Roland-Garros: Galères personnelles, abonné aux 2e tours... Zverev est de retour en quarts et c'est presque un miracle

TENNIS Sascha Zverev avait disparu des radars et le revoilà en quarts à Roland-Garros

William Pereira

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Alexander (Sascha) Zverev
Alexander (Sascha) Zverev — Susan Mullane-USA TODAY Sports/S/SIPA
  • Alexander Zverev joue contre Novak Djokovic en quarts de finale de Roland-Garros
  • Un petit miracle pour l'Allemand, auteur d'un début de saison chaotique

De notre envoyé à Roland-Garros,

Que Sascha Zverev prenne garde : à force d’avoir 17 ans, le jeune Allemand commence à en avoir 22, mine de rien. Et s’il compte déjà le Masters dans sa besace, il n’a toujours pas fait mieux que quart de finaliste en Grand Chelem à Roland-Garros. Performance qu’il a justement égalée en se défaisant sans trop trembler de l’imprévisible Fabio Fognini, lundi. Manque de pot, Novak Djokovic se dresse maintenant sur sa route et on a du mal à l’imaginer écarter le Serbe pour s’offrir un nouveau record personnel à Paris.

Pour une fois, s’il perd, on trouvera ça normal et personne ne lui en voudra plus que ça. Parce que Nole est une machine (aucun set perdu jusqu’ici) autant que parce que la saison de Zverev ne laissait pas présager un quart à Roland. Avant le 20 mai, date du début de l’ATP 250 de Genève qu’il a remporté, son bilan en 2019 se résumait à 15 victoires pour 10 défaites. Parmi ses bourreaux, on trouve quelques pépites :

- David Ferrer (155e mondial en pré-retraite) en trois sets au 2e tour du Masters 1000 de Miami

- Jaume Munar (60e mondial) en trois sets au 2e tour à Marrakech

- Nicolas Jarry (83e mondial) au 2e tour à Barcelone

Derrière cette nouvelle passion pour les éliminations au deuxième tour se cache une question: « Alexander Zverev serait-il devenu naze ? ». Impossible, on ne peut pas être le joueur le plus talentueux à débarquer sur le circuit ATP depuis Richard Gasquet et devenir une tanche du jour au lendemain. On le sait inconstant, ami de Kyrgios avec qui il partage une certaine passion des craquages de fusibles intempestifs ( coucou le juge de ligne de Wimbledon), mais le problème va bien au-delà de la crise d’ado à rallonge.

L’intéressé avouait ne pas comprendre ce qui lui arrivait avant son entrée en matière à Munich, au mois d’avril : « quand je m’entraîne, je me sens bien, mais quand je rentre sur le court pour un match officiel, je ne sais pas ce qu’il m’arrive, les choses ne se passent pas comme je le souhaiterais. » Le bonhomme finira par trouver la raison de ses maux dans un grand chelem de problèmes personnels.

  • Sa copine l’a plaqué
  • Son père a été malade au point d’avoir dû être hospitalisé
  • Il s’est séparé de son agent, Patricio Apey (qui gérait auparavant les intérêts de Murray) et des poursuites ont été engagées. Zverev n’a depuis plus d’agent.


Plus de copine, plus d’agent, plus de coach

Le marmot s’est donc d’un coup retrouvé tout seul sur le circuit à un moment où son second coach Ivan Lendl ne pouvait pas le suivre. Forcément quand on est habitué à être le centre de gravité d’une immense structure, ça fout un coup au moral. Mais ça vous forge aussi un caractère. « Je pense que ça y est, je suis adulte », s’en est réjoui le grand blond juste après sa qualification contre Fognini. Et comment on passe à l’âge adulte ? En s’occupant de sa paperasse, bien sûr. Après Johanna de la Konta, place à Sascha du pôle RH.

« J’ai dû faire beaucoup de choses que je ne ferais pas d’habitude. Beaucoup de questions d’administration, des éléments juridiques, avocats, et autres. Je ne sais pas si vous connaissez la situation avec mon ancien manager. Cela n’a pas été facile. Un peu déconcentré par rapport au tennis mais je suis en quarts de finale ici, donc il semble que quelque chose fonctionne bien. »

On ne s’attardera pas trop sur son jeu, beaucoup plus agressif qu’à ses heures sombres. Une volonté d’Ivan Lendl, de retour à son chevet. « Vous avez vu les balles de break que j’ai eues [contre Fognini]. Je les ai gagnées de manière agressive. C’était une bonne chose. Je suis content. » Et relâché… grâce à Stéfanos Tsitsipas, dont l’éclosion a détourné l’œil de Sauron et délesté ses frêles épaules.

« Tsitsipas est la meilleure chose qui me soit arrivée. Il est devenu la superstar, et pour moi c’est bien de ne pas avoir à porter toutes les attentes de la nouvelle génération. » Zverev, cœur léger et jambes légères espère-t-il, contre Novak Djokovic. « Le quart de finale l’année dernière s’est malheureusement mal terminé pour moi puisque j’étais blessé. Mais j’espère avoir un super match à venir », concluait-il lundi. Ça lui changera des deuxièmes tours contre Jaume Munar en ATP 250, en tout cas. Faudra bien penser à se mouiller la nuque.