Skiopen Coq d’Or: Sur les traces des champions du ski français de demain à l'Alpe d'Huez

SPORT 1.650 jeunes de 10 à 14 ans participent jusqu’à samedi en Isère à la prestigieuse compétition, qui a révélé depuis 22 ans la plupart des meilleurs skieurs tricolores…

De notre envoyé spécial à l'Alpe d'Huez, Jérémy Laugier

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1.650 jeunes répartis entre les catégories U12 et U14 s'affrontent au total à l'Alpe d'Huez jusqu'à samedi.
1.650 jeunes répartis entre les catégories U12 et U14 s'affrontent au total à l'Alpe d'Huez jusqu'à samedi. — Agence Zoom

« Ça commence ici… » Vainqueur en 1994 à l’Alpe d’Huez du tout premier Skiopen Coq d’Or à 14 ans, Gauthier de Tessières est de retour ce jeudi sur une compétition ayant vraiment compté dans sa carrière. Parmi les 1.650 skieurs de 10 à 14 ans s’affrontant jusqu’à samedi dans la station iséroise, « il y a forcément des graines de champion », assure le vice-champion du monde de super-G en 2013. La grande particularité de cette véritable détection est d’accueillir pour des épreuves de slalom géant, slalom parallèle et skicross, des jeunes licenciés à la fédération mais aussi des talents repérés grâce aux ESF.

« Le Coq d’Or n’oublie personne, apprécie Gauthier de Tessières. Tous les profils peuvent réussir ici. A 14 ans, j’étais le petit citadin de Clermont et cette détection m’a permis de décoller. Elle a aussi motivé mes parents à me laisser me rapprocher des montagnes. » Une trajectoire partagée par Marie Marchand-Arvier, vice-championne du monde de super-G (2009) elle aussi, après une enfance passée à Nancy. « L’idée a toujours été de confronter les enfants des stations et les enfants issus de la filière ESF. Parmi eux, il n’y a pas que des débutants », rappelle Eric Gravier, organisateur du Skiopen Coq d’Or, auquel ont participé tous les skieurs actuels de l’équipe de France, sauf Julien Lizeroux, âgé de plus de 14 ans au moment de la première édition.

Gauthier de Tessières est présent sur le Coq d'Or, 22 ans après avoir remporté la première édition.
Gauthier de Tessières est présent sur le Coq d'Or, 22 ans après avoir remporté la première édition. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Le freeride est une très bonne école »

Dans les faits, est-il vraiment possible de concurrencer les enfants des Alpes lorsqu’on vit par exemple en région parisienne ? « La haute compétition demande de venir pratiquer a minima lors des vacances de Noël, février et Pâques, mais aussi les week-ends. Il faut ce rythme-là pour s’approcher du niveau des jeunes des stations », reconnaît Eric Gravier. C’est pourquoi la famille Estienne a choisi de quitter Marseille pour s’installer à Megève en 2011. A 11 ans, Marie entrera en lice vendredi sur le Coq d’Or et vise « un Top 10 ou un Top 5 » en U12, alors que son frère Quentin (15 ans) a rejoint le pôle France à Albertville.

« Nous faisions la route tous les week-ends pour venir skier dans les Alpes et le club de Megève lui a proposé de s’inscrire, à condition qu’il vienne habiter là. Nous sommes donc montés vivre à la montagne à cause de Quentin, ou plutôt grâce à lui », sourit Bruno Estienne. Ce sudiste a fait le choix d’initier très tôt ses deux enfants aux joies de la poudreuse. « Le freeride est une très bonne école qui leur apprend à s’adapter à tous les contextes de neige. En plus, il existe maintenant du matériel adapté aux juniors », apprécie cet ancien numéro 5 français de planche à voile.

Marie Estienne, ici avec ses parents, suit les traces de son frère Quentin (15 ans, membre du pôle France de ski à Albertville.
Marie Estienne, ici avec ses parents, suit les traces de son frère Quentin (15 ans, membre du pôle France de ski à Albertville. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Le ski est ultra-élitiste »

« L’âge d’or de l’apprentissage se situe entre 6 et 8 ans, mais pas avant », explique de son côté Eric Gravier. Très présents sur le Coq d’Or, les parents s’agitent souvent en bas des pistes, conscients que l’éventuelle carrière de leur enfant pourrait commencer à se dessiner en cas de grosse performance cette semaine à l’Alpe d’Huez. « De nombreux parents projettent leur passion sur leur gosse », constate Edouard Crutel, venu accompagner son fils Marius, licencié au club de La Clusaz et éliminé en U14 mercredi suite à une chute. Celui-ci sera très vigilant au sujet du parcours scolaire d’Edouard, actuellement en 5e, qui s’entraîne quatre fois par semaine.

« Je ferai attention à ce qu’il ne laisse jamais tout tomber juste pour le ski. Car ce serait forcément aller dans le mur à terme », confie ce Haut-Savoyard, qui considère le ski comme une discipline « ultra-élitiste ». « Ça l’est en raison d’une cotisation annuelle au club entre 900 et 1.000 euros, en plus des stages qui sont payants aussi. Mais c’est aussi élitiste sur le nombre de jeunes que le club conserve chaque année. Ils étaient 16 en poussins 2 et ils ne sont plus que 8 en benjamins 1. » Désormais consultant pour Eurosport, Gauthier de Tessières dresse tout de même un implacable constat : « Il ne faut pas rêver, tu ne peux pas devenir docteur en faisant du ski à haut niveau, avec 200 ou 250 jours par an à l’étranger… »

Marius Crutel, qui aura 13 ans en mai, a chuté en fin de course mercredi alors qu'il était en tête des pré-qualifications.
Marius Crutel, qui aura 13 ans en mai, a chuté en fin de course mercredi alors qu'il était en tête des pré-qualifications. - Jérémy Laugier/20 Minutes