

Vingt jours d’expédition. Des milliers de mètres de dénivelé. Et des centaines d’images dans les yeux. Maxime Buffet, trois amis d’enfance et un compère plus expérimenté viennent de rentrer d’une incroyable expédition en Inde. Le skieur freeride professionnel de Serre-Chevalier raconte à 20 Minutes cette aventure, baptisée « Curry Powder », durant laquelle il a gravi et skié pour la première fois le Tharang II et ses 6.011 mètres d’altitude.

Avez-vous atteint vos objectifs en Inde ?

L’idée, c’était de skier deux sommets à plus de 6.000 mètres. Une fois sur place, on s’est rendu compte que le Tharang I n’était pas skiable : on n’aurait fait que du dérapage, ce n’était pas intéressant. On s’est recentré sur le Tharang II, qui n’a jamais été gravi, mais qui était faisable. Enfin… Il y avait beaucoup de vent, de forts risques d’avalanche, mais on a fini par trouver un couloir !

Ce n’était pas trop compliqué de skier à de telles altitudes ?

Nous avions un camp de base à 3.800 mètres. Puis nous sommes montés en trois fois : 4.300, 4.800 puis 5.300 mètres. Nous sommes restés six jours à cette altitude, nous avons skié autour pour tester les conditions de neige, voir si ce n’était pas trop risqué en termes d’avalanches. Le tout dernier jour de notre expédition, on a tenté le coup de monter au sommet… Et on l’a skié !

Les sensations étaient au rendez-vous ?

On a skié de très belles faces à 5.300 aussi, un beau couloir à plus de 45 degrés, on s’est fait plaisir comme on se fait plaisir chez nous, dans le massif des Ecrins. On a aussi bien transpiré, il fallait monter les charges, les vivres… C’est une facette du ski dont on n’a pas forcément l’habitude : en France, on skie souvent près du domaine skiable !

Maxime Buffet est le premier skieur a avoir dévalé le Tharang II en Inde.
Maxime Buffet est le premier skieur a avoir dévalé le Tharang II en Inde. - David Gouel Photography

Quelles étaient les conditions météo ? On a du mal à s’imaginer à quoi peu ressembler une journée de ski en Inde…

On se levait entre 3 et 5 heures du matin, car les amplitudes thermiques sont impressionnantes. Il fait -10 ou -15 la nuit… Mais entre midi et 14 heures, c’était souvent étouffant : quand il n’y avait pas de vent, il faisait jusqu’à 35 degrés au soleil, comme dans le désert ! On skiait jusqu’à midi et l’après-midi, on se reposait. C’était étonnant de skier au petit matin par des conditions très hivernales et de remonter 100 mètres de dénivelé, vers midi, sous le cagnard. Le plus fou, c’est quand de la neige tombait alors qu’il faisait plus de 30 degrés au sol !

Avez-vous rencontré des difficultés ? Des frayeurs ?

On ne s’est pas fait peur, non ! On a parfois fait demi-tour, quand on voyait des plaques ou qu’on était à deux doigts de l’avalanche. On prenait des grosses marges de sécu pour éviter les grosses galères. J’ai quand même un souvenir qui me revient. Le dernier jour, après avoir fait le sommet, un énorme orage a éclaté… Quand tu es tout seul dans ta tente et que la foudre tombe à 300 mètres, ça fait quand même peur !

Vous avez l’habitude du circuit free ride en compétition… Ça n’avait rien à voir j’imagine ?

En compétition [Maxime Buffet évolue en Free Ride World Qualifyer, l’équivalent de la Coupe d'Europe], la montagne est sécurisée : les pisteurs sont passés, si besoin ils ont déclenché des avalanches. Là, si on prenait la mauvaise décision, on ne pouvait nous en prendre qu’à nous-mêmes ! Mais il y avait trois moniteurs de ski dans la bande, donc pas de souci.

C’était votre première expédition de ce genre… Et ce ne sera pas la dernière ?

On s’est dit ça le dernier jour : on est tous partants pour y retourner l’an prochain ! La vallée du Miyar est un vrai joyau. Et il y a très peu de monde, les gens recherchent le sensationnel et donc les 8.000… Donc on est tranquilles sur nos 6.000 !