Le Roland de Roger (jour 11): Protocole strict, plurilinguisme et «privilèges»… Au cœur d’une conférence de presse de Federer

TENNIS Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), « 20 Minutes » vous fait vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer

Nicolas Stival

— 

Une conférence de presse de Roger Federer, un événement toujours très codifié.
Une conférence de presse de Roger Federer, un événement toujours très codifié. — Andreas Solaro / AFP
  • Roger Federer est de retour à Roland-Garros après quatre ans d’absence.
  • A 37 ans, il s’agit peut-être de sa dernière apparition Porte d’Auteuil.
  • « 20 Minutes » a décidé de suivre le tournoi du Suisse au jour le jour.

A Roland-Garros,

Pendant toute la quinzaine (enfin, s’il va au bout), les envoyés spéciaux de 20 Minutes vous font vivre au jour le jour le tournoi de la légende Roger Federer. Entraînements, conférences de presse, entourage, nos envoyés spéciaux Porte d’Auteuil vous offrent les coulisses de ce qui pourrait bien être le dernier Roland de Roger. Aujourd’hui, on vous parle des coulisses des conférences de presse du Maître.

Une salle copieusement remplie. Les journalistes suisses aux premiers rangs, les autres derrière. Des questions posées pendant une vingtaine de minutes, en anglais par les médias non-helvètes, puis en français et en suisse allemand, pêle-mêle, par les compatriotes de la légende vivante.

Une conférence de presse de Roger Federer, à Roland-Garros comme ailleurs, c’est une cérémonie très codifiée avec des dizaines et des dizaines d’actrices et d’acteurs, dont beaucoup réduits au rôle de figurants. De nombreux reporters avides d’interroger le Maître ne verront que de loin un micro souvent trusté par les habitués.

Le néophyte ne se sent pas vraiment à sa place. Surtout lorsqu’il est habitué au cadre beaucoup plus intimiste des « confs » du Toulouse FC, où l’on ne se bouscule pas toujours pour demander à Alain Casanova des nouvelles des ischios de Yaya Sanogo ou des adducteurs de Christopher Jullien.

Le cérémonial, donc, répond à une étiquette qui peut évoquer le lever ou le coucher de Louis XIV à Versailles. Sauf qu’au sous-sol du centre médias qui fait face au Chatrier, on lève la main, comme à l’école, et un Monsieur Loyal de l’ATP donne la parole à qui bon lui semble. C’est aussi lui qui décide du moment où l’on change de langue et qui siffle la fin des débats.

A 43 ans, Gilles Mauron connaît la musique, puisqu’il suit Federer « depuis le tournoi de Bercy en 2001 ». A raison de deux ou trois questions lors de chaque après-match, ce reporter de l'agence de presse ATS, l’équivalent suisse de l’AFP, s’affirme comme l’un des participants les plus actifs aux conférences de presse. Il est donc bien placé pour juger le cru 2019. « Roger est très détendu, c’est clair. Il y a parfois des questions à la con et il se marre. »

« Œil du tigre » et « gros nez »

Dernier exemple en date, mardi soir après le succès sur Stan Wawrinka : « Pouvez-vous nous dire comme quel animal vous pensez servir et de même pour vos autres coups ? Avez-vous l’œil du tigre en ce moment ? » Extrait de la réponse de « Rodgeur » (en anglais, comme la question) : « Peut-être que l’on recherche les animaux pour l’inspiration. Je ne pense pas qu’on puisse vraiment, quand on pense à un coup, penser à un animal en général. »

Difficile de faire plus pro. Le Bâlois n’est pas du genre à s’énerver, même face à des interventions parfois blessantes, comme celle relatée par Gilles Mauron. « Je me souviens d’un Masters de Shangai où un Chinois lui avait posé une question du type : "Qu’est-ce que ça vous fait que les gens trouvent drôle votre gros nez ?" » L’austère qui se marre avait pris la chose à la rigolade.

Depuis le début de Roland-Garros, traversé pour l’heure comme dans un rêve, Federer charme son auditoire par ses qualités de polyglotte, ses traits d’humour et, il faut bien le dire, un charisme certain. Reste à savoir s’il en sera de même vendredi, si les choses tournaient mal en demi-finale face à Rafael Nadal, l’ogre de la glaise.

Car après une défaite, le Suisse n’est pas toujours à prendre avec des pincettes. Dans ces cas, « il n’y a pas toujours de "one-to-one" pour les radios ou les TV, détaille le journaliste sportif de l’agence basée à Lausanne. On sait que ça ira vite et qu’il n’y aura pas de privilèges. »

La prime aux compatriotes

Les « privilèges », ce sont les petits suppléments offerts aux journalistes suisses par l’homme aux 20 titres en Grand Chelem avant de quitter la salle, alors que les collègues étrangers ont eu droit à la version bêta. La différence se manifeste déjà au cours de la conférence de presse. « Parfois, trois journalistes vont poser la même question, dans trois langues différentes. Roger fera une réponse de deux phrases en anglais, trois en français et sept en suisse allemand. »

Sa maîtrise parfaite de la langue de Guillaume Musso aurait tendance à faire oublier que Federer est d’abord germanophone, comme plus de 60 % de ses compatriotes. Peut-être l’une des seules raisons de regretter d’avoir choisi espagnol en LV2.