Jérémy Chardy et Fabrice Martin, lors de leur victoire au tournoi de Doha, au Qatar, le 6 janvier 2017.
Jérémy Chardy et Fabrice Martin, lors de leur victoire au tournoi de Doha, au Qatar, le 6 janvier 2017. — Nikku / Xinhua / Sipa

SPORT

Roland-Garros: Potes d'enfance, perdus de vue puis finalistes du double... Jérémy Chardy et Fabrice Martin, un beau roman d'amitié

Les Français Jérémy Chardy et Fabrice Martin disputent ce samedi la finale du double à Roland-Garros, face à la paire allemande Krawietz-Mies

  • Jérémy Chardy et Fabrice Martin visent leur premier titre en Grand Chelem ce samedi en finale du double à Roland-Garros, face aux Allemands Kevin Krawietz et Andreas Mies.
  • Amis depuis l’enfance, le Palois et le Bayonnais s’étaient éloignés avant de se retrouver sur le circuit.
  • Si Chardy privilégie toujours sa carrière en simple, Martin a totalement basculé sur le double.

A Roland-Garros,

Après la paire Mahut-Herbert en 2018, un autre double français pourrait gagner Roland-Garros cette année. Jérémy Chardy et Fabrice Martin sont opposés ce samedi en finale aux Allemands Kevin Kravietz et Andreas Mies. « C’est tellement énorme », s’enthousiasme Martin. Car les deux amis d’enfance du Sud-Ouest, âgés de 32 ans, n’étaient pas du tout programmés pour vivre un tel épilogue.

Longtemps perdus de vue

Une enfance partagée, puis la séparation, avant les retrouvailles. Non, on ne parle pas de Rox et Rouky, mais de Jérém’et Fab’. Chardy le Palois et Martin le Bayonnais ont quasiment fait leurs premiers pas sur les courts ensemble, à huit ans, lors des rassemblements des meilleurs jeunes des Pyrénées-Atlantiques. « On venait du même département, et on s’entraînait une fois par semaine ensemble, raconte Chardy. Après, Fabrice est parti en Colombie. »

A douze ans, Martin a suivi sa famille, en Amérique du Sud pendant deux ans, puis aux Etats-Unis. « On s’était un peu perdus de vue car j’ai tenté ma chance en simple mais je ne suis pas monté trop haut », développe l’ancien 228e mondial, en juillet 2012. Pendant que Chardy, 25e au mieux en janvier 2013, 41e aujourd’hui, faisait son trou sur le circuit ATP, Martin écumait les Challengers et les Futures, la deuxième et la troisième division du tennis. Forcément, ils ne se croisaient pas tous les jours.

Pour espérer « faire de gros tournois et vivre du tennis », le Bayonnais de naissance, qui se partage aujourd’hui entre l’Hérault et la Floride, s’est alors consacré au double « voici quatre-cinq ans ». Le temps de monter au classement pour être admis dans les tableaux, et le sosie de l'acteur Arnaud Ducret  a atteint son premier but : « arriver dans le Top 100 pour retrouver mon Jérémy », s’esclaffe-t-il. « Etre en finale d'un Grand Chelem avec lui, c’est mon rêve. »

Des intérêts divergents

On l’a compris, Fabrice Martin vit, mange et dort double. Pas vraiment le cas de Jérémy Chardy. « J’adore jouer en double, surtout avec Fabrice. Mais pour moi, le plus important c’est le simple. » Outre un anecdotique Wimbledon juniors, bâché dès le premier tour, l’association a pris corps à Indian Wells, voici trois ans. « Depuis, on essaie de jouer ensemble le plus souvent possible, indique Martin, 58e mondial de la spécialité (Chardy est 59e). On est vraiment à fond cette année. »

Surtout lui bien sûr, mais le duo basco-béarnais a déjà enlevé depuis janvier les tournois de Marseille et d’Estoril, deux ans après un titre à Doha, en attendant, peut-être, la consécration ce samedi. « Quand on joue ensemble, on peut battre n’importe qui, assure Chardy. On est complémentaires. » C’est-à-dire ? « Il est grand [1,98 m], je suis petit [1,88 m quand même], se marre le Palois. Il est gros [100 kg], je suis mince [75 kg]. Il sert bien, je sers mal. Je retourne bien, il retourne mal. Il sait faire des volées, pas moi. Je vais vite, il va doucement. »

Mais surtout : « C’est une force d’être de vrais potes, il n’y en a pas beaucoup sur le circuit. Quand on n’est pas ensemble, on s’appelle tout le temps. »

Des adversaires très spéciaux

Kevin Kravietz (27 ans) et Andreas Mies (28 ans). A moins d’être un spécialiste du double et/ou du tennis allemand, cela ne vous dit sans doute rien. Martin, lui, les connaît par cœur. « J’ai joué à Genève avec Mies la semaine dernière, sourit-il. Et la semaine d’avant, j’ai perdu en finale contre eux avec un autre partenaire [l’Allemand Andre Begemann], sur un Challenger en Allemagne, à Heilbronn. »

« Fabrice, c’est l’un de mes meilleurs amis sur le circuit, lance Andreas Mies. On s’est vus tous les jours à Roland-Garros, et on se disait que ce serait drôle de se retrouver en finale. »

Dans le vestiaire, après leur demi-finale respective, les deux potes se sont pris dans les bras, « en se souhaitant bonne chance ». A noter que Martin a aussi disputé un tournoi associé à Kravietz, son autre adversaire ce samedi ; le Futures de Trente, en mars 2014, que l’attelage très ponctuel avait remporté.

Et ensuite ?

Une chose est certaine : Chardy ne fera pas Wimbledon en double. « D’ailleurs, on lance un appel : Fabrice cherche un ami pour "Wimb'" », rigole-t-il. Mais ce parcours à Roland a donné des idées à celui qui a chuté ici dès le premier tour en simple. « Si je peux avoir une chance de jouer le Masters de la spécialité, je vais peut-être disputer plus de doubles alors qu’il était prévu que je n’en joue presque plus après Roland. »

Le Béarnais en profite pour lancer un appel au nouveau capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, encore un grand sourire aux lèvres. « Ce n’est pas la peine que Sébastien Grosjean cherche une équipe de double. Nous jouons ensemble, pas les autres. Le choix est plus simple. »

Martin ne va pas se plaindre des bonnes dispositions de son pote. Lui qui avait notamment opté pour le double faute de bien gagner sa vie en simple va se partager avec Chardy 580.000 euros en cas de victoire en finale, et 290.000 s’il y a défaite.