Slalom: Sur les traces de Clément Noël, la pépite du ski venue des Vosges après deux beaux cadeaux

SKI ALPIN A 21 ans, le skieur français Clément Noël vient de s'offrir ses deux premières victoires coup sur coup en Coupe du monde. Itinéraire d'un jeune talentueux au style particulier issu de la filière du massif des Vosges...

Bruno Poussard

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Le jeune skieur issu du massif des Vosges, Clément Noël, a remporté ses deux premières victoires en Coupe du monde de slalom en ce mois de janvier.
Le jeune skieur issu du massif des Vosges, Clément Noël, a remporté ses deux premières victoires en Coupe du monde de slalom en ce mois de janvier. — H. Neubauer / APA / AFP
  • A 21 ans, Clément Noël vient de s’offrir sa première victoire en Coupe de monde de slalom puis de doubler la mise devant le monstre autrichien Marcel Hirscher.
  • Pourtant, le jeune et talentueux skieur français n’est pas issu du plus grand des massifs montagneux du pays, mais des Vosges, dans le Nord-Est.
  • Mis sur les lattes un peu après avoir soufflé sa deuxième bougie, le garçon a fait ses classes dans la petite station de Ventron avant de prendre son envol.

Son cadeau est arrivé en retard. A 21 ans, Clément Noël vient de signer sa toute
première victoire en Coupe de monde de slalom devant le monstre autrichien Marcel Hirscher (à Wengen, en Suisse) sept jours après son premier podium. Puis de doubler la mise et pas n’importe où, à Kitzbühel (Autriche), la mythique. Mais devant le public bouillant de Schladming (Autriche), un autre monument, ce mardi soir, il a toutefois enfourché d’entrée.

A la faveur d’une heure plus tardive cette fois, ceux qui l’ont vu grandir dans les Vosges étaient pourtant prêts à profiter pleinement de sa performance. Pas au milieu des pistes pendant une compétition de jeunes régionaux ou en plein service au self d’une petite station, ainsi qu’il en fut parfois ces deux derniers week-ends. C’est qu’à Ventron, où le jeune skieur​ français a débuté et signé sa première licence, ils sont nombreux à avoir crié de joie.

Sur les skis à peine sa deuxième bougie soufflée

S’il a rejoint Val d’Isère et le pôle France de ski alpin d’Albertville (Savoie) à 15 piges, Clément Noël reste un pur produit du massif vosgien. Habitant du Ménil non loin, le talentueux tricolore a trouvé ses premières sensations et des potes sur les pistes de Ventron. Gestionnaire depuis 95 de la petite station fortement enneigée ces jours-ci, Thibaut Leduc se marre : « Ils étaient une bande de gamins à traîner dans nos skis. »

Mis sur les lattes par ses parents après sa deuxième bougie, le garçon d’aujourd’hui 1,91 m a décidé de continuer dans les traces de son frère de six ans son aîné, sa première idole. Alors que Mathieu, pourtant de bon niveau national à l’adolescence, a décidé d’arrêter quelques années après, Clément Noël a poursuivi bien au-delà de ses tout premiers (déjà bons) chronos dans les familiales finales des clubs des Vosges.

Une recherche de fun et de vitesse avec ses copains

De ses premiers cours à l’ESF à son entrée à l’US Ventron (avec un an d’avance) à 6 ans en 2003, le jeune, discret, était à la cool malgré un sacré talent, à en croire Robert Gégout, ex-président du club : « Il voulait s’amuser et aller vite. Il demandait toujours à descendre la Capatte [plus grosse piste de la station]. S’il paraissait un peu nonchalant, il écoutait toujours pour aller en bas sans problème. Et il gagnait facilement. »

Du skieur déjà grand, le responsable de l’USV de 1992 à 2014 se souvient des « petits piquets » de slalom dans lesquels il a commencé en « passant tout droit dedans ». A la tête du pôle Espoirs régional de Gérardmer qui l’a couvé de 14 à 15 ans, Christian Meyer garde, lui, en tête la « vitesse de jambes », la « réactivité importante » ou la « notion du timing et du rythme » du jeune déjà branché slalom. Puis complète, côté technique :

« Il aime prendre les trajectoires les plus courtes. Très jeune, il avait déjà une capacité à raccourcir ses boucles [entre chaque piquet] avec une bonne hauteur de ligne. »

 

Clément Noël
Clément Noël - Morry Gash/AP/SIPA

Un style à part en slalom développé tout jeune

Outre son style à part et son « placement fantastique sur les skis, comme son frère » dixit Thibaut Leduc, Clément Noël a aussi un « mental monstrueux ». Il en a fallu au jeune Vosgien pour supporter les innombrables heures de route fréquentes jusque dans les Alpes françaises pour des compétitions ou jusqu’en Autriche (comme nombre de skieurs vosgiens) où ses parents avaient, semble-t-il, leurs habitudes sur le glacier Kaunertal.

Clément Noël n’a d’ailleurs pas attendu son premier titre de champion de France (en benjamin) pour être détecté par les instances du ski français dans le petit massif du Nord-Est. Au comité départemental puis régional, il a travaillé « ses qualités fortes en slalom, tout en bossant le géant », selon les précisions de Christian Meyer. L’engagement des encadrants et plusieurs talentueux copains de son âge l’ont aidé à se transcender.

Les fruits d’une politique réorganisée pour les plus jeunes au début des années 90 dans le massif, selon le responsable du pôle Espoirs vosgien : « Depuis 98-99, dix athlètes ont intégré le pôle France. On a semé pas mal de graines. » Et depuis 2001, les structures locales sont aidées financièrement par une association de partenaires souhaitant soutenir l’entraînement des jeunes pousses. Son président, Thibaut Leduc, reprend :

« Il s’agit d’aider à professionnaliser leur activité sur l’année, avec un encadrement en préparation physique, proprioception ou coordination par exemple… Quand on voit la vitesse de pied de Clément Noël en Coupe de monde, on se dit que ce travail n’a probablement pas été anodin. »

Un exemple pour le ski vosgien, structuré pour les plus jeunes

Grâce à de bonnes relations avec le pôle France de ski alpin et à une famille d’accueil savoyarde, le meilleur slalomeur français à 15 ans a pris seul la direction des Alpes, encouragé par les siens. Quatrième des Mondiaux juniors à 17 ans, celui qui est désormais surnommé Flantier [car son nom est le prénom du héros d’OSS 117] a un temps plafonné au niveau européen avant d’intégrer, deux ans plus tard, le groupe de Coupe du monde des Julien Lizeroux, Jean-Baptiste Grange et Alexis Pinturault.

Sans oublier d’aller chercher une mention Très bien au bac (S) avant d’entamer un DUT Tech de co, le Lorrain a alors repris sa fulgurante ascension : champion du monde junior puis quatrième des JO début 2018, avant ce mois de janvier de fou. Entretemps, ses supporters vosgiens sont restés prudents. « Rien n’est acquis, la blessure faisait peur à tous, en ski, ça va vite, raconte Thibaut Leduc. Mais quand il a commencé à claquer en Coupe du Monde, on s’est dit que ça allait le faire. Il a eu une constance dans son travail et une motivation qui ont peut-être fait la différence. »

L’année dernière, ses fans étaient montés à Adelboden (Suisse) pour le supporter depuis Ventron. Cette année, ils ont préféré le laisser le plus concentré possible. « On rentre dans la période de respect du grand champion qu’il est », estime Thibaut Leduc. Pour autant, tous savent qu’il « restera humble » et « ne prendra pas la grosse tête », affirme Robert Gégout. Même si, dans le massif, Clément Noël est déjà un exemple. « C’est un gros coup de boost, ça fait rêver les gamins », reprend Christian Meyer. Plus près de lui, d’autres Vosgiens (en plus de techniciens du massif salariés de la Fédération), comme Thibaut Favrot et  Victor Schuller, frappent aussi à la porte.