Roland-Garros: «Ambiance incroyable», «atypique», «historique»… Requiem pour le court n° 1, qui vit ses derniers jours

TENNIS Dans le cadre de la métamorphose en cours de Roland-Garros, le court numéro 1 va être détruit après près de 40 ans d'existence

N. S. avec W. P.

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Le court n°1 de Roland-Garros le 1er juin 2019, avant sa destruction programmée.
Le court n°1 de Roland-Garros le 1er juin 2019, avant sa destruction programmée. — Anne-Christine Poujoulat / AFP
  • Créé en 1980, le court numéro 1 de Roland-Garros sera détruit à l'issue de cette édition.
  • Un Jardin des Mousquetaires sera aménagé à la place, au coeur du complexe de la porte d'Auteuil.
  • Des joueurs, actuels ou anciens,  se souviennent de cette étonnante arène à l'ambiance unique.

A Roland-Garros,

La nostalgie se porte bien, à Roland-Garros comme ailleurs. Ainsi, le sablier avec de la terre battue du court n° 1, vendu 25 euros, est en rupture de stock. Associée à BNP-Paribas, la Fédération (FFT) a lancé une collection spéciale pour célébrer cet endroit mythique de la Porte d’Auteuil, promis à la destruction au terme de cette édition 2019. Tous les fonds récoltés doivent être reversés à l'association Fête le mur.

Victime de l’agrandissement du tournoi, l’enceinte en forme d’amphithéâtre va être rasée pour laisser place au jardin des Mousquetaires, qui sera achevé en 2021 et s’étendra sur près d’un hectare, au cœur du formidable outil de la FFT.

Les regrets de Gasquet

Certains regrettent déjà le n° 1, comme Richard Gasquet. « C’est un super court avec beaucoup d’ambiance, qui a accueilli de gros matchs. Historiquement, c’est le plus rapide du tournoi. Il y a un son particulier de la balle. Je n’ai pas joué énormément de matchs dessus, peut-être la finale des juniors [en 2002]. Mais c’est un peu dommage qu’il disparaisse. »

Lors de sa création en 1980, celui que l’on appelait alors central-bis affichait la deuxième plus grande capacité du complexe avec 3.800 places. Il a été dépassé depuis par le Suzanne-Lenglen, inauguré en 1994, et par le flambant neuf Simonne-Mathieu. Le lieu où Rafael Nadal et Gustavo Kuerten ont écrit leurs premières pages glorieuses à Paris n’est plus cette année qu’un court annexe, qui terminera son existence dimanche avec un tournoi de tennis sur jeux vidéo.

Son dernier grand moment restera le Wawrinka - Dimitrov du troisième tour, initialement programmé sur le Lenglen et joué sur deux jours pour cause d’interruption nocturne. « Il y avait une atmosphère, une ambiance incroyable, s’était félicité Stan-the-Man après son succès. Quand ils nous ont déplacés dans ce court, je savais que cela allait être rempli. »

Pourtant, le Suisse ne versera pas une larme sur l’enceinte. « Quand on change des choses dans un tournoi, on essaie d’en améliorer certaines, on doit en faire disparaître d’autres. Cela fait partie de l’évolution d’un tournoi. Quand on voit le nouveau terrain [Simonne-Mathieu], il est magnifique. Je trouve très bien ce que fait Roland-Garros. »

Les souvenirs de Clément

Arnaud Clément, lui, a déjà le cœur serré quand il imagine les bulldozers commencer leur besogne. « C’est un court où je n’ai pas énormément joué mais j’en garde un certain souvenir, parce que c’est là-bas que j’ai disputé mon dernier match dans ce tournoi, se rappelle l’ancien numéro 10 mondial, défait en cinq sets par David Goffin au deuxième tour, en 2012. C’est un court atypique, qui avait sa propre histoire. La version officielle, c’est que le Simonne-Mathieu sera son héritier naturel. On verra. L’acoustique ne sera pas la même. »

Au sommet du court numéro 1, les vainqueurs hommes et femmes ont leurs noms inscrits sur la pierre.
Au sommet du court numéro 1, les vainqueurs hommes et femmes ont leurs noms inscrits sur la pierre. - Nicolas Stival / 20 Minutes

 

Consultant Eurosport comme Clément, Boris Becker a remporté tous les tournois du Grand Chelem (six au total) à l’exception de Roland-Garros. Pas réputé pour avoir le pied terrien, « Boum-Boum » garde pourtant lui aussi un souvenir ému du numéro 1. « Je suis un peu triste. J’aime ce court, il est historique et je crois que je n’ai jamais perdu dessus. Je comprends l’évolution, il y a besoin de plus d’espace pour les gens. Ils devraient conserver les pierres avec tous les champions de Roland-Garros écrits dessus. »

Quel avenir pour les pierres des vainqueurs ?

C’est mal parti, si l’on en croit Clément. « Tout le monde aimerait bien garder ces pierres, je crois que Rafael Nadal a demandé la sienne. Mais il me semble que ça ne sera pas possible de démolir le court et de les déplacer, en tout cas pas toutes. Elles sont extrêmement lourdes. » Les plus gros fans du numéro 1 tenteront sans doute au cas où de fouiner sur eBay ou Le Bon Coin dans les prochaines semaines, si les sabliers ou les pochettes à base de bâches du court mythique ne leur suffisent pas.