Roland-Garros: Et si le tournoi avait enfin trouvé la solution pour éviter les tribunes vides?

TENNIS Le souci des sièges vides, notamment en loges, est un vrai casse-tête pour les organisateurs de Roland-Garros

Nicolas Stival

— 

Demi-finale de Roland-Garros entre l'Américaine Amanda Anisimova et l'Australienne Ashleigh Barty. Ce n'est pas la folie sur le court Suzanne-Lenglen.
Demi-finale de Roland-Garros entre l'Américaine Amanda Anisimova et l'Australienne Ashleigh Barty. Ce n'est pas la folie sur le court Suzanne-Lenglen. — Christophe Archambault / AFP
  • Comme chaque année, l’édition 2019 de Roland-Garros a été confrontée au phénomène des sièges vides, en particulier en loges sur les courts Philippe-Chatrier et Suzanne-Lenglen.
  • Directeur du tournoi, Guy Forget évoque un système de « surbooking » pour tenter d’y remédier.

A Roland-Garros,

Avant même la finale Nadal-Thiem, la Fédération française de tennis et Roland-Garros ont fait le bilan, calmement, de l’édition 2019. « C’est une satisfaction globale », assure sans surprise ce dimanche Bernard Giudicelli. Le président de la FFT est déjà pressé d’être en 2021, pour « la livraison du plus beau stade du monde », qui sera, forcément, « écoresponsable ».

Les travaux reprendront « dès le 21 juin », avec la destruction – ou plutôt « la déconstruction » dixit Giudicelli – du mythique court numéro 1 et l’installation du fameux toit au-dessus du Chatrier, qui entrera en fonction dès l’édition 2020, un an avant les sessions de soirée.

Bernard Giudicelli, président de la FFT, et Guy Forget, directeur de Roland-Garros, encadrent la légende Rod Laver, le 7 juin 2019.
Bernard Giudicelli, président de la FFT, et Guy Forget, directeur de Roland-Garros, encadrent la légende Rod Laver, le 7 juin 2019. - Christophe Saïdi / Sipa

Tout ça est alléchant, mais le sera encore plus si l’enceinte est remplie tout le temps. Les images de tribunes clairsemées Porte d’Auteuil constituent désormais un marronnier, au même titre que le prix des fournitures scolaires à la rentrée ou que le palmarès annuel des hôpitaux et des lycées. Un phénomène d’autant plus incompréhensible que toutes les places pour le grand public sont écoulées dès leur mise en vente.

« On ne peut pas se permettre de refuser ces partenaires »

D’où le courroux de nombreux fans de tennis assignés à leur canapé, pendant que les VIP invités par des entreprises préfèrent reprendre du tiramisu au resto. « On essaie de trouver de nouveaux moyens pour remplir des loges parfois vides, indique Guy Forget, le directeur du tournoi. On ne peut pas se permettre de refuser ces partenaires, qui paient les billets un peu plus chers. »

Le constat est sociologique, selon le patron des lieux. « Les gens consomment un peu différemment aujourd’hui, ils ont du mal à rester huit ou neuf heures assis sur un fauteuil. » Quelle solution pour compenser cette tendance à la bougeotte qui fait tache à la télé ? Le surbooking, « comme dans les compagnies aériennes », rétorque Forget. Les entreprises locataires des loges feraient venir des clients en première partie de journée et « il y aurait une deuxième fournée après le déjeuner ».

On s’en doute, il n’est pas question de renoncer à ces loges, vitales pour la FFT, comme le détaille Giudicelli.

« Si l’on ne vend que des entrées générales, sans prestation d’hospitalité, l’économie du tournoi et de la FFT se trouveraient affaiblies. Il n’est pas sûr qu’il y aurait le même prize money et on ne pourrait pas assurer les investissements dans le stade. Entre 2008 et 2021, la Fédération aura investi 500 millions d’euros sur ses fonds propres pour la modernisation du stade ! »

Le président évoque aussi une manne nécessaire pour « le développement du tennis sur le territoire » et « la formation des jeunes ». Bon, assez tapé sur les riches, passons aux visiteurs lambda (enfin, assez fortunés quand même pour se payer une place au stade). Voir des matchs de prestige à Roland-Garros démarrer devant une chambrée digne du Futures de Montaillou constitue un crève-cœur pour tout amoureux de tamis et de surgrip.

« Dès mardi, on va s’atteler à ce dossier, promet Bernard Giudicelli. On va reprendre toutes les données, tous les flux. » « Nous devons faire évoluer notre dispositif, glisse-t-il. Personne ne peut croire que les gens ont payé leurs billets pour ne pas voir les matchs. »

Des spectateurs un peu touristes sur les bords

Le patron de la FFT tente une explication conjoncturelle, en plus de reprendre à son compte l’analyse de Forget sur l’incapacité de l’« homo tennisticus » contemporain à rester « plus de huit heures dans son siège ». « Les gens sont venus voir les nouveautés, les améliorations de Roland-Garros. Beaucoup de personnes sont allées visiter le court Simonne-Mathieu sans y avoir accès. »

Dès 2021, l’organisation de sessions de soirée sur le Chatrier apportera un début de solution, même limitée, selon Forget. « Des personnes qui auront travaillé pendant la journée viendront le soir et arriveront à l’heure, vers 20 h 30-21 h, pour assister à 2 heures ou 2 h 30 de tennis. » Au-delà, ça commence à faire trop long, visiblement.