Roland-Garros: Et si on assistait au «grand final» de la rivalité Federer-Nadal?

TENNIS La rivalité entre Nadal et Federer va connaître son plus grand épisode depuis Melbourne 2017, mais semble toucher à sa fin

William Pereira et Nicolas Stival, avec G.B

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Federer et Nadal, en 2017
Federer et Nadal, en 2017 — Andy Wong/AP/SIPA
  • Rafael Nadal et Roger Federer s’affrontent pour la première fois depuis 2017
  • La rivalité entre les deux joueurs touche à sa fin, qu’on le veuille ou non
  • La question étant, quelle fin veut-on pour cette rivalité ?

« Nadal-Federer ? C’est un classique, un historique du tennis ». Tout ancien vainqueur de Roland-Garros qu’il est, Juan Carlos Ferrero, croisé aux abords du court numéro 4 après un entraînement, reste un aficionado de la balle jaune. Et comme tout bon fan, ça faisait huit ans qu’il attendait ça. Une éternité. Le dernier Roger-Rafa, Porte d’Auteuil, remonte à si loin que pour être honnête, on avait fini par ne plus trop y croire de notre côté. On en était même venu à se contenter du retour du Suisse à Roland après deux années à boycotter la terre battue en se disant qu’il atteindrait la deuxième semaine et finirait par rendre les armes en quarts. Tout le monde était conscient que le tableau pouvait offrir un 39e affrontement en demie, mais personne ne l’envisageait sérieusement.

Pas le journaliste d’El Mundo Javier Martinez, en tout cas. « C’était quand même déjà assez improbable que les deux se retrouvent à Roland-Garros, encore plus en demi-finale. » Un peu comme si on nous annonçait une suite de Star Wars trente-deux ans après l’épilogue. Car au fond, cette rivalité n’est rien d’autre qu’une saga ou une série genre Game of Thrones, un truc épique proche de la fin dont on attend qu’elle vienne confirmer ou infirmer avec panache nos théories comme :

  • Nadal gagnera la guerre en restant invaincu dans son domaine face au Suisse
  • Federer va faire tomber Nadal à Roland et rétablir l’équilibre dans la force

Et comme toute série qui se respecte, les attentes autour de la fin de cette rivalité divergent en fonction des personnes interrogées. Par exemple, dans les allées du stade, la tendance est plutôt à « on espère un miracle, une intervention divine pour que Federer gagne demain [vendredi] et que ça se termine sur ça », dixit, main dans la main, Lise et Cédric jeune couple de Federeristas.

« Ce serait la plus belle sortie qu’on puisse imaginer »

L’analyse de l’ancien journaliste de France TV, Lionel Chamoulaud, est un tantinet plus poussée et transpire le vécu. Toutes ces années à vibrer au rythme des coups-droits de l’un et des revers de l’autre, forcément ça vous inspire : « Imaginons la chose la plus logique. Si c’était le dernier Roland-Garros de Roger Federer, et qu’il venait à perdre contre Rafael Nadal, ce serait la plus belle sortie qu’on puisse imaginer. Je pense qu’il n’envisageait pas forcément d’être en demi-finale. Si jamais il avait été battu par Wawrinka, ça n’aurait pas eu beaucoup d’éclat. » Et de poursuivre : 

S’il est sorti par ce qui se fait de mieux sur terre battue depuis que le tennis existe, sur le Central de Roland-Garros, ça va être un moment exceptionnel. Et évidemment, s’il gagne, ce sera encore plus exceptionnel de dire qu’il a fait tomber l’homme le plus exceptionnel de ce tournoi. Quoi qu’il arrive ce sera formidable pour lui. »

Si le scénario est important, l’histoire des grandes œuvres a démontré que le champ de bataille comptait autant sinon plus. La bataille de la Porte noire dans le Seigneur des anneaux, celle de Poudlard dans Harry Potter, celle de Winterfell, dans Game of Thrones, on ne les fera pas toutes, mais vous comprenez l’idée. Roland-Garros s’inscrit, au même titre que la finale à Melbourne il y a deux ans, comme l’un plus grands théâtres pour clôturer l’histoire commune de Nadal et Federer, mais pas forcément LE terrain ultime, explique Javier Martinez : « Je pense que ça serait plus beau que leur rivalité se termine à Wimbledon. A Roland-Garros, ça n’a jamais vraiment été aussi serré que là-bas. Quatre finales et une demie perdue, Federer n’a jamais été en mesure d’inquiéter Nadal ici. D’autre part le public est plus équilibré à Wimbledon. Là-bas, le public voue une admiration profonde aux deux joueurs. »

« J’espère que ça durera encore des années »

Parler de la fin d’un monument qui tient encore, c’est s’exposer à se prendre des murs dans la tronche, se heurter à l’ire d’un Andrei Medvedev qui ne comprend pas « pourquoi personne ne parle de Djokovic », ou à l’incompréhension de Juan Carlos Ferrero qui ne « [voit] pas pourquoi ça serait le dernier acte, aucun des deux n’a annoncé qu’il se retirait, ils sont toujours compétitifs jusqu’aux derniers tours des tournois majeurs. » C’est aussi l’opinion d’Elie Rousset, 76e français et sparring-partner du jour de Nadal. « Il y en aura d’autres. Federer ne joue pas sur terre battue pendant trois ans et là il arrive en demi-finale. Donc sur gazon, il va bien y être à nouveau, sur dur aussi et il y a le Masters en fin d’année. Ils vont bien se rejouer. »

Ces arguments, certes valables, occultent le temps qui passe, les 38 ans de Federer, les articulations capricieuses de Nadal, la nécessité pour eux de sacrifier de plus en plus de tournois dans leur calendrier et donc, c’est mathématique, de réduire les chances de se croiser sur un court. Il faut voir un vœu pieu derrière cet aveuglement, celui de ne jamais les voir arrêter. « J’espère que ça durera encore des années », lance Ferrero avant de disparaître sous le Chatrier.

Chamoulaud n’en pense pas moins : « J’aimerais qu’ils continuent pendant une petite quinzaine d’années à jouer l’un contre l’autre, ici et ailleurs parce que ce sera difficile par la suite d’avoir deux champions de ce calibre-là. » Du haut de ses 29 ans, Rousset est peut-être le plus pragmatique. « Ce n’est pas dit qu’il y en ait d’autre à Roland, en demie. Il faut en profiter. » En espérant, si c’est le dernier épisode, que la fin de la série convienne au plus grand nombre.